lundi 21 avril 2014

NOTE DE LECTURE : UN HIVER A PARIS, F.-X. JOSSET...

UN HIVER A PARIS
François-Xavier Josset
éditions Ireadbooks, 2013

En littérature, il y a toujours eu deux écoles : celle des auteurs qui s'acharnent à produire du neuf, de l'original, de l'inédit, du moderne (et qui ne font souvent rien d'autre que de coller bêtement aux dernières tendances à la mode) ; et celle des écrivains qui ne se soucient pas de savoir si la route sur laquelle ils s'engagent a déjà été piétinée par des milliers des godillots, car ils savent bien que ce n'est pas le chemin qui compte, mais la manière dont on l'aborde. Il est évident que François-Xavier Josset appartient à cette seconde catégorie car on ne sent chez lui aucune volonté de révolutionner le cadre romanesque, qu'il utilise de manière plutôt classique aussi bien sur le plan stylistique que sur celui de la construction. Par contre, à l'instar d'un bon joueur de blues, il sait que trois accords suffisent amplement pour raconter par le détail tous les tourments d'une âme. Peu importe le prix, la marque ou la couleur de la guitare quand on porte son cœur au bout de ses doigts...

Son premier roman, Un hiver à Paris, nous expose les incertitudes d'un jeune provincial qui vient de quitter le nid familial et de larguer sa petite amie pour aller découvrir la vie active dans la capitale. Mais le rêve tourne vite au désenchantement. L'ennui est là, qui s'installe aussitôt, ainsi que l'impression d'étrangeté qui glisse un filtre gris et froid entre lui et le monde. La solitude devient pesante, l'amertume s'amplifie.

Le premier tiers du livre est plutôt convenu et on se dit que cette petite variation sur le spleen post-adolescent ne va peut-être pas nous emmener bien loin, mais on se laisse prendre au jeu car le héros est attachant et parce que l'auteur sait saupoudrer ses propos de touches humoristiques et de belles impressions. Les pages où il décrit les parisiennes et les parisiens sont parfaites de vérité mordante. Concernant les premières, par exemple : « Les femmes qui descendent l'avenue [des Champs Élysées], groupées ou simplement accrochées à leur téléphone, ont toutes le même sourire aux lèvres lorsqu'elles arborent fièrement leurs sacs fraîchement garnis de tissus de créateurs. Elles semblent jouir à chaque fois que leurs talons résonnent sur ce sol particulier, sur ce sol où les bottes doivent claquer : les allemands en rêvaient et désormais elles abusent elles aussi de ce luxe à leur portée ».

Puis la machine s'emballe, s'accélère. Les petites digressions un peu éculées sur le sens de la vie, les amours incertaines, les amis qui s'éloignent, cèdent la place à des ruminations de plus en plus sombres, désespérées et violentes. La figure du héros s'étoffe. Son mal-être prend de l'ampleur, et de la même manière que le marcheur sent en général quelques minutes avant l'arrivée de la première goutte, au frémissements du vent et à l'odeur de l'air, que la pluie va tomber, le lecteur comprend alors que le premier acte est terminé et que les choses vont se gâter. L'écriture de François-Xavier Josset se durcit, se resserre. Ses réflexions s'affinent aussi et s'approfondissent. Les interrogations deviennent plus graves, plus adultes et abordent des contrées beaucoup plus tragiques, voire philosophiques. A certains moments, lorsqu'il s'interroge sur le libre arbitre, sur l'acte gratuit d'une violence sans alibi, pas plus terrestre que divin, on songe même au Crime et Châtiment de Dostoïevski, aux Caves du Vatican de Gide, ou à l'Etranger de Camus. Toutes proportions gardées, bien sûr, mais quand même, ce n'est déjà pas mal pour un début !

Je ne vais bien sûr pas vous raconter ici comment le livre s'achève. A vous de le découvrir. Mais ce que je peux vous dire, c'est que j'ai été sincèrement bluffé par ce premier roman écrit dans une langue simple mais impeccablement utilisée, par un auteur doté d'un sens de la psychologie humaine assez impressionnant pour son jeune âge. L'auteur m'a confié, lors du salon du livre où je l'ai rencontré, que s'il avait vraiment eu envie de publier ce roman, il ne savait pas trop s'il en écrirait un jour un autre. Je peux lui répondre : il le fera. Un garçon doté d'un tel regard sur la vie et d'un tel sens de l'écriture ne pourra pas en rester-là. J'attends donc le prochain opus !

Un dernier clin d’œil pour saluer les toutes nouvelles éditions nantaises Ireadbooks qui n'ont pour le moment que deux titres à leur catalogue, mais qui semblent bien parties pour se faire rapidement un nom dans le monde des lettres.

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