mercredi 23 avril 2014

LE FÉMINISME CONTRE LA CULTURE...

La très médiatique « théorie du genre » est généralement présentée dans les médias ou dans les discours de ceux qui s'en réclament, comme étant une forme de revanche de la « culture » sur la « nature ». Et pour nombre de féministes, en effet, une des impostures majeures des défenseurs du patriarcat ou des thuriféraires de la domination masculine serait de toujours vouloir ramener les différences entre hommes et femmes à des différences naturelles, alors qu’elles ne seraient que culturelles. L’idée de fond étant qu'aucune nature, pas plus divine que biologique, n’a jamais confié de rôles et de places spécifiques aux hommes ou aux femmes. Donc, que toutes les différences - ainsi que les inégalités qui s'y rattachent - ne peuvent être attribuées qu'à des évolutions sociales globalement défavorables aux femmes.

Les cartes semblent ainsi être clairement distribuées : celles renvoyant à la nature entre les mains des masculinistes, des réactionnaires et autres nostalgiques des inégalités sexuelles originelles ; celles liées à la culture dans les mains des féministes, des modernistes, des humanistes et autres gentils progressistes. Sauf que lorsqu’on s’arrête un peu plus en détail sur les discours féministes, on constate que cette répartition est loin d’être aussi claire.

Car les féministes, à l'inverse de ce que leurs porte-paroles prétendent souvent, ne s’opposent pas véritablement à la nature, bien au contraire. Certes, ils rejettent une lecture spécifique de la nature : celle mettant en avant les différences biologiques entre les sexes, les évolutions spécifiques des hommes et des femmes, les modèles homoparentaux... Mais ce n’est que pour mieux nous proposer une autre lecture, plus adaptée aux besoins de leur cause : celle d'un monde dans lequel les hommes et les femmes sont naturellement semblables, dotés de cerveaux et d’organes suffisamment proches pour qu’on ne les différencie pas et où même la procréation repose sur un genre d’hermaphrodisme originel que l'on avait un peu oublié, et qui a dû attendre l’évolution de la science et de la technologie pour pouvoir se développer réellement (grâce à la procréation médicalement assistée).

De la même manière, en ce qui concerne la culture, la position des féministes est tout aussi ambigüe, et je suis étonné de voir à quel point ils sont rares ceux qui pointent cela du doigt. Car que retiennent ces féministes, finalement, quand ils brandissent l’argument de la théorie du genre : que la culture, prise au sens large de processus social, s’est trompée sur toute la ligne. Elle a créé les inégalités, la domination masculine, le patriarcat, le capitalisme, la violence, l’exploitation des femmes... Autrement dit, on essaye plus ou moins de nous expliquer que l'humain était bon à l’origine, que les sexes vivaient en paix et que c’est la société qui a tout dégradé. Ce qui est le plus amusant, c’est qu’on est là en présence d’un discours on ne peut plus rousseauiste, néoromantique, marqué par un rejet de la culture et par des désirs exacerbés de retour à la nature. C’est-à-dire à l’exact opposé de ce que les féministes revendiquent. Mais cela ne semble pas les déranger outre mesure.

La perception de la notion de culture, chez les féministes, apparaît donc comme étant très particulière et quelque peu inquiétante. Pour eux en effet, la culture ce n’est pas ce que la société a produit, c’est ce qu’elle devrait produire. Un peu comme l’on fait, en d’autres temps, d’autres adeptes de la « révolution culturelle » ils opposent une culture traditionnelle (celle qui existe) à une société idéale (celle qu’ils proposent, voire veulent imposer). Sauf qu’au passage, ces nobles et généreux humanistes, balayent certes d’un revers de main le patriarcat et tous ses critiquables dérivés, mais du même coup tout ce qui fonde la culture au sens défini par l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Car la culture, ce n’est pas quelque chose que l’on peut choisir comme ça, au gré de nos humeur, de valider ou de refuser. Ce n’est pas non plus un état qui se décrète arbitrairement. On peut essayer de faire bouger les choses, de réformer la société, de faire évoluer les mentalités, les goûts, les habitudes. Mais on ne peut pas condamner une culture, lui reprocher d’être ce qu’elle est et encore moins d’accuser une partie seulement de l’humanité (les mâles) d’avoir soutenu et reproduit les mêmes erreurs depuis des millénaires.

Toute culture est le fruit d’une longue évolution basée sur une succession de faits, sur une accumulation de rebondissements historiques, d’inventions, d’idées, de développements artistiques, scientifiques. Et remettre en cause cette évolution au nom d’un âge d’or mythique où l'homme et la femme n'auraient fait qu'un, une espèce de temps édénique et idyllique auquel il faudrait revenir, vouloir recréer la société à l'image de sa foi ou de ses croyances, cela porte un nom : le créationnisme.

Comme quoi les curés ne sont pas toujours là où on s'attend à les trouver...

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