jeudi 3 avril 2014

LE BON COTE DE LA BARRIERE...

Ma mise en accusation du dogme féminisme, que ce soit sur ce blog ou dans mon livre sur les Hommes en souffrance a, je le vois bien, posé quelques problèmes même à ceux qui me connaissent et qui me lisent habituellement. Car critiquer le féminisme aujourd'hui, dans l'esprit de beaucoup c'est, sur le plan politique et idéologique, prendre place du mauvais côté de la barrière. Mais comme ces lecteurs-là savent à qui ils ont affaire, ils ont généralement assez bien compris ce que je voulais dire. Par contre, ceux qui ne me connaissent pas ou mal, ont globalement porté sur mon travail des jugements sans appel (et légers en termes d'argumentation, ceci dit en passant...) : « risible », « masculiniste », d'une « bêtise crasse », « réactionnaire », « misogyne »... aucun rachat possible.


Je mentirais en disant que cela ne me touche pas, ne me trouble pas, ne me questionne pas. Car comme le fait très justement remarquer Philippe Ayraud dans la recension qu'il aconsacrée à mon livre, je reste persuadé que je porte clairement le cœur à gauche, parfois même très à gauche, depuis toujours. Avec tout le pack psychologique et idéologique – pas toujours conscient – qui va avec : la certitude d'être du « bon » côté de l'histoire, celui des faibles, des opprimés, d’être dans le camp de la justice et du bien général. Bref, d'être un « gentil ».

Et là, brusquement, en m'en prenant au féminisme, considéré par beaucoup comme étant un des plus nobles combats de la gauche contemporaine, je me retrouve non seulement à m'opposer à celles et ceux qui me sont habituellement les plus proches et du même coup à partager certaines convictions avec ceux que j'avais toujours tenus comme étant indubitablement mes adversaires : penseurs de « droite » voire d’extrême droite, cathos, traditionalistes bornés...


Alors forcément, je me suis posé la question – et je me la repose encore régulièrement – suis-je en train de déconner ? Me suis-je trompé de route ? Quelque part, j'aimerais bien, cela simplifierait nettement les choses pour moi. Mais j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, et même si cela m'embête, j'en reviens toujours à la même conclusion : le féminisme, tel qu'il se développe actuellement est une idéologie dangereuse qui ne pourra rien produire de bon sur du long terme. Et aujourd'hui, oui, hélas, face à ce dogmatisme froid, aveugle, fermé au dialogue et aux débats, c'est chez les penseurs « réactionnaires », de droite, hostiles à la gauche, que l'on trouve parfois les réflexions et les critiques les plus intelligentes dans le sens où elles nous invitent à de réels questionnements.

Qui sont les responsables de cet état de fait ? Ceux qui, comme moi, essayent d'y voir clair, de comprendre, ou ceux qui ont transformé le féminisme en en bloc compact, inattaquable, indiscutable ? Dans un article paru dans le n°1 de la nouvelle fournée de l'Idiot international (1er avril 2014), Stéphane Legrand s'en prend par exemple à la « dérive droitière » de Michel Onfray qui a, dans un article de son site internet, dit sa prise de distance avec l'idéologie du genre. Dérive droitière. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas un grand fan d'Onfray dont j'ai déjà pu dire le peu de bien que je pensais à plusieurs reprises. Mais pourquoi parler ici de dérive droitière ? Je reste persuadé que l'on peut être très critique (dans le sens constructif du terme) vis-à-vis de l'idéologie du genre et rester de gauche. Car si dérive il y a, ne peut-on pas l'imputer plus justement à ces gardiens du temple de ce que Jean-Pierre Le Goff nomme assez justement le « Gauchisme culturel » qui, en fermant la porte à tous débats, laisse les clés de l'intelligence à la disposition de leurs adversaires ?


Et parmi ces adversaires, s'il y en a de parfaitement abjects et lamentables, on en trouve aussi de brillants. C'est pour ça qu'aujourd'hui, hélas, c'est chez les « réacs » qu'il faut peut-être aller rechercher ces clés de la résistance au nivellement du monde, des humains et des idées ; chez les râleurs, les énervés, les infréquentables, Nietzsche, Georges Palante, Léon Bloy, Léon Daudet, Barrès, ou, plus proches de nous Cioran, Philippe Murray, Alain de Benoist, Michel Maffesoli... Autant de penseurs qui, même s'ils peuvent parfois emprunter des routes discutables, même si on peut parfois se retrouver en complet désaccord avec eux, ont au moins ce mérite de n'avoir jamais eu peur de mettre les pieds dans le plat et d'appeler un chat un chat.


Il faudra donc que je m'habitue à être un réactionnaire. Cela ne devrait pas me poser trop de problèmes car, après tout, réagir à l'évolution du monde actuel ne me semble pas être criminel. Résister aux surenchères de la société de consommation, aux méfaits du libéralisme économique, à la destruction de l'équilibre écologique, lutter contre la transformation et l'uniformisation des humains modelés pour n'être plus que des consommateurs décérébrés, voilà des combats qui me parlent. Et être de gauche aujourd'hui, être écolo, être hostile au modèle capitaliste, c'est quelque part être réactionnaire justement, c'est espérer que l'humanité donne un petit coup de frein à son évolution et revienne à un peu de bon sens, quitte à revenir sur ses pas dans certains domaines. Être de gauche, c'est affirmer son amour des humains, certes, mais surtout de leurs différences, de leurs cultures, de leurs parcours, de leurs spécificités, de leur itégrité. Être de gauche, c'est regretter qu'aujourd'hui les ouvriers ne soient plus fiers d'être ouvriers, que les agriculteurs ne soient plus fiers d'être agriculteurs, que les femmes ne soient plus fières d'être des femmes, que tous et toutes n'aient plus qu'une seule ambition : ressembler à un modèle unique qui mange pareil, s'habille pareil, pense pareil, fantasme pareil, lit les mêmes livres, voit les mêmes films, achète ses meubles dans les mêmes boutiques... Être de gauche, c'est refuser que les hommes et les femmes ne soient plus que des corps soumis à des normes hygiénistes de plus en plus totalitaires...


Être de gauche aujourd'hui ce n'est plus voter socialiste ; être de gauche c'est accepter d'être réactionnaire, au sens noble du terme. C'est lutter contre tous les mouvements sociétaux dogmatiques susceptibles d’entraîner le monde à sa perte. Et parmi ces mouvements, il y a le féminisme. Aujourd'hui, le critiquer me rejette du mauvais côté de la barrière, comme je l'ai dit. Mais ce n'est pas définitif, je le pressens. Nous en reparlerons dans cinq, dix ou vingt ans. Les côtés de la barrière s'inverseront forcément et le bon sens retrouvera ses droits.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je vous comprends bien, j'ai adhéré au féminisme des années 1970,quand il y a avait une inégalité de droit . Mais de nos jour le féminisme est devenu victimaire et in-critiquable. Il s'est arrogé le monopole dans de nombreux domaines il a un ministère non pas de l'égalité mais du droit des femmes, il a confisqué la violence , le sexisme, la précarité et bien d'autres choses . Un minimum d'objectivité obligerait a approcher ces themes sans sexisme, mais ce serait s'exposer a être traité de masculiniste extrémiste voir de nazi...cela m'est arrivé pour avoir osé parler d'homme battu et de femme violente, ce que pourtant tout le monde connait de près ou de loin, de sdf et de suicidés, en immense majorité hommes etc.... consternant!

Beau Stéphane a dit…

Les féministes (du moins ceux qu'ont entend le plus dans les médias actuellement et qui ont effectvement trouvé une belle tribune au sein du gouvernement) font tout pour nous faire croire que l'on n'a que deux options : féministe ou masculiniste. Sauf que dans ce registre, comme partout ailleurs, l'intelligence ne peut être que dans la nuance...

Anonyme a dit…

Je suis un peu rassuré (mais pas totalement) à la lecture de votre blog, de votre biographie, et de cette page.
En effet, L'ouvrage dont il est ici question et le premier ouvrage de vous que je lis.
Je suis comme vous parfois navré lorsque j'écoute certains discours féministes qui peuvent s'avérer stériles, dogmatiques et contreproductifs.
Néanmoins en toute objectivité (en tout cas en toute honnêteté intellectuelle), j'ai trouvé que par moment votre discours était plus stigmatisant envers la gente féminine qu'envers une certaine conception du féminisme comme c'est le cas dans cet article.
Et effectivement plusieurs passages de votre livre m'ont fait penser aux discours "masculinistes" et aux différents mouvements canadiens qui luttent pour la réhabilitation de l'homme à sa "vrai place" dans la société (et qui sont encore plus sectaire et dogmatique que les pires féministes).
J'ai donc eu besoin de faire des recherches sur vous, et votre œuvre littéraire dans son ensemble car il me paraissait surprenant (voir dangereux) d'avoir en France (et ailleurs aussi d'ailleurs) un AS qui avait une telle vision de la femme.
J'ai alors pu voir que ça n'était pas un light motif chez vous mais un sujet parmi d'autre que l'on peut effectivement aborder sans tabou.

Toutefois, vous penserez de moi ce que vous voulez, et je n'ai ni l'ambition ni la prétention de vous faire changer d'avis, mais il me semble que sur ce sujet vous avez belle est bien mis au moins un pied (si ce n'est les deux) de l'autre coté de la barrière.

Je suis un homme, et je suis prof.
Bien que nos métiers ne soient pas les même, j'ai moi aussi été confronté professionnellement à la misère, à la détresse et à des situations de vie très très compliquées.
J'ai effectivement rencontré des hommes en souffrances, et je ne nie pas que le sujet de fond de votre livre existe et ne doit être ni ignoré, ni pris à la légère.
Pour autant mon expérience personnel me fait dire même après avoir lu votre livre que l'on reste dans un système majoritairement de domination masculine (même si de nos jours les situations inverses existent aussi).

Mais pour en revenir au bon et au mauvais coté de la barrière, le tout et de savoir ce que vous attendez de ce livre, car deux interprétations sont possibles.
Soit le but et de dire "ni n'y a pas que les femmes qui sont victimes et la grande souffrance des femmes ne doit pas faire passer sous silence la souffrance non moins grande de certains hommes", soit le but est de dire "On prend trop souvent les femmes pour des victimes alors qu'elles sont souvent les bourreaux".

J'espère que ce n'est pas la deuxième de ces phrases qui vous habitent lorsque vous recevez une femme en détresse en tant qu'AS ?!?
D'ailleurs le seul fait que je me pose cette question est peut être un signe que votre positionnement (en tout cas dans ce livre) est ambigu.

D'ailleurs puisque vous l'évoquez sur cette page, je serais curieux de connaitre votre positionnement sur cette histoire de "théorie du genre" ainsi que sur la construction social du genre détaillé entre autre par Simone de Beauvoir.

Je ne suis engagé dans aucun mouvement féministe, je n'ai de carte dans aucun parti, je suis juste un libre penseur (en tout cas il me plais de le croire), un amoureux de la science, du débat et des êtres humains. Aussi il ne faut pas voir dans mon commentaire une attaque gratuite ou corporatiste mais une volonté de mieux vous connaitre/cerner vu que l'on se pense tout les deux du côté des "gentils" mais que sur ce thème paticulier nos avis divergent fortement!

Cordialement

Beau Stéphane a dit…

Bonjour,

Merci pour cette longue et intelligente question. Je vais prendre le temps d'y répondre moi aussi longuement (et intelligemment, j'espère !) dès que j'ai un instant. A bientôt donc...

Beau Stéphane a dit…

Faute de place dans le cadre des commentaires (limités à quelques 4000 signes) je vous apporte des éléments de réponse ici : http://stephane-beau.blogspot.fr/2014/04/quelques-reponses.html