dimanche 16 mars 2014

DANS LA PRESSE...

Les rapports hommes/femmes en général (et le masculinisme en particulier), avaient les honneurs de la presse en ce mois de mars. Parmi les magazines s'étant penchés sur la question, retenons en deux : Le Nouvel observateur (du 6 ou 12 mars 2014) et Politis (mêmes dates).

Le dossier du Nouvel observateur est assez bien ficelé. Évitant les pièges de la bête misandrie, les journalistes se sont efforcés d'éclaircir le sujet et de faire un point assez précis sur la réalité des faits, cela sans porter de jugements péremptoires, ce qui est assez rare dans ce domaine pour être souligné. L'article consacré au genre resitue bien, par exemple, l'importance de cette notion sur le plan philosophique ainsi que la manière dont elle s'est élaborée, peu à peu, dans le temps. Il est notamment clairement rappelé que, dans l'esprit même de Judith Butler, le genre est une norme contre laquelle il convient de résister, pas une norme idéologique qu'il faudrait à tout prix imposer sur le terrain politique – ce que tente de faire le gouvernement actuel, soutenu en cela par bon nombre de féministes. « Comment expliquer qu'un concept présenté comme la lubie d'intellectuelles new-yorkaises focalise tant d'agressivité ? » demande pourtant Éric Aeschimann. « Parce qu'il est porteur de vérité ? » propose-t-il naïvement. Peut-être. Mais n'est-ce pas aussi, justement, parce que ce concept philosophique anti-normatif et émancipateur s'est transformé ces temps-ci, maladroitement manié par des idéologues de tous bords, en outil normatif et diviseur ? Il est facile d'accuser Zemmour ou Soral de tous les maux sur ce plan-là. C'est un fait qu'ils se sont précipités dans la brèche d'une manière parfois très douteuse. Mais qui a creusé la brèche ?

Autre article de ce numéro, celui ouvrant le dossier, intitulé « Ce que dit la science » et signé Véronique Radier. Là encore, il faut saluer la volonté affichée par la rédactrice de ne pas être dans l'accusation, mais bien dans l'inventaire des savoirs. Le texte nous rappelle qu'il n'existe effectivement pas de différences significatives – notamment cérébrales – entre les hommes et les femmes, que rien, dans la constitution des humains, ne vient confirmer que les hommes sont plus aptes à faire la guerre ou à développer leur agressivité ou que les femmes sont plus sensibles ou plus douées pour s'occuper des enfants. Cela peut sembler être une évidence, mais il est toujours bon de le redire. Il nous est également rappelé que le cerveau et le corps sont des matières très malléable qui évoluent considérablement en fonction des manière dont on les conditionne socialement. Même la supposée faiblesse physique des femmes (plus petites, moins lourdes et moins massives sur le plan musculaire) qui ne sera peut-être plus qu'un lointain souvenir, dans quelques générations, quand les garçons et les filles seront élevés de manières plus similaires (même régime alimentaire, sportif...). Deux limites néanmoins à cet article. La première, c'est la place accordée à la « nature » dans tout cela. Il est en effet amusant de voir que, pour expliquer que les femmes ne sont par exemple pas « naturellement » condamnées aux tâches domestiques, on s'appuie ici sur la manière dont leur cerveau est « naturellement » formé (comme celui de l'homme). L'idée de « nature » revient donc, qu'on le veuille ou non, à la racine du questionnement. Et ce retour de la nature n'est pas étranger avec la seconde limite de ce texte qui, finalement, nous pose une nouvelle question à laquelle il ne répond pas : pourquoi les hommes et les femmes, si identiques sur le plan biologique et cérébral, se sont-ils alors construits selon des schémas sociaux si différents, si opposés, et cela d'une façon aussi généralisée sur toute la planète ? Pourquoi, autrement dit, le social a-t-il fonctionné toujours dans le même sens ? Statistiquement, les deux sexes étant « naturellement » égaux, les développements sociaux des rapports de sexes auraient dû être plus multiples. Pourquoi n'est-ce pas le cas ? Le social serait-il une « seconde nature » ? Et puisque les hommes et les femmes sont égaux depuis la nuit des temps, pourquoi les hommes sont-ils toujours pointés du doigt comme étant les principaux responsables des inégalités actuelles ? Où étaient les femmes ces dernières dizaines de milliers d'années ? Là sont les vraies questions, et elles ne sont toujours pas posées.


La revue Politis, par contre, avec son numéro consacré aux « Nouveaux machos » est, disons-le sans détours, sans intérêt. Les articles se contentent de recycler, sans aucune réflexion ni aucun recul les discours en vogue chez les idéologues anti-masculinistes. Voilà pourtant un sujet qui aurait mérité, de la part des journalistes, une vraie analyse. Car c'est quand même une drôle de notion, inventée par les féministes et que les hommes, à une poignée d'individus près peut-être, qui doivent pouvoir se compter sur les doigts de quelques mains, ne revendiquent pas. Cette notion fourre-tout, mêlant fantasmes et inquiétudes réelles, arguments dogmatiques et constats concrets, l'honneur de Politis aurait été d'essayer de la déconstruire, de comprendre ce qu'elle met en évidence de la manière dont les rapports homme/femme se vivent aujourd'hui, ce qu'elle nous dit vraiment du contexte social. Pas de nous retranscrire, parfois au mot près, les délires fanatiques véhiculés par le site Mascuwatch, les éditions Bambule, Patric Jean et autres intégristes du « genre ». Bref, de proposer un vrai travail de journaliste quoi ! J'avoue que c'était la première fois que je lisais ce magazine : cela ne m'a guère donné envie de m'y replonger très souvent...

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