dimanche 18 août 2013

GUILLAUME SIAUDEAU VS THOMAS VINAU

Après ma lecture de Tartes aux pommes et fin du monde, le premier roman de Guillaume Siaudeau (Alma), et pour faire suite au compte rendu que j’ai publié sur le blog des éditions du Petit Véhicule, je voulais revenir sur le parallèle qui est souvent fait, lorsqu’on parle de Guillaume Siaudeau, avec un autre auteur qui commence désormais à être bien connu du grand public : Thomas Vinau. (Je précise que j'apprécie sincèrement les deux et qu'il ne s'agira pas pour moi, ici, de jouer l'un contre l'autre).

Certes, il y a bien des points communs entre les deux jeunes hommes : leur âge, bien sûr. Leur parcours littéraire, aussi, qui fait que presque tous les éditeurs qui ont fait confiance à l’un ont également publié des livres de l’autre. Leur écriture, enfin, témoignant de la grandeur du minuscule, du caractère exceptionnel de la quotidienneté. Pourtant, je crois que, malgré tous les points qui les rapprochent, ceux qui les éloignent, voire même les opposent, sont encore plus nombreux. Je m’explique.

C’est volontairement que je parle ici d’opposition. Non pas pour dénoncer une quelconque rivalité entre ces deux brillants manieurs de plumes, car je sais qu’ils s’apprécient et se soutiennent régulièrement, mais bien pour appuyer qu’à mes yeux, ils représentent deux pôles diamétralement opposés. Le yin et le Yang, en quelques sortes.

En effet, lorsque je lis les textes de Thomas, même les plus tourmentés, je perçois toujours une lumière, tout au fond, une issue, une certitude. Au contraire, ceux de Guillaume m’impressionnent toujours par la fragilité et la noirceur dont ils témoignent. Ils transpirent le doute, l’incertitude, la fêlure. Il y a quelque chose d’aérien chez Thomas, un sentiment de sécurité, de sérénité qui tend presque vers une forme de religiosité. Et ce n’est pas anodin de noter qu’un de ses auteurs de chevet est, il me semble, Christian Bobin. Thomas est un contemplateur, un petit fils de François d’Assise. Même quand le monde est au bord du gouffre, il reste confiant, s’abandonne dans la contemplation de la fleur qui pousse, du chien qui passe ou du feu de cheminée qui s’éteint, et tout reprend vie, tout reprend sens. Pour lui, il y a toujours une éclaircie derrière les plus menaçants nuages.

Pour Guillaume, dans ce que je perçois, c’est le contraire : chez lui, il y a toujours un nuage qui risque de venir masquer les rayons du soleil. Si les écrits de Thomas nous entraînent vers la lumière, ceux de Guillaume nous plongent dans la pénombre. Plus témoin que contemplateur, il tient le compte de tout ce qui s’effrite, de tout ce qui s’enfuit, de tout ce qui s’effiloche. Pas de religiosité dans son œuvre : du doute généralisé, oui, de l’absurde, parfois, et guère d’espoirs, peu de consolations. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’y trouve pas d’humanité, bien au contraire. Guillaume est une chambre d’écho au sein de laquelle résonnent toutes les fragilités humaines.


Voilà donc bien deux auteurs bien différents, pas forcément dans leur manière d’écrire, mais surtout dans ce qu’ils nous disent du monde qui les entoure, qui nous entoure. Ce sont deux phares dans la nuit de nos vies : le premier marque l’entrée salvatrice du port, le second signale les récifs sur lesquels nous allons probablement nous échouer… Bien piètre marin celui qui ne fait pas la différence !

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