mercredi 15 janvier 2014

CONTRE LE MASCULINISME ? (2/2)

La première partie de ce texte se trouve ICI.


Ce que les auteurs nous expliquent en avant-propos de Contre le masculinisme, petit guide d’autodéfense intellectuelle n’est pas fait pour nous rassurer sur l’idée qu’ils se font du « masculin » en général : « notre petite équipe est mixte. Nous sommes conscient-e-s que des hommes ne sont pas les plus légitimes pour parler des mécanismes d’oppression et de domination ». Ce discours n’est pas nouveau. Il n’en est pas moins inquiétant. Les hommes peuvent-ils penser juste ? Est-ce cela la question ? Jusqu’à quand devrons-nous supporter cela ? Allez, on va faire un petit jeu pour se détendre. Je vous propose quatre affirmations : trois sont condamnables, mais une est parfaitement légitime. A vous de deviner laquelle. Top, c’est parti : « Les femmes sont dénuées d’âme » ; « Les Roms sont naturellement voleurs » ; « Les noirs sont plus proches des singes que les blancs » ; « Les hommes sont incapables d’avoir une pensée objective ». Alors, une petite idée ?

Rien d’« intellectuel », donc, dans ce petit opuscule, mais par contre beaucoup d’« autodéfense », oui. Car les féministes sentent bien que leur embarcation tangue dangereusement depuis quelques temps, qu’il est urgent de remobiliser leurs troupes et de redéfinir les camps.

C’est pour cette raison sans doute que les auteurs du livre insistent beaucoup sur l’antiféminisme de leurs adversaires (en confondant au passage lutte contre le féminisme et lutte contre les femmes, mais je ne suis pas certain que cette erreur soit totalement involontaire). Car les féministes actuels, même s’ils surfent aujourd’hui sur une vague plutôt favorable, sentent bien que les vents tournent, que leurs discours idéologiques commencent à s’élimer et qu’on voit de plus en plus les coutures de leurs masques. Il leur faut faire front, pour démontrer que toutes les remises en question de leur dogme sont infondées.

Pour cela, tous les moyens sont bons, qu’ils soient honnêtes ou non sur le plan intellectuel. Ce qui compte, c’est de démontrer : 1) que les masculinistes sont de sales types ; 2) que tous les hommes, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, peuvent un jour ou l’autre, entrer dans la définition du masculinisme ; 3) que tous les hommes sont donc potentiellement de sales types. CQFD... Magie du syllogisme !

Parmi les méthodes discutables utilisées par les auteurs de ce manifeste pour discréditer leurs ennemis, j’en ai retenu une pour illustrer mes propos : l’usage abusif des formes conditionnelles et des formules de suspicion à chaque fois qu’il est question de ce que les hommes peuvent vivre ou ressentir. Ainsi, les hommes « traverseraient » une crise, ils « auraient » perdu leurs repères, ils « subiraient » des discriminations, ils « seraient » aussi victimes de violences… Pourquoi tous ces conditionnels (alors qu’on sait très bien qu’au fond, il faut lire : « les hommes ne traversent aucune crise », « ils ne subissent pas de discriminations »…) ? Sans doute parce que c’est une formulation qui permet d’énoncer les choses, sans dire ouvertement qu’elles sont fausses, mais en laissant sous-entendre qu’il y a quand même de grandes chances qu’elles le soient. Précautions stylistiques plus hypocrites qu’intellectuelles, comme on peut le voir.

Même analyse pour toutes les formulations de suspicion qui pullulent dans l’ouvrage : « positions pseudo-égalitaires » ; « sous prétexte de défense de la paternité » ; « ces groupent d’hommes disent vouloir développer l’écoute » ; « les enfants d’abord disent-ils »... Cette manière d’exprimer les choses n’est pas sans effets. Là encore, il s’agit de laisser planer un doute généralisé : entre ce que les hommes disent et ce qu’ils pensent il y a forcément un fossé et quand un homme tient un discours qui semble adapté, il faut se méfier, il y a très probablement une mauvaise intention de cachée derrière. La méthode est très habile car, plutôt que d’essayer de comprendre ce que veut dire le contradicteur, on s’applique à démonter ce qu’il ne dit pas, mais qu’on devine en arrière plan, dans ses propos.

Partant de là, il n’est pas difficile de lui prêter les idées les plus réactionnaires, les plus dures et les plus odieuses : existence d’une hiérarchie entre les sexes, place des femmes à la maison, liberté sexuelle réduite pour les femmes... Allons-y, pourquoi se priver...

Qu’en tant qu’homme vous partagiez ou non ces idées, ça n’a aucune importance : vous êtes potentiellement susceptible de les approuver. Cela suffit. Le but de l’idéologie féministe – et la finalité de  ce Contre le masculinisme – c’est de gommer toute nuance dans les discours. Tout doit être blanc ou noir. Exit l’entre-deux et la modération. Preuve supplémentaire qu’il ne s’agit plus ici de faire oeuvre d’intelligence ou d’autodéfense « intellectuelle », mais bien de simplifier la question pour la ramener à deux clans : celui des gentils et celui des méchants.

Les auteurs de ce livre n’auraient-ils pas eu d’autres moyens de faire usage de cette intelligence qu’ils revendiquent ? Bien sûr que si. En essayant de circonscrire réellement ce qu’est le masculinisme, sans en donner une définition flottante. Et surtout en se demandant pourquoi ce mouvement prend une telle ampleur aujourd’hui. Parce qu’il répond à un retour en force du machisme ? Hum… Parce que les forces réactionnaires reprennent du poil de la bête ? Bof... Parce que la notion de masculinisme répond parfaitement aux besoins de propagande des féministes ? Ah ah ! Voilà une hypothèse qui me cause déjà plus... Qui en parle par exemple ? Allez faire quelques recherches sur internet, vous verrez que dans la quasi-majorité des cas ce sont les féministes qui le nomment, toujours pour le condamner. Est-ce que ce concept représente quelque chose de concret pour les hommes ? Peut-être pour une poignée d’illuminés extrémistes, mais pour monsieur « tout le monde », je n’en suis pas certain (même si, pour les féministes, ce monsieur « tout le monde », a de fortes chances d’être un masculiniste sans le savoir).

Pourquoi le débat sur les rapports Hommes/femmes s’est-il ainsi laissé enfermer dans une stérile opposition de discours extrémistes ? Voilà une question sur laquelle, sur le plan intellectuel, il serait intéressant de se pencher. Alain Soral contre Andrea Dworkin ? Eric Zemmour contre Patric Jean ? Pères perchés contre Femen ? Peut-on sortir de ce dualisme vain ? N'existe-t-il pas d’autres horizons intellectuels ?

Ce qui est sûr, aujourd’hui, c’est que dans un contexte où les féministes ont réduit au minimum toute possibilité de dialogue ou de réflexion sur le rapport hommes/femmes, ce sont les dits « masculinistes », qu’on le veuille ou non, qui tendent à relancer le débat. Maladroitement parfois, bêtement d’autres fois. Mais au moins, contrairement aux féministes qui gardent les deux pieds sur le frein depuis des décennies, ils tentent de réfléchir – du moins les plus pacifiques d’entre eux – et de rechercher une solution apaisée à la guerre des sexes. Certes, ils bousculent les lignes, ils obligent leurs adversaires à repenser un peu leurs arguments. Certes ils peuvent se tromper parfois, tenir des propos qui doivent être amendés, discutés. Mais au moins ils essayent. C’est sans doute pour cela qu’ils trouvent des oreilles attentives au sein d’une population lassée par le dogmatisme féministe (d’autant plus lassée que cette population comprend bien que ce n’est pas en entretenant la haine que l’on parviendra à une issue pacifique).

Il faut être vigilant, continuer de combattre les idées porteuses de haines ou de rejet, mais il faut savoir rester ouvert aux remises en question de nos préjugés. Ces remises en questions sont riches. Elles sont salutaires. Cela s’appelle le débat, la démocratie, le droit de penser librement, le droit de parler librement. Autant de valeurs que les féministes ont tellement perdues de vue qu’ils en ont peur aujourd’hui. Au point de rédiger des manifestes « d’autodéfense ». Sauf qu’ils pourront bien « s’autodéfendre » tant qu’ils voudront, ils ne pourront pas toujours fermer leurs yeux et leurs oreilles aux grondements du bon sens et de l’intelligence.
 
Autodéfense intellectuelle, disent-ils... Soit. Je leur laisse l’autodéfense… Je garde l’intellectuel...


1 commentaire:

Didier Hoministe a dit…

Le lien vers la première partie ne marche pas.