jeudi 10 avril 2014

PAR DELÀ LA MÊLÉE...

Ma réflexion sur les barrières se poursuit. J'en profite au passage pour remercier Bertrand Redonnet qui fait suivre mes cogitations sur son blog, l'Exil des mots, où les commentaires vont bon train. Vous pouvez retrouver tout cela ICI.

Mon approche de la question féministe ne doit donc pas être séparée de la manière dont je ressens intimement la notion de barrière. Mon problème en effet, aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, a toujours été, dans tous les domaines, de refuser d'être assigné à résidence d'un côté ou de l'autre des barrières que l'on m'opposait. Sans en avoir pleinement conscience, la plupart du temps. Et si je parle ici de problème, ce n'est pas par hasard, car c'est une position qui est assez inconfortable. C'est ainsi que j'ai toujours traîné, derrière moi, l'image d'un râleur, d'un réfractaire, d'un objecteur, d'un coupeur de cheveux en quatre, bref, d'un emmerdeur, car les humains, au fond, n'aiment pas qu'on interroge les fondements de leurs idées et les moteurs de leurs actes.

Mais c'est comme ça, c'est plus fort que moi, lorsque je me heurte à une barrière, il faut toujours que j'aille jeter un œil de l'autre côté pour voir ce qu'on y trouve. Et forcément, à chaque fois le constat est le même : il y a du bon et du mauvais des deux côtés. Cette posture, dont on pourrait a priori croire qu'elle est plutôt de nature à apaiser les choses, à gommer les conflits en ouvrant une porte de dialogue entre les deux camps, est au contraire très mal perçue. Car la plupart du temps, les deux parties n'ont pas envie de communiquer. C'est d'ailleurs justement pour cela qu'elles ont érigé une barrière entre elles, et toute tentative de conciliation n'est pas perçue comme un appel à la libération, mais comme une agression.

Mon livre sur les Hommes en souffrance, par exemple, même si le ton est volontairement polémique, a vraiment été pensé et écrit comme étant un livre sensé dépasser la barrière de la guerre des sexes. Je voulais vraiment qu'il invite les lecteurs à grimper sur cette barrière pour contempler l'ensemble du problème, objectivement et de manière non partisane. Je sais que certains l'ont lu ainsi et cela me fait plaisir. Mais je constate aussi que ces lecteurs-là ne sont pas majoritaires et que pas mal d'autres semblent n'avoir pas pu faire autrement que de ramener arbitrairement ma pensée d'un côté ou de l'autre de la barrière. C'est ainsi que pour les féministes les plus radicales mon livre est un livre masculiniste (donc abject et condamnable), alors qu'à l'opposé, chez les défenseurs les plus rugueux de la cause des hommes, je sens bien qu'on peine à accueillir chaleureusement un texte qui ne fait pas ouvertement l'apologie des pères perchés ou des femmes au foyer.

C'est pour ça qu'une fois de plus, comme le note Bertrand Redonnet, je me retrouve à l'écart, en dehors. Positions qui ne relèvent pas de choix délibérés, mais découlent des circonstances. Bertrand sait bien mon attachement aux vieux journaux anarchistes. Notamment l'En Dehors, revue à laquelle il fait explicitement référence. Il sait probablement qu'il en existait une autre, publiée par E. Armand durant la première guerre mondiale, qui s'appelait Par delà la mêlée.

Par delà la mêlée... N'est-ce pas là, par définition, que se situe le danseur de corde ?

N'est-ce pas là aussi, dans cette mêlée, que le danseur de corde retombe quand il trébuche ?

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