lundi 6 janvier 2014

LA METHODE « PATRIC JEAN »...

Je vais régulièrement faire un tour sur le blog de Patric Jean car si sa parole compte dans les milieux féministes, les méthodes qu’il utilise pour décrédibiliser ses adversaires sont bien souvent très malhonnêtes sur le plan intellectuel. J’en prends pour exemple le dernier billet qu’il vient de publier intitulé : « masculinisme : des surprises derrière la vitrine ». Dans ce texte, il s’attaque à un vieil article (2005) de Michel Thizon (Fondateur de SOS PAPA) : « Un siècle de divorce ».

Pour expliquer le sens de ma démarche, je précise que j’ai d’abord lu le texte de Patric Jean et, en le lisant, j’ai forcément trouvé lamentables et réactionnaires les positions de Thizon. Mais, comme je connais un peu les méthodes de Patric Jean, par acquit de conscience, je suis quand même allé lire l’article qu’il condamnait. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que celui-ci ne ressemblait quasiment pas à celui que décrivait Patric Jean !

Afin de mieux mettre en évidence la mauvaise foi flagrante de ce dernier, j’ai choisi de reprendre quasiment phrase après phrase le corps de son texte et d’en analyser le contenu. Je vous invite par contre, avant d’aller plus loin, à lire en priorité le texte de Thizon, pour bien savoir de quoi on parle. Les paragraphes en petites italiques sont tirés du texte de Patric Jean. Commençons :

L'analyse des textes produits par les associations de pères est souvent éclairante quant à l'idéologie sous-tendue dans leurs actions. Elles témoignent parfois d'une naïveté presque touchante.
Officiellement, ces militants luttent pour défendre le "droit des pères" qui seraient bafoués par une justice trop favorable aux mères. 

Dès les premières lignes, Patric Jean plante le décor d’une théorie qu’il affectionne : attention, les défenseurs des hommes ont un double langage. Leurs propos ne doivent pas être lus tels qu'ils sont écrits, mais analysés pour y déceler « l’idéologie sous-entendue ». On retrouve souvent chez lui cette idée qu’il y a un discours « officieux » derrière le discours « officiel » de façade, ou de « vitrine » pour reprendre son titre. Pourquoi pas : il est toujours plus aisé de combattre les idées que l’on attribue à son adversaire que celles qu’il revendique réellement…

Le fondateur de l'association "SOS papa" publiait naguère une "étude" qui circule toujours sur le rapport entre divorce et souffrance des enfants. Or, ce texte tente surtout de révéler les causes de ce qu'il considère comme un mal. Et c'est là que l'on découvre une idéologie extrêmement violente.

Notons tout d’abord les guillemets encerclant le mot « étude », avec toujours cette volonté de laisser planer le doute sur ce qu’écrivent les défenseurs de la cause masculine. Ensuite, contrairement à ce qu’écrit Patric Jean, l’étude de Thizon ne porte pas sur « le rapport entre divorce et souffrance des enfants » mais sur l’augmentation du nombre des divorces. De la même manière, l’article ne présente pas du tout le divorce comme étant un « mal ». Il dit juste que « le divorce est devenu une constante de la société moderne dont il faut définitivement intégrer le phénomène lui-même et ses conséquences familiales et sociales. », ce qui est très différent. La seule allusion restrictive porte sur le fait que le divorce peut avoir « des conséquences négatives » sur les enfants, ce qui est loin d’être un scoop. Quant à « l’idéologie extrêmement violente » dont parle Patric Jean, bien malin qui pourra la déceler dans ce texte au contraire très nuancé.

Tous les masculinistes que j'ai rencontrés dénoncent en effet le divorce comme une catastrophe dont la famille traditionnelle doit être protégée. D'après ce texte donc, "les conséquences négatives (du divorce) sont désormais établies et admises en matière de déstabilisation psychologique et sociale des enfants et des adolescents".

Peut-être que « tous les masculinistes » rencontrés par Patric Jean dénoncent le « divorce comme une catastrophe dont la famille traditionnelle doit être protégée », mais ce qui est sûr, en tout cas, c’est que l’étude de Thizon ne dit pas ça. On peut certes trouver que parler de « déstabilisation psychologique et sociale » est un peu excessif et que sa formulation aurait pu être plus nuancée et peut être discutée, mais il n’y a pas de quoi crier au loup…

Parmi les premières causes de ce "malheur", on trouve "le travail des femmes". Mais surtout, dans un monde citadin, le travail des femmes qui favorise  "l’existence de contacts et de relations humaines mixtes plus fréquentes et plus aisées que dans le monde rural ou dans les ateliers industriels". Il s'agit donc de renvoyer les femmes à leurs fourneaux, supprimant de ce fait bon nombre de tentations d'adultère conduisant au divorce.

Relisez le texte de Michel Thizon : il n’est nulle part fait mention d’un quelconque « malheur » (contrairement à ce que les guillemets laissent supposer). De plus, dans son texte, ce n’est pas « le travail des femmes » qui « favorise l’existence de contacts et de relations humaines mixtes plus fréquentes et plus aisées que dans le monde rural ou dans les ateliers industriels », c’est la « citadinisation », ce qui n’est pas la même chose. Quant à l’invitation à « renvoyer les femmes à leurs fourneaux », l’accusation de Patric Jean est ici purement gratuite.

Le texte cite aussi comme cause du problème: "entre 1965 et 1970 : reforme du régime matrimonial qui permet à l’épouse de travailler sans l’autorisation du mari ainsi que de gérer son compte bancaire". En effet, le rétablissement du statut de mineure pour les femmes réduirait énormément leur désir de quitter le foyer conjugal...

Là encore, Patric Jean extrapole. Thizon ne parle jamais de « problème » dans son étude. Il nomme des faits qui peuvent expliquer en partie l’augmentation du nombre de divorces et parmi eux, la « réforme du régime matrimonial ». On peut éventuellement lui reprocher de ne pas avoir été exhaustif dans le déroulé de la liste des causes de l’augmentation du nombre de divorces et de trop se focaliser sur l'évolution de la condition féminine, mais rien dans son texte ne tend à dire qu’il souhaite un retour en arrière. Au contraire, il explique même qu’aujourd’hui, il faut prendre acte de « la libéralisation des mœurs », de « l’évolution des relations entre les sexes et probablement aussi de l’accroissement du niveau d’exigences individuelles ». Il n’est pas fait état, en tout cas, d’une quelconque volonté de rétablir « le statut de mineure pour les femmes »…
 
Mais l’événement qui coïncide le plus nettement avec l’accélération du divorce dans de nombreux pays est la légalisation de la contraception". Car "la maitrise de la contraception signifie concrètement la maitrise des relations sexuelles". Ce que semble regretter l'article...

 
Je n’ai pas lu de « regrets » dans l’article de Michel Thizon concernant la « maîtrise des relations sexuelles ». Là encore, c’est un constat qui peut être discuté, mais sur la base de contre-arguments sérieux, et non pas sur en partant de ce qu’on pense que l’auteur « semble » vouloir dire.


L'article précise que "en URSS, qui n’a pourtant pas connu de Mai 68 à l’occidentale, le divorce a progressé bien plus tôt mais l’IVG y a été́ autorisée dès 1955". Exit donc aussi l'IVG...

Pourquoi « exit aussi l’IVG… » ? On peut là encore éventuellement reprocher à Michel Thizon un manque de clarté dans le lien qu’il fait entre IVG et divorce, mais il n’est nulle part dit dans son article qu’il remet en cause l’IVG.

Puis, reprenant le biais décrit plus haut: "en France, les progressions de la diffusion de la contraception et du divorce sont parallèles. La contraception semble donc bien, avec une bonne probabilité́, le facteur objectif dominant du phénomène de l’accélération du divorce. Ceci n’est pas foncièrement étonnant. La maitrise des relations sexuelles ne peut être sans incidence sur les comportements sociaux." Mieux vaut donc abolir la maîtrise des relations sexuelles... des femmes on l'aura compris.

Mais qui parle ici « d’abolir la maîtrise des relations sexuelles des femmes » ? Michel Thizon ou Patric Jean ? Relisez les deux articles, vous aurez la réponse…

Rappelons que l'article débute par la description du divorce comme d'une calamité. Lutter contre ses causes revient donc à lutter contre la mixité au travail, le travail des femmes, la liberté des femmes de travailler sans autorisation du mari, la contraception, l'IVG, l'autonomie sexuelle des femmes, la condamnation du viol conjugal. Tout est dit.

L’article de Michel Thizon débuterait donc « par la description du divorce comme d'une calamité » ? Où Patric Jean a-t-il lu cela ? C’est totalement faux. Je crois même que l’on peut parler de mensonge à ce niveau-là. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes. Quant aux extrapolations qui suivent, elles tiennent plus du délire que de l’analyse. Partir du fait que Thizon s’intéresse à l’augmentation du nombre des divorces pour en arriver au fait qu’implicitement il défend le viol conjugal est d’une stupidité sans nom. « Tout est dit », oui, en effet… tout, mais surtout n’importe quoi.

De tels délires verbaux ne seraient pas si graves si Patric Jean n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, à savoir un « penseur » (pour le coup, je crois que les guillemets sont utiles ici) très médiatique, qui a une très forte influence sur les féministes et sur les médias qui reprennent régulièrement, en boucle, sans réfléchir, ses « analyses (guillemets, encore) et les diffusent un peu partout.


D’où l’importance de rester vigilants.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour cette analyse d'un imposteur qui sévit depuis trop longtemps ! Prenez le temps de lire et de comparer d'autres articles de son blog vous allez trouver encore plus choquant ...

Beau Stéphane a dit…

Bonjour,

Oh oui, on pourrait sans doute reproduire le même exercice sur presque tous ses articles, mais bon, les fonctionnements étant toujours un peu les mêmes, cela serait un peu répétitif. Mais j'aurai probablement l'occasion de m'y recoller.

D'ailleurs, en passant, je tiens à signaler que j'ai tenté de dire, en termes très posés, sur le blog de Patric Jean, que je trouvais son analyse très discutable. Mon commentaire n'a jamais été mis en ligne. C'est assez parlant de son sens du débat !