samedi 5 octobre 2013

CONTRE ONFRAY...

Michel Onfray, une imposture intellectuelle. Voilà un livre que j’attendais depuis bien longtemps, à tel point que j’avais même envisagé, un temps, d’en écrire un moi-même sur ce sujet. Puis le temps est passé et mon projet n’a pas abouti. Celui de Michael Paraire, si : c’est déjà ça.

Je tiens d’abord à saluer le courage de l’auteur car celles et ceux qui le soupçonnent d’avoir tenté de faire un « coup littéraire » sur le dos du philosophe hédoniste se trompent gravement. Paraire va se faire taper dessus. Il va sans doute gagner une certaine notoriété grâce à ce livre, mais il va aussi s’attirer beaucoup d’inimitiés. On n’égratigne pas impunément une idole médiatique aussi imposante que Michel Onfray. Et pourtant, une mise au point s’imposait, car la facilité avec laquelle ce dernier a pu imposer au grand public sa pensée boiteuse et manichéenne pose question.

Bon, disons le tout de suite, cet essai aux accents pamphlétaires m’a laissé sur ma faim, car l’auteur confond régulièrement ce qu’on peut logiquement qualifier d’imposture chez Michel Onfray et ce qui relève de positionnements philosophiques qui n’ont pas l’heur de lui plaire. En effet, Michael Paraire est un holiste fervent, un rationaliste invétéré, un positiviste radical qui n’a aucune pitié pour la faiblesse, le doute ou le scepticisme. L’individu est quantité négligeable pour lui : seul le groupe compte. La chair, le sang, les sentiments, il s’en fout : il ne s’intéresse qu’aux idées, aux idéaux, aux idéologies. Pourquoi pas, d’ailleurs. Mais le simple fait de penser différemment de lui ne constitue pas en soi une imposture. Aimer Palante, Han Ryner, E. Armand, Montaigne ou Nietzsche n'est pas en soi une preuve d'imposture. L’opposition entre holistes et individualistes est aussi vieille que la philosophie, aussi vieille que celle qui sépare les amoureux des systèmes aux adorateurs du fragment. Nulle imposture dans le fait de pencher plus d’un côté que de l’autre.

Toute la seconde partie du livre, dans laquelle Michael Paraire nous dépeint sa conception de l’anarchisme moderne apparaît donc assez superflue, voire même contre-productive. Car ce qu’il conçoit comme une réponse à l’impuissance d’Onfray à proposer un système de pensée utile et efficace ressemble aussi beaucoup à un enfilage de perles idéologiques qui n’a rien de très neuf ni de très opérationnel non plus.

La première partie du livre par contre est beaucoup plus intéressante et les impostures dénoncées, pour le coup, sont bien réelles. Par exemple cette manière arbitraire et manichéenne qu’a Onfray de reconstruire le monde en distribuant les bons et les mauvais points selon son humeur. Jamais de nuance chez le philosophe normand : blanc ou noir, solaire ou nocturne, grand ou petit, génial ou lamentable, ami ou ennemi. Michael Paraire montre très bien aussi comment Onfray vampirise les auteurs et penseurs qu’il commente en leur faisant dire ou penser parfois des choses qui n’ont plus grand lien avec la réalité.

Ce qui est intelligemment mis en avant, également, c’est finalement la maigreur des apports concrets d’Onfray à la philosophie. Certes, il y a l’hédonisme, ce concept qu’il dilue de livre en livre depuis près de vingt-cinq ans. C’est très bien, en effet, mais ce n’est ni très neuf, ni très original, là aussi. La seule qualité réelle d’Onfray, selon Paraire est d’être plus un « conteur », un « storyteller », qu’un philosophe à proprement parler : « il nous édifie en nous racontant des histoires, nous divertit en nous racontant des anecdotes biographiques. C’est là la clé de son succès. »

Enfin, Paraire expose bien à quel point la rébellion revendiquée d’Onfray est risible et à quel point, au contraire, il est un très pur représentant de ce que la classe moyenne et supérieure a créé de plus consensuel, de plus prévisible et de plus conservateur.

Voilà donc un petit livre sympathique, agréable à lire, qui manque un peu sa cible, mais qui a sa raison d’être. Ne boudons pas notre plaisir.

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