mercredi 18 décembre 2013

UNE FEMME TOUS LES TROIS JOURS...

En France, une femme meurt tous les deux ou trois jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint (avec une très légère fluctuation selon les années). Le saviez-vous ? Sûrement, oui : difficile de passer à côté de cet argument majeur des idéologues féministes. C’est sûr que, présenté ainsi, ça fait froid dans le dos. Mince ! Tous les trois jours ? Alors ça peut arriver à tout moment, juste à côté de chez moi ? Tous les trois jours, rendez-vous compte, c’est affreux. D'autant plus qu'au fil du temps, l'information se déforme, s'amplifie et qu'on en arrive même parfois à entendre dire, au final, qu'une femme sur trois est victime de violences conjugales ou qu'une femme sur cinq, comme l'a prétendu un temps Amnesty Belgique, vit avec un criminel.

Bigre !

Oui, c’est affreux de concevoir qu'une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, bien sûr : toute mort violente, en soi, est forcément inacceptable. Mais cela ne doit pas nous empêcher de garder les yeux ouverts et de porter un regard critique et objectif sur cette drôle de statistique qui nous en apprend, au fond, beaucoup plus long sur les motivations de celles et ceux qui la brandissent que sur la réalité concrète qu’elle dénonce.

En 2011 une femme est morte tous les trois jours sous les coups de son conjoint, en France ? C’est mathématiquement exact. Si l’on divise 365 par 122 (nombre de décès féminins recensés sur l’année), on obtient bien 2,99. Le problème, c’est que la portée de ce résultat repose sur deux données statistiquement inconciliables : celle, parfaitement aléatoire, de la population globale prise en compte et celle, invariable, du nombre de jours dans une année. Car il est bien question, ici, de la France, soit quelques 65 millions d’habitants. D'ailleurs, régulièrement, celles et ceux qui dénoncent le fait qu’une femme meurt tous les trois jours oublient de préciser que ce ratio se rapporte bien à la France, laissant ainsi planer le doute que, quel que soit le territoire ou la population prise en compte, on trouve toujours une femme qui meurt tous les trois jours.

C’est à l’occasion de la mise en place d’un groupe de travail sur les violences conjugales, dans le département où je travaille, que j’ai pu mesurer à quel point cette présentation de la « réalité » est tendancieuse. En effet, alors que le projet de ce groupe de travail était explicitement de lutter au niveau local contre les violences faites aux femmes, il était très solennellement rappelé, dès le préambule, « qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint », ce seul chiffre justifiant presque à lui seul la nécessité de l'action.

Le problème, c’est qu’au niveau départemental, les chiffres ne sont plus les mêmes qu'au niveau national. Avec trois femmes décédées sur le département dans le courant de l’année, on n’a plus qu’une femme qui décède tous les cent-vingt-et-uns jours. Chiffre nettement moins parlant, quoique tout aussi exact mathématiquement. De plus, le projet ne prenant en compte qu’une partie du département (environ un dixième de la population) si cela se trouve, le groupe va travailler sur un secteur où il n'y a qu’un décès de femme tous les deux ou trois ans… Cela ne rend pas ces décès moins graves, mais on comprend très vite que dire qu’une femme meurt tous les trois jours ou tous les trois ans n’a pas la même portée symbolique, ni le même impact sur les esprits.

Cette manière de calculer doit par ailleurs poser quelques soucis quand on veut essayer de comparer les pays entre eux, car j’imagine qu’avec les mêmes méthodes de calcul, on doit pouvoir dire qu’en Chine une femme meurt toutes les heures environ, alors qu’au Groenland, cela n’arrive que tous les deux ou trois mois… Les habitant du Groenland seraient-ils moins violents que les Chinois ? Pas forcément. En réalité, le risque réel de mourir sous les coups de son conjoint est sans doute relativement le même en France, en Chine ou dans le grand nord. Seul le nombre d'habitants change.

Cette façon orientée de présenter les chiffres permet toutes les dérives. Suivant la même logique, on peut par exemple affirmer qu’en Europe, zone géographique normalement assez civilisée, un homme meurt tous les jours et demi sous les coups de sa conjointe ou de son ex-conjointe. Ça fait peur, non ? Et c’est exact mathématiquement, là encore. Mais présenter les choses ainsi serait ridicule (je suis sûr que même les féministes en conviendront).

Alors, pourquoi les féministes mettent-elles si fortement l’accent sur ces chiffres pour illustrer la réalité des violences faites aux femmes ? On pourrait faire la même analyse avec le flottement que nous observons dans les pourcentages touchant la part des femmes victimes de violences conjugales. Parfois on nous parle d’une femme sur dix, d’autres fois d’une femme sur huit, d’une femme sur cinq, voire même d’une femme sur quatre, comme je l’ai entendu dire il y a peu, à la radio (Europe 1, je crois). Sans jamais citer une source, ni même apporter un vague éclaircissement sur le type de violences concernées.
Pourquoi ? Tout simplement parce que présenter les choses de la sorte efface toute possibilité de mise en perspective, toute relativisation (et « relativiser » ne veut pas dire « nier », mais bien mesurer objectivement en tenant compte du contexte réel). En effet, ramener par exemple le nombre réel des décès dans le cadre des violences conjugales non pas au nombre de jours qu'il y a dans une année - ce qui est absurde - mais bien aux chiffres globaux de la population est beaucoup moins sensationnel. Imaginez donc : dire qu’aujourd’hui, en France, objectivement, une femme n’a qu’un risque de 0,001% de mourir sous les coups de son mari est nettement moins parlant que de clamer qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou qu'une femme sur cinq vit avec un criminel. C'est encore moins sensationnel si on rajoute que cette femme a donc 99,999% de partager la vie d’un homme qui ne la tuera pas.

Autant, lorsqu’on nous explique qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, on est prêt à voir en chaque homme que nous croisons un assassin potentiel (c'est d'ailleurs ce que laissent en général sous-entendre les campagnes publicitaires contre les violences conjugales) ; autant, quand on replace les chiffres dans une échelle de proportion cohérente, l’impression qui domine, c’est que le meurtre conjugal reste malgré tout – et heureusement – quelque chose de marginal.

Cela ne signifie pas, je le répète, que ce n’est pas très grave. Cela ne veut pas dire non plus qu’il ne faut pas combattre ces violences. Et si demain le nombre de ces décès se rapproche de zéro, ce sera merveilleux. Mais cela veut clairement dire qu’il faudra bien un jour prendre un peu en considération les 99,999% d’hommes qui ne sont pas des assassins.

17 commentaires:

Bertrand a dit…

Excellent ! Dernière phrase même lumineuse.
Tu devrais, cher Stéphane, envoyer ton article à Vallaud Belkacem.
Je suis certain qu'elle te trouvera des arguments qui seront à classer au nec plus ultra de la sournoiserie politique et de l'intoxication idéologique !

Beau Stéphane a dit…

Elle me traitera de "masculiniste", nouveau "gri-gri" à la mode que les féministes brandissent dès qu'elles entendent un argument qui ne leur convient pas. Pour NVB et ses ami-e-s, "discuter" veut dire "nier", "réfléchir" veut dire "détourner", réagir veut dire "être réactionnaire"... Pas facile de sortir de cela. D'ailleurs, on voit bien que le surnommé "Yeun" par exemple (encore un qui n'a pas le courage de parler en son nom propre) qui est intervenu quelques fois ici, est très doué pour faire la morale et répéter les discours convenus, mais dès qu'on lui propose de dialoguer honnêtement, dans le respect des convictions mutuelles, pfuit... plus personne ! Très représentatif du fonctionnement des féministes toujours partant pour démollir, mais trainant la patte pour construire...

Bertrand a dit…

On devrait se mettre à faire un ouvrage sérieux sur la question. A plusieurs. Avec des confrontations d'expériences, du vécu, des arguments, de la philosophie humaine.
De la démonstration du contraire de ce que disent les féministes et leur terreur aux mains de velours, leur Saint-Just et Robespierre, Vallaud Belkacem.

Lesly a dit…

Pfffiuuu, cher Stéphane, ton analyse est à couper le souffle!
Enfin un propos sensé, non seulement sur le sujet, mais encore sur les statistiques à la mord-moi-le-nœud dont les média abreuvent le populo à longueur de temps...
(Je découvre par là même les pages de ce blog qui m'ont l'air prometteuses...)
@+

Beau Stéphane a dit…

Bonjour,

Merci Lesly. Et belle occasion de découvrir nos "blogs" respectifs car le votre a l'air très riche et très appétissant également ! J'y ai fait un saut rapide ce matin, mais j'y retournerai !

Bertrand a dit…

Bien heureux de retrouver ici le jeune, joyeux et libertaire camarade Lesly !
Et Toi, Stéphane, toujours pas de Ministre à l'horizon des commentaires ? Merde alors ! C'est quoi cette démocratie sans débats :)))

Beau Stéphane a dit…

Bertrand a écrit : "On devrait se mettre à faire un ouvrage sérieux sur la question. A plusieurs"

Chiche ?

yeun a dit…

Le chiffre que vous citez et qui vous irrite tant est tiré d'une enquête d'ampleur nationale, l'enquète ENVEF, dont la méthodologie est très complète. Je vous invite encore à vous renseigner sur son contenu. On peut avoir un certain résumé dans le livre: "Les violences contre les femmes" de Maryse Jaspard. La totalité de l'enquète est hélas difficile d'accès car l'ouvrage est épuisé.
Vous parlez de 99,999% d'hommes non meurtriers. Il y en a largement plus. A ma connaissance, les hommes qui tuent les femmes sont rarement des tueurs en séries qui iraient de foyer en foyer. Les meurtriers sont les compagnons bien évidemment aimant.
Par votre acharnement à vouloir minimiser l'impact social général des violences masculines, oui, vous êtes bien un masculiniste. Vous faites sans doute parti, comme moi des hommes non meurtrier, il n'empêche que nous bénéficions du climat social avec plein de bénéfices quotidiens. ...nulle inquiétude à avoir sur le fait que la société prenne soin des hommes non-meurtriers...
A ce jour, ce sont les féministes qui travaillent à construire l'égalité et la justice sociale. Non les masculinistes et autre anti-féministe.

yeun a dit…

erreur de ma part sur le "Vous parlez de 99,999% d'hommes non meurtriers. Il y en a largement plus." Désolé.

yeun a dit…

Selon l'INSEE, qu'on ne peut soupçonner de féminisme: "En France, au cours des 9 premiers mois de l’année 2006, tous les trois jours en moyenne une femme meurt des coups de son conjoint ou compagnon (selon le recensement des morts violentes survenues au sein du couple). En comparaison, un homme meurt tous les 14 jours."
Pourquoi ne pas parler de cette différence ? Elle ne vous interpelle pas ?
Cela risquerait de nuire à L'image de L'Homme, c'est ça ?

Lesly a dit…

Ouh la la, ça tourne bêtement à "la guerre des sexes", dirait-on?...
Et on s'y bat à coups de statistiques qui ne prouvent rien.
Il ne manquent plus que les exemples perso et autres expériences vécues, du genre "j'ai connu une femme qui m'a pété les burnes pendant vingt ans!" Ah ouais? Eh ben, "moi j'ai subit les colères de mon mari pendant, etc."
Et pis d'abord pourquoi le clitoris, le vagin, l'utérus et les seins sont-ils du genre masculin, alors que la bite et les couilles sont féminins?
Et pis pourquoi pas une "Mère Noël", "une bonne femme de neige", "la bonne Déesse"?
Tant de questions cosmiques sans réponses. La tête me tourne! Que vais-je dire à mon enfant quand il va me demander pourquoi il n'y a pas de poils sur les boules de Noël?...
Non, mais de qui se moque-t-on?!...
@+ ;-)

Beau Stéphane a dit…

Oui, difficile d'éviter les excès de cette guerre des sexes... Mais bon, pour votre enfant, un peu perdu avec le masculin et le féminin, vous pourrez toujours lui expliquer que, le soir de noël, s'il regarde à côté de la cheminée, il risque de voir les boules de sapin, mais que s'il regarde dans la cheminée il risque d'apercevoir les boules de sa pine (au père noël) !

Beau Stéphane a dit…

Ah, cher Yeun, toujours ce petit ton condescendant qui fait votre charme ! Avec encore de judicieux conseils de lecture. Je vous en remercie. La plupart du temps je connais les références que vous citez, mais je sens bien que c’est important pour vous de vous cacher derrière. Donc je respecte.

Vos réponses sont intéressantes car elles viennent joliment illustrer le fonctionnement de la mécanique du discours féministe. Alors puisque vous m’en offrez l’occasion, je vais détailler un peu ici trois figures de rhétorique que l’on retrouve dans votre discours. Je vais les nommer : « le procès d’intention », « la pétition de principe » et « la réduction manichéenne ».

1) « Le procès d’intention » consiste à faire dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit. Ainsi, prétendre, comme vous le faites, que les chiffres que je cite « m’irritent ». Ou alors lorsque vous sous-entendez que la différence entre le nombre de morts hommes et femmes ne « m’interpelle pas » ou que je rejette ce qui « risquerait de nuire à l’image de l’Homme ». Avez-vous conscience que vous n’êtes là que dans vos propres projections ? Je ne vais pas répondre en détail car ce serait un peu long, mais concernant le premier procès d’intention, les chiffres que je cite ne m’irritent pas, c’est l’usage qui en est fait dans les médias et dans l’opinion publique qui me pose question. Percevez-vous la nuance ? Quant à « l’image » de l’homme, je n’en ai honnêtement pas grand-chose à faire. Les humains que je croise au quotidien ne sont pas des « images », mais des êtres vivants. Cela ne vous arrange sans doute pas, mais concentrez vous plutôt sur ce que je dis, pas sur ce que vous croyez que je veux dire…

Je suis obligé de couper ce commentaire en deux car il contient trop de signes. La suite... à suivre !

Beau Stéphane a dit…

suite et fin...

2) « La pétition de principe » rejoint l’idée de ritournelle idéologique qui vous avait déjà déplu dans un autre message. Cela consiste à balancer dans la discussion des « vérités » absolues, indiscutables, qui ne répondent pas vraiment aux questions posées, mais qui tendent à tuer le débat. Vous en utilisez au moins deux dans vos dernières réponses. La première est celle-ci : « Nulle inquiétude à avoir sur le fait que la société prenne soin des hommes non-meurtriers... ». La seconde celle-là : « A ce jour, ce sont les féministes qui travaillent à construire l'égalité et la justice sociale. Non les masculinistes et autre anti-féministes. » Voilà des phrases qui ne prouvent rien et qui ne s’appuient sur rien que sur leur conviction d’être vraies. De la même manière que le Front National peut très bien émettre, comme pétition de principe, qu’il se pose en défenseur farouche du modèle démocratique, ou que les témoins de Jéhovah œuvrent pour la construction d’un monde meilleur. Ça ne coute rien de le dire. Mais comme disait Bourvil, le dire c’est bien, le faire, c’est mieux ! Ne nous arrêtons là encore que sur un exemple pour ne pas faire trop long. Revenons juste sur l’image du féminisme défendant l’égalité. Vous qui lisez beaucoup, vous avez sans doute lu le projet de loi pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Est-ce qu’un projet de loi qui exprime explicitement que l’égalité ne voudra pas dire la même chose pour les hommes et les femmes puisque les premières pourront en bénéficier alors que les seconds devront se contenter d’y « contribuer » vous semble normal ? Je ne suis pas juriste, mais pour le coup, là, pour reprendre vos termes, « ça m’interpelle ». D’où l’importance d’aller regarder un peu ce qui se joue derrière le beau rideau des pétitions de principe.

3) « La réduction manichéenne ». Concluons là-dessus ce très long commentaire. Cela consiste à ramener tous les problèmes à deux options seulement, moralement connotées. Options exclusives et opposées : gentil/méchant, blanc/noir, bien/mal, coupable/victime, honnête/malhonnête… L’idéal, quand on utilise cet argument, c’est de se donner le bon rôle car nos contradicteurs récupèrent forcément le mauvais. Un exemple pris dans vos propos : « Par votre acharnement à vouloir minimiser l'impact social général des violences masculines, oui, vous êtes bien un masculiniste. » Déjà, je pourrais discuter la première partie de votre phrase qui tombe là encore sous le coup du procès d’intention (où avez-vous lu que je voulais minimiser l’impact social général des violences masculines ? Je n’ai jamais écrit ni prétendu cela, mais passons). Ce que je retiens ici de votre phrase, c’est la seconde partie, celle disant que puisque je ne suis pas féministe, je suis masculiniste. Ne pensez-vous pas que, sur un sujet aussi complexe que cela, il peut y avoir plus de deux postures ? Deux options ? Deux points de vue ? Ne pensez-vous pas que cette façon qui est la votre de simplifier le débat en le réduisant en deux pôles manichéens est un peu facile et pas très honnête intellectuellement parlant ?

Bref, je suis parfaitement conscient du fait que je n’invente rien dans ce commentaire. Mais cela me semblait important d’être dit. Car si vous souhaitez continuer à venir débattre ici, il serait bon que vous évitiez d’abuser de ces figures de rhétorique que vous semblez affectionner et qui compliquent plus les débats qu’elles ne les éclairent.

yeun a dit…

Aucune condescendance chez moi, simplement le besoin de ne pas perdre mon temps. D'où le fait que je cite des références qu'il est important d'aller au-delà de "les connaitre".
Pour mes affirmations qui vous déplaisent comme par exemple le fait que ce soit les féministes qui oeuvre pour l'égalité et la justice sociale, je vous propose de jeter un oeil en arrière et de voir grâce à qui les avancées sociales ont été gagnées. (c'est un moyen parmi d'autres)

Beau Stéphane a dit…

Si si, condescendance. Mais vous ne vous en rendez peut-être plus compte. Ce n'est pas bien grave, cela ne m'impressionne pas plus que ça.
Pour le reste, votre discours tourne en rond. Moi aussi, pour ne pas perdre mon temps, je laisse filer..

Serge #PPDE Charnay a dit…

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