mardi 31 décembre 2013

DE L'ART DE JOUER AVEC LES CHIFFRES...


Ah Patric Jean ! Il y aurait beaucoup à écrire sur ce grand ennemi des hommes et j’aurai très certainement l’occasion de reparler de lui à d'autres occasions. Mais pour l’heure, arrêtons-nous sur un chiffre qu’il rabâche en boucle depuis quelques temps.

Selon lui, en effet, il n’y a aucun problème pour les pères en France. La preuve ? « Seuls 2% des divorces opposent les parents quant à la garde des enfants. Dans 98% des cas, le mode de garde est un choix commun où personne ne peut se sentir lésé ».

Ce chiffre ne pouvait que laisser perplexe un travailleur social comme moi, confronté à longueur de semaines à d’épouvantables conflits parentaux aux sujet des enfants. D’autant que la source de l’information a l’air d’être parfaitement sérieuse : L. Chaussebourg et D. Baux, L’exercice de l’autorité parentale après le divorce ou la séparation des parents non mariés, Rapport pour le Secrétariat général, Direction de l’Administration générale et de l’Équipement, Sous‐direction de la Statistique, des Études et de la Documentation, Ministère de la Justice, Octobre 2007.

J’ai toutefois eu envie d’aller regarder d’un peu plus près ce que ce fameux rapport disait vraiment et j’ai bien fait, car la réalité est, comme on pouvait s’en douter, plus complexe.

Pour commencer il apparaît immédiatement que Patric Jean déforme les propos du rapport qui ne dit aucunement que « seuls 2% des divorces opposent les parents quant à la garde des enfants ». Les termes exacts sont les suivants : « Dans seulement 2 % des divorces avec enfant un désaccord sur la résidence persiste à l’issue de la procédure de divorce ». Ce qui ne veut pas dire qu’au début de a procédure il n’y avait pas d’opposition. Cela ne veut pas dire non plus que les pères, qui n’obtiennent le droit de garde que dans 7% des cas, n’ont pas envisagé de l’obtenir. Cela peut par contre signifier qu’ils ont finalement été nombreux à accepter de ne pas se battre pour l’obtention de ce droit. Pourquoi ?

Si je me réfère à ce que je vois dans mon bureau, les raisons sont multiples. La plus forte, sans doute, repose sur le stéréotype, intégré aussi bien par les hommes que par les femmes, stéréotype disant qu’un enfant a plus besoin d’une maman que d’un papa, et que ce dernier est moins apte à lui procurer les soins nécessaires à son épanouissement. Beaucoup d’hommes se sentent disqualifiés d’office et se résolvent à ne pas demander le droit de garde de leurs enfants pour ne pas les pénaliser.

Une autre explication est probablement d'ordre économique. Se lancer dans une procédure longue et coûteuse quand l’homme sait qu’il n’aura qu'un minimum de chances d’obtenir gain de cause n’est pas très motivant. On voit bien, d’ailleurs, dans les séparations de couples non mariés, ou l’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire, que le pourcentage de couples qui se disputent toujours le droit de garde à la fin de la procédure est de 6% (Patric Jean omet de signaler ce chiffre d’ailleurs, on se demande pourquoi…)

Présenter les choses comme le fait Patric Jean, a pour but de laisser croire que les hommes ne souhaitent pas obtenir la garde de leurs enfants et que c'est pour ça que ce n'est pas un sujet de conflit lors des séparations. Cette présentation est d’ailleurs curieuse car elle vient contredire un des arguments habituels des féministes qui aiment bien mettre en avant la difficulté de la condition féminine au moment de la séparation. On pourrait par exemple renvoyer à Patric Jean que si les femmes sont près de 80% à être à l’origine des séparations et que les conflits ne représentent que 2% des divorces, les femmes n’ont guère à se plaindre car elles ont quand même globalement affaire à des conjoints très conciliants ! Les chiffres qu’il met en avant pointent en effet plus l’intelligence et la bonne volonté des hommes que leur bêtise et leur haine aveugle.

Ils pointent aussi la grande injustice dont les hommes sont victimes : pourquoi sont-ils si peu à obtenir la garde de leurs enfants ? Parce qu’ils ne la demandent pas, nous répond Patric Jean. Très bien, mais pourquoi ne la demandent-ils pas ? Parce que les stéréotypes sont tellement puissants dans ce domaine que, pour la plupart, ils n’imaginent même pas qu’ils ont la légitimité de la demander. Ils ont été pour la plupart disqualifiés comme pères dès les premiers jours de leur paternité. On leur a fait comprendre qu’ils étaient moins « maternants », plus maladroits, qu’ils ne savaient pas faire. Et quand la séparation intervient, ils sont pour beaucoup plus ou moins déconnectés de la réalité quotidienne de leurs enfants. Cet état de fait ne peut pas leur être compté à charge. Au contraire, il faut aider les pères à trouver une place au sein de la famille et auprès de leurs enfants, de la même manière qu’il faut aider les femmes à en trouver une à l’extérieur.

Les deux mouvements sont liés. C’est la raison pour laquelle les féministes devraient approuver l’idée que le principe de résidence alternée soit retenu par défaut et réajustée selon les cas. Cela obligera beaucoup de père à se dire que oui, au fond, ils sont aussi aptes que les mères à assumer la charge de leurs enfants ; et cela obligera aussi certaines mères à admettre que les enfants ne sont pas leur propriété exclusive et que le maintien de liens avec le « géniteur » n’est pas qu’un petit plus qu’il faut essayer de préserver, « parce que l’enfant sait bien qu'il a un père… »

On ne réduit pas une injustice en trichant sur les chiffres. Patric Jean, hélas, ne se soucie pas de ce genre de règles éthiques… Hélas.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Paric Jean est un imposteur ! Tout ce qu'il dit n'est que délire obsessionnel !
De plus, c'est un escroc intellectuel.
Son ''humanisme'' est dans son slip !!!... (Will)

Anonyme a dit…

Bravo pour votre article, Stéphane Beau. Je n'ai rien à ajouter. Vous expliquez la réalité. Depuis plus de 20 ans, j'ai approché plus de 10.000 cas de conflits de séparations et de divorces. À l'heure actuelle, la tendance s'inverse, me semble-t-il, car il y a de plus en plus de mamans qui sont injustement privées de leurs enfants. Et l'on arrive pas à instaurer une nouvelle législation depuis 1985, tant le lobby des avocats s'y oppose. Les conflits de séparations et de divorces sont des bonnes ressources financières pour les avocats qui s'en mettent plein les poches.
La justice est incapable de bien gérer les confits de ruptures conjugales. C'est le régime du ''Gagnant et du Perdant''... les avocats et les juges, pour la plupart, sont davantage pyromanes que pompiers... et beaucoup d'entre eux ont du sang sur les mains.
Les conflits occasionnent des réactions destructives très graves (SAP / TAP / SDM) avec impacts négatifs majeurs sur la santé des enfants (même lorsqu'ils sont adultes et en charge de familles) et sur la santé des parents privés injustement de leurs enfants.
Une nouvelle législation est nécessaire afin de décourager ces comportements toxiques, voire délétère, et de mieux protéger les victimes de ces agissements. En effet, dans certaines juridictions, avec le ''Modèle de Cochem'' qui existe depuis près de 30 ans, on arrive à approcher les 100 % de ''résidences altérenées''...
Alors, pourquoi pas chez nous ? Et pourquoi cela ne se fait pas chez nous ?
(Michel O. Willekens - Belgique)

Beau Stéphane a dit…

A Cochem, apparemment (je connais mal cet exemple), s'il y a effectivement quasiment 100 % de situations où les deux parents restent pleinement parents, avec des accueils réels et une vraie implication parentale, la part des gardes alternées reste plutôt minoritaire. L'intérêt de la démarche restant que, garde alternée ou non (personnellement, je ne suis pas forcément un farouche partisan de ce mode de garde qui fait aussi des dégâts), c'est bien l'intérêt de l'enfant qui est systématiquement mis en avant dans tout le processus de séparation. Ce qui est loin d'être toujours le cas chez nous malgré ce qui est dit.