mardi 22 avril 2014

LE RIRE DU DROMADAIRE, MARIE-LAURE BOURDEL...

Il y a des talents qui prennent leur temps avant de s'épanouir. Marie-Laure Bourdel en est un bel exemple, qui vient de publier, à un stade de la vie où l'on commence habituellement à faire les premiers inventaires du chemin parcouru, une très surprenante plaquette de poèmes en proses.

Le Rire du dromadaire ne paye pas de mine : trente-deux pages, une petite vingtaine de textes. Le livre en main, on s'inquiète, on soupèse, on feuillette ; on se dit qu'on sera arrivé au point final avant d'avoir commencé à entrer dans l'atmosphère. Il n'en est rien pourtant, et à l'unisson avec Madame Lapine félicitant Monsieur Lapin, nous ne pouvons que nous exclamer, une fois la dernière page tournée : « fichtre ! C'était court, mais c'était bon ! ».

Car le recueil de Marie-Laure Bourdel est bon. Très bon même, n'ayons pas peur de le dire. Son ton est d'une justesse assez étonnante pour une débutante. Sa voix est assurée, limpide, ses phrases tombent impeccablement, son souffle est maîtrisé. Ses mots sont simples mais toujours parfaitement agencés pour recréer un monde d'images, d'odeurs et de couleurs quasi palpable. Jamais elle n'en fait trop, tout est dans la retenue et cela rend ses phrases encore plus puissantes, encore plus poignantes. Car l'auteur n'essaye pas de nous en mettre plein la vue. Elle chante, simplement, un peu comme un nomade égrènerait ses versets, dans le désert, pour partager sa peine avec le vent. Et ce chant, qui s'infiltre peu à peu en nous, nous retourne l'âme par ce mélange de violence extrême et de douceur quasi enfantine qui le caractérise.

C'est une des grandes forces de Marie-Laure Bourdel que de savoir exprimer la nudité brute des sentiments humains sans jamais surjouer, sans accumuler les images inutiles ni les effets de styles trop faciles. Rares sont les poètes, même parmi les plus confirmés, qui parviennent à créer autant d'émotion avec une telle économie de moyens. Son écriture m'a ainsi parfois fait songer à celle d'Anne-Lou Steininger dans La Maladie d'être mouche, qui reste pour moi un de mes plus fort souvenir de lecteur.

Mais il ne faut pas oublier non plus l'humour, qui pointe le bout de son nez, parfois, pour faire retomber la pression quand la tension devient trop forte. Comme dans ce court texte intitulé Évolution (ou télégramme à mon grand-père) : "Si tu savais Alexis ce qui m'est arrivé depuis ton départ. Je suis comme une étoile tombée du ciel qui se serait transformée en ver de terre (et oui, pas même en ver luisant)."

Un très agréable petit livre donc, qui mérite d'être lu et une nouvelle plume qu'il sera bon de suivre...

L'ouvrage peut être commandé ICI.

Aucun commentaire: