dimanche 27 avril 2014

LE MASCULINISME N'EXISTE PAS...

A plusieurs reprises, ici ou ailleurs, on m'a plus ou moins explicitement reproché de flirter un peu trop avec le masculinisme, ces temps-ci. D'où la petite mise au point que je vais développer ci-dessous.

C'est un fait que depuis quelques mois je me suis pas mal occupé à dénoncer les excès et les incohérences du féminisme intégriste actuellement dominant. Pas parce que ce féminisme défend la cause des femmes, ce qui est légitime, mais bien parce qu'il se développe de plus en plus sous la forme d'un dogme aux assises idéologiques flottantes, aux discours violents et discriminants et aux méthodes autoritaires. Sauf que cette démarche semble avoir fait de moi, aux yeux de certains, un dangereux masculiniste. Ce qui est absurde, mais difficile à contrer car, comme je vais essayer de le rappeler ici, cette notion de « masculinisme » a justement été construite de toutes pièces par les féministes pour décrédibiliser tous les discours critiques non favorables à leur dogme.

Le mot « masculinisme » quasiment absent du vocabulaire commun il y a encore un an ou deux s'est propagé à la vitesse d'un feu de savane dans tous les discours. Aujourd'hui, le terme est partout. Des magazines en font leur une, des livres le dénonçant voient le jour, des sites également, des débats, des actions... Le masculinisme est devenu l'ennemi principal.

Sauf que cet ennemi, personne ne sait vraiment qui il est... Ce qui est embêtant tout de même. C'est un peu l'arlésienne idéologique du moment. Tout le monde en parle, mais personne ne l'a vu. A se demander s'il existe vraiment ! Et ce n'est pas une boutade, hélas. Tapez « masculinisme » dans votre moteur de recherche préféré et vous constaterez par vous-mêmes que la quasi totalité des pages que vous ouvrirez se contenteront de le critiquer ou de dénoncer sa recrudescence (la plupart du temps en s'auto-citant les uns les autres). Par contre, vous aurez énormément de mal à dénicher un seul site revendiquant ouvertement le masculinisme (personnellement je n'en ai pas trouvé, mais si vous en connaissez un, n'hésitez pas à me le signaler). Pourquoi ? Les féministes ont leur avis la dessus : comme les masculinistes sont généralement aussi un peu pervers, ils refusent de revendiquer cette étiquette. Mais cette négation est une preuve supplémentaire qu'ils le sont, puisqu'ils veulent toujours se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas... Vous me suivez ? J'avoue que c'est tordu, mais ça marche ! Et cela est pratique car on peut ainsi enfermer tout le monde dans le même paquet : le criminel qui violente les femmes, comme celui qui s'interroge sur les éventuelles contradictions du dogme féministe.

Malgré tout, on voit bien que, concrètement, les féministes ont quand même beaucoup de mal à donner une réelle consistance à cet ennemi qu'ils se sont créé pour les besoins de leur cause, mais dont la dimension quelque peu fantomatique risque à moyen terme, de fragiliser leur discours. Car où sont-ils ces méchants masculinistes dont on nous laisse entendre qu'ils rodent tout autour de nous, qu'ils complotent un peu partout dans le monde, le couteau entre les dents, pour ramener les femmes derrière leurs fourneaux ? C'est là que ça devient presque amusant parce qu'on voit bien que les féministes sont embêtés, partagés qu'ils sont entre l'envie de dramatiser la situation (les masculinistes sont partout, leurs lobbys influencent les médias, les politiques, ils orchestrent de larges vagues réactionnaires, un « backlash » massif) et le souhait de ridiculiser ces mêmes masculinistes en insistant sur le fait qu'ils ne sont qu'une poignée de pauvres types, quelques pères violents qui, lorsqu'ils organisent une action, n'arrivent généralement pas à mobiliser plus de quelques dizaines de personnes...

La seconde option est sans aucun doute la plus crédible, mais le problème c'est qu'elle ne fait pas assez peur. En effet, si le mouvement masculinisme peut se circonscrire à quelques dizaines d'illuminés qui ne voient dans la femme qu'un être inférieur, sa dénonciation perd grandement de sa force. Ou alors, c'est que le but de cette dénonciation est ailleurs : par exemple créer un climat de suspicion généralisé qui rend d'office suspect tous les discours portant un regard critique sur le féminisme. Quel que soit le degré de pertinence de ce discours, bien entendu. Car la dénonciation du masculinisme est bien une arme de combat construite par les féministes pour les féministes.

Et quand je parle d'arme de combat, je n'emploie pas ces termes par hasard car vous connaissez sans doute le logo de ce très inquiétant site, Mascuwatch, qui s'occupe depuis quelques temps à lister tous les supposés « masculinistes » ? Une lunette de visée, comme sur les fusils des snipers. Le message peut difficilement être plus clair. Ce qui n'empêche pas nombre de féminismes de le présenter comme étant un site utile dont l'objectif est noble : dénoncer les vilains masculinistes. En les tenant au bout de leur fusil et en balançant des noms, comme ça, sur la toile, la plupart du temps sans la moindre explication. On est confronté à de la pure délation gratuite, à de l'incitation à la haine mais là, comme ce sont des féministes qui tiennent la boutique, ce serait normal ! Et c'est là qu'on voit à quel point l'idéologie mortifère du féminisme extrême a pris de l’ampleur et qu'on comprend (normalement, quand on regarde les choses objectivement comme j'essaye de le faire) qu'il est important de la combattre.

Prenez le temps de dérouler, sur Mascuwatch, la liste des supposés masculinistes mis ainsi au pilori. Vous ne saurez généralement rien d'eux : un nom, une photo (pas toujours), une invitation à témoigner contre eux si on le souhaite, et c'est tout. Mais cela suffit à les cataloguer, voire à les condamner. Qu'ont-ils fait, qu'ont-ils dit, que pensent-ils ? On s'en fout. Ont-ils commis des actes délictueux ? Des fautes ? On n'en sait rien. Ce n'est pas le problème. Ce sont des masculinistes et ils sont dangereux, point final. Et leurs têtes doivent être placardées publiquement, comme on le faisait dans les westerns pour les outlaws ! Ne manque que la mention « mort ou vif »...

Et quand il y a quelques explications en plus des noms et des photos, ce n'est guère plus rassurant, car quand on lit ce qui notifié au sujet de Jean Gabard ou Patrick Guillot par exemple, deux auteurs dont les écrits sont généralement très mesurés et réfléchis, on se dit que l'on est quand même pas loin de la pure diffamation. Mais de cela, les responsables du site s'en moquent totalement. Le mal est fait, c'est ce qui compte pour eux. Les activistes féministes peuvent ainsi s'appuyer sur le fait que Gabard ou Guillot sont fichés comme masculinistes sur Mascuwatch pour expliquer qu'il est légitime de mener contre eux des actions de boycott ou d'exercer des pressions diverses pour les empêcher de donner des conférences ou d'exprimer librement leurs idées. Même plus besoin de les lire ou d'écouter ce qu'ils disent. C'est pas merveilleux, ça ?


Tout ça pour dire quoi ? Qu'il m'est difficile de dénoncer les méfaits du masculinisme avec la même énergie que je déploie pour dénoncer ceux du féminisme. Tout simplement parce que le masculinisme n'existe pas et que je n'ai pas pour vocation de jouer les Don Quichotte et de lutter contre des moulins à vent.

Ce qui ne 'empêche pas, par ailleurs, de continuer à dénoncer clairement toutes les violences faites aux femmes, les inégalités dont elles sont victimes, les agressions sexuelles, les stéréotypes dans lesquels elles peuvent se trouver enfermées.

Idem pour les hommes...

Masculiniste ?

6 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est toujours moi.
comme votre réponse m’incitait à lire d'autres de vos articles, je suis tombé sur celui là et donc je le commente également.
Je vais peut être arrêter tout ces commentaires car j'ai un peu l'impression de vous spammer votre blog.


Je vous ai pris au mot et j'ai tapé « masculinisme » dans google.
Les 2 premiers résultats sont en 1er wikipédia, en 2ème c'est la page facebook « Osez le masculinisme » … pas besoin donc d'allez chercher très loin donc pour trouver un lien qui ne serait pas que la critique par les mouvements féministes des défenseurs des droits des hommes.
Viennent ensuite dans le reste des 2 premières pages beaucoup de sites contre le masculinisme mais pas que. Apparait notamment en 11ème position le site d'une personne (qui m'était inconnue) et dont vous parlez dans votre article : Patrick Guillot. Son site « la cause des hommes » et donc un site entièrement consacré (contrairement au votre) à lutter pour le droit des hommes (jusque là pourquoi pas). On y trouve notamment (et là les choses se gâtent … en tout cas de mon point de vue) un chapitre qui voit comme une discrimination criante et scandaleuse le fait que la lutte contre les mutilations sexuelles se centrent quasiment que sur l’excision en mettant de coté la circoncision.
Il y a également un chapitre qui milite pour que la loi oblige juridiquement à ce qu'un enfant prenne le nom du père. Il y a un chapitre dédié à la paternité volée et au vol de sperme.
Alors ok, je suis bien sur contre la circoncision forcée des enfants au même titre d'ailleurs que je suis opposé au fait de baptiser des enfants qui ne sont pas en âge de penser. Mais comparer excision et circoncision c'est un peu comme comparer quelqu'un à qui on aurait coupé un ongle de force à une personne à qui on aurait coupé un doigt de force.
Alors ok, il y a sans doute des reflétions à avoir sur la généalogie, sur l'utilisation ou non de double noms et sur l’intérêt d'un combat féministe là dessus, mais à contrario je trouve ça plutôt dommage de militer fortement pour que la loi impose le nom de famille d'un enfant.
Alors ok, force est de constater que pour le coup, être enceinte et plutôt une caractéristique de sexe plus que de genre (pour faire éco à un autre de nos débat). Et sans doute que des hommes doivent souffrir du fait qu'une femme tombe enceinte et qu'elle se casse sans leur laisser le choix, mais j'appliquerais ici le corolaire de la théorie du genre : on est pas père seulement parce qu'un enfant vient d'un de nos spermatozoïdes mais parce qu'on éduque cet enfant.
Tout ça pour dire que si je pense que l'on peut belle est bien caractériser la majorité de vos écrits (maintenant que je commence à en avoir lu un certain nombre) de « mesurés et réfléchis », je ne placerais pas Patrick Guillot dans cette catégorie !

Je vais peut être finir féministe finalement ;-) Enfin un féministe éclairé j'espère.

Pour ce qui est du site de Mascuwatch, à la fois votre description et leur page d’accueil ne m'ont vraiment pas donné envie d'approfondir de ce coté là donc je vous crois sur parole.

Beau Stéphane a dit…

Spammez, spammez, pas de problème ! Vos commentaires sont précis et judicieux et m'obligent à l'être plus moi aussi, donc ils sont bienvenus.

Pour "Osez le masculinisme", c'est vrai, je l'avais oublié celui-là ! J'avoue que j'avais regardé çà il y a quelques semaines (quelques mois peut-être, même, le temps passant vite) et que je n'avais pas pris la peine de revérifier. C'est pas bien je le reconnais... Mais je me doutais bien que d'autres le ferait pour moi ;-)

Sur Patrick Guillot, deux choses. La première est qu'il ne se revendique pas masculiniste. Je ne le retiens donc pas comme "site masculiniste" à proprement parler.
La seconde concerne les idées qu'il défend. J'aurais dû préciser, en effet que je parlais de ses livres qui sont assez réfléchis et intelligents et non de son site où le meilleur côtoie parfois le pire. Mais il ne s'agit pas d'être d'accord sur tout avec lui, il s'agit de laisser une place au débat d'idées.

Après, des sites pas terribles qui n'ont pas un discours très fins sur les femmes, sur la parité, le mariage homo, tout ça, on en trouve bien sûr, et Mascuwatch en signale (en mélangeant tout, là encore, les sites lamentables et les sites plus mesurés). Mais parler de masculinisme en ce qui concerne ces sites n'apporte aucun éclairage supplémentaire. C'est juste une étiquette qui sert à classer les dossier sans avoir à les ouvrir.

Le problème du masculinisme, c'est que c'est un concept flou, fourre-tout, tellement extensible qu'il peut tout englober de ce qui relève du masculin. Qu'on me donne une définition précise et définitive du masculinisme et je l'approuverai peut-être. Mais pour le moment, c'est justement le flou de cette définition qui fait sa force et en fait une arme de combat efficace aux mains des féministes tendance Patric Jean.

Anonyme a dit…

Masculinisme :
Lobby et/ou idéologie cherchant à promouvoir l'intérêt des hommes dans la société. (proposition de définition)

lobby : Structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d'un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. (wikipédia)

idéologie : Une idéologie est, au sens large, la science d'un système d'idées imaginées. L'idéologie s'accompagne de croyances, de notions, d'opinions, de convictions et est parfois constituée en doctrine. (wikipédia)


Lorsque le raisonnable (car je ne pense pas qu'on puisse parler de "meilleur") côtoie le pire ce n'est jamais bon signe.
Mais cette dernière réflexion mériterait d'être développée.
Si je trouve le temps je la développerais en lien avec vos deux articles sur "les barrières" car j'ai moi aussi réfléchi longuement à cette question.

Pour ce qui est des différentes tendances du féminisme force et de constater que je ne suis pas du tout au fait de toutes ces mouvances que vous décrivez et combattez.
Sans doute d'ailleurs que nos divergences viennent en partie de cela.

Anonyme a dit…

je n'irais pas jusqu'à dire que cette définition est "définitive" car tout mouvement idéologique, 1) il évolue, et 2) toutes les personnes le composant ne sont pas à 100% d'accords entre elle ... il suffit de voir la guerre sémantique autour des termes d'homisme, de masculisme, de masculinisme ...

Beau Stéphane a dit…

Anonyme a écrit : "Masculinisme :
Lobby et/ou idéologie cherchant à promouvoir l'intérêt des hommes dans la société."

Pourquoi pas. Dans ce cas, je ne suis pas masculiniste (ouf!), puisque je ne me rattache à aucun lobby et que je fais de mon mieux pour dénoncer toutes les idéologies. Et que je ne cherche pas à "promouvoir l'intérêt des hommes", mais juste à éviter qu'ils soient systématiquement discriminés.

Mais on trouve aussi, notamment dans "Contre le masculinisme", un manifeste paru récemment, des définitions beaucoup plus sévères disant que le simple fait de remettre en cause le féminisme ou de parler d'une éventuelle crise de la masculinité nous inscrit d'office dans une logique masculiniste. D'ailleurs, pour un autre visiteur/commentateur de ce blog, proche des éditions bambule et du féminisme radical, mon masculinisme est une évidence, puisque je persiste à vouloir penser en tant qu'homme de ma place d'homme... On voit bien que c'est très fluctuant tout cela...

Et je ne suis pas persuadé que la priorité soit ici. Tous ces débats autour du masculinisme, je le répète, servent surtout à brouiller les cartes. Il serait tellement plus simple de condamner les hommes qui continuent de croire que les femmes sont inférieures, qu'elles n'ont pas les mêmes qualités et compétences que les hommes, qui pensent que le viol n'est pas si grave que ça, que siffler une fille n'est pas bien méchant, qu'une femme qui ne dit pas clairement non dit forcément un peu oui... Que l'on me dise : voilà, c'est cela le masculinisme, et je signe tout de suite pour le condamner et le combattre, avec la même détermination que n'importe quel féministe. Mais quand on me dit que le masculinisme c'est aussi critiquer le féminisme, cela devient ridicule...

Benoit a dit…

Je reviens sur cet article car lors de mon premier commentaire et lors de la lecture de votre première réponse il me manquait de toute évidence des clés de lecture qui m'ont sauté aux yeux depuis.
Mon intervention va se centrer ici sur le cas de Patrick Guillot. En effet les 2 clés de lecture qu'il me manquait, c'était qu'il avait signé votre préface (et oui, je vous l'ai dit je n'ai plus votre livre sous la main puisqu'on me l'avait prêté, et ne connaissant pas cette personne son nom ne m'avait pas marqué), et aussi que vous donnez sur votre blog le lien de son blog justement où vous dites vous même dans les commentaires ci dessus que l'on y rencontre le pire (bien que contrairement à moi vous y voyez par moment également le meilleur).
Encore une fois, j'invite tout le monde à ce faire sa propre idée en allant sur son blog. Je ne connaissais pas cette personne, mais j'ai maintenant un avis sur lui : c'est un extrémiste, masculiniste, engagé et militant. Lorsque je vois ces propos (j'en ai déjà parlé) sur l’excision et l'analogie qu'il en fait avec la circoncision, je ne peux qu'être indigné.
Et quand je vois dans mon métier des jeunes filles (je travail au collège) mariées de force à un mec de 10 ans de plus qu'elle je n'ai pas envie d'entendre que la violence est la même pour l'homme et que lui aussi est victime au même titre que la femme d'un système culturel alors que lui à 25 ans et que elle en a 15. Là non plus tout ne se vaut pas, et si l'on peut débattre du fait que les deux soit qualifier de "violence" d'une certaine manière, c'est absurde (peut être même abjecte) de tout mettre sur un même plan.
J'ai un peu l'impression de perdre mon sens froid sur ce commentaire, mais j'espère que l'on conviendra que NON, sur ce sujet, cette personne ne peut en aucun cas être rangé dans la catégorie « mesuré et réfléchi ». Cette personne ne se revendique pas « masculiniste » ? La belle affaire, le front national ne se revendique pas d'extrême droite …
Maintenant que l'on c'est mis d'accords sur une définition de ce qu'est le « masculinisme » et que suite à cette définition vous vous êtes qualifié d'anti-masculiniste.
Je vous pose la question :
Est ce que l'histoire de vie de cette personne ne l'a pas amené dans ce militantisme, dans cette idéologie, et à la prise de positions extrêmes et partiales que l'on combat vous et moi ?
Je suis surement un peu trop véhément dans mes tournures de phrases, mais je pense qu'il faut appeler un chat un chat et je n'ai pas envie de tomber dans la langue de bois ou dans le cadre du politiquement correct.