mercredi 23 avril 2014

QUELQUES RÉPONSES...

Un long et pertinent commentaire, posté en réaction à mon article sur Le Bon côté de la barrière m'a amené à préciser certains points de ma pensée concernant les Hommes en souffrance. Ma réponse étant trop longue pour entrer dans le cadre d'un commentaire (limité à quelques 4000 signes) je la publie ci-dessous.


Pas facile de répondre en bloc à votre commentaire qui pose pas mal de questions, mais je vais essayer de le faire le plus clairement possible. Et si j'oublie des choses, je compte sur vous pour me le signaler. Et un grand merci à vous pour l'intérêt que vous portez à mon travail et au respect dont vous faites preuve dans votre commentaire.

« j'ai trouvé que par moment votre discours était plus stigmatisant envers la gente féminine qu'envers une certaine conception du féminisme. »

Ce serait plus simple pour moi, pour vous répondre, si vous me disiez quels moments vous pointez du doigt, car je ne pense pas avoir été stigmatisant vis-à-vis des femmes justement. C'est vrai que le ton du bouquin est volontairement un peu vif, un peu polémique, car on est plutôt dans un esprit pamphlétaire. Ce qui fait que je ne prends pas forcément toujours de gants pour dire les choses. Mais je ne pense pas avoir manqué de respect aux femmes en général. Après, individuellement, les femmes comme les hommes ont des travers qui peuvent être signalés, vertement ou de manière plus humoristique. Quand je note que, dans tel cas particulier, telle femme s'est comportée de manière discutable, ce n'est pas la femme que je pointe, mais la personne. J'agis exactement de même avec les hommes.

« Plusieurs passages de votre livre m'ont fait penser aux discours "masculinistes" et aux différents mouvements canadiens qui luttent pour la réhabilitation de l'homme à sa "vrai place" dans la société (et qui sont encore plus sectaire et dogmatique que les pires féministes). »

Là encore, j'aimerais bien que vous me citiez les passages incriminés car je serais bien incapable de vous dire ce que peut être la « vraie place » des hommes (en existe-t-il une, d'ailleurs ?) ! J'ai du mal à comprendre comment vous avez pu lire cela dans mon livre. Quant à parler de réhabilitation, sincèrement, je ne vois pas trop ce que vous soulignez. Il ne me semble pas qu'il y ait, dans mon bouquin, un seul passage qui laisse entendre que c'était mieux avant, quand les hommes avaient tous les droits et que les femmes restaient gentiment à la maison à s'occuper des gamins (pour la simple et bonne raison que je ne le pense pas). A aucun moment non plus, il me semble, je ne dis ce que devrait être l'homme (ni la femme d'ailleurs), pas plus que je ne cherche à leur attribuer de rôles ou de fonctions spécifiques. Je rappelle tout au plus que les hommes (comme les femmes) ne sont pas des concepts, mais des êtres faits de chair et de sang, qui ont aussi des sentiments, des sensations... Si dire cela c'est vouloir rechercher une forme de réhabilitation...

« Il me semble que sur ce sujet vous avez bel et bien mis au moins un pied (si ce n'est les deux) de l'autre coté de la barrière. »

Sur ce point là je pense pouvoir vous répondre clairement car c'est effectivement un sujet que j'ai retourné dans tous les sens. Non, je n'ai choisi aucun côté de la barrière. Au pire (ou au mieux je n'en sais rien) j'ai posé un pied de chaque côté. En effet, contrairement à ce que vous laissez entendre (alors que je le dis explicitement dans mon livre) je ne rejette aucunement les présupposés fondamentaux du féminisme : l'égalité entre hommes et femmes, la condamnation de la violence, du sexisme, des stéréotypes. Je suis pour un rapport apaisé entre les sexes, dans le respect de toutes et de tous. J'ai donc très objectivement un pied au moins du côté du féminisme (le vrai, pas la caricature que l'on nous vend actuellement). Mais comment se fait-il que vous ne le remarquiez pas ? Et quand je dis ça je ne vous accuse pas. Je note juste qu'étrangement, ce n'est pas cela que vous retenez. Vous ne voulez voir que l'autre pied, celui qui rappelle simplement que toutes ces valeurs, égalité, respect, non violence, par simple esprit de justice et de logique intellectuelle, doivent aussi être valables pour les hommes. Est-ce que cela fait de moi un « masculiniste » ? Est-ce que cela justifie que l'on dise que j'ai les deux pieds du mauvais de la barrière ? Je ne le pense pas. Mais je crois que votre réaction est par contre très symptomatique des préjugés anti-hommes qui parasitent aujourd'hui les débats, préjugés qui font que le simple fait de refuser de ne parler des hommes qu'en termes négatifs devient suspect. Il va d'ailleurs falloir que je poste un de ces jours sur ce blog un texte sur ce que je pense du masculinisme,  pour préciser mes sentiments vis-à-vis de ce « mouvement ».

« On reste dans un système majoritairement de domination masculine (même si de nos jours les situations inverses existent aussi). »

Le concept de « domination masculine » ne me parle pas vraiment, désolé. Attention, quand je dis ça, je ne dis pas que ça n'existe pas ou que je tente de le nier. Je note plutôt que l'usage que les féministes en font ne me parle pas. Je crois en effet, en ce qui me concerne, que le concept de domination masculine doit être utilisé comme un outil de compréhension, pas comme une arme idéologique. Comment dire cela simplement. C'est comme un marteau si vous voulez. On peut s'en servir comme outil (pour enfoncer des clous et construire quelque chose) ou comme une arme (pour enfoncer le crâne de ceux qui ne nous plaisent pas ou qui ne pensent pas comme nous). Aujourd'hui, le concept de domination masculine est utilisé comme une arme. C'est-à-dire qu'il pose d'office le rapport homme/femme sur le plan de l'opposition et du combat. Alors que ce devrait être un outil au service du débat. Et je suis convaincu que l'opposition des sexes ne se résoudra que par le débat, pas par le combat. D'où ma réticence à parler de domination masculine. Certes, cette domination masculine existe, mais l'erreur c'est de vouloir s'en servir comme principe explicatif de tout ce qui dysfonctionne dans le monde. La guerre, le capitalisme, la violence, la pollution, la crise, tout découlerait plus ou moins directement de la domination masculine, ou de son corollaire, le patriarcat. C'est absurde. De la même manière qu'on a essayé de nous faire croire autrefois que le mal absolu c'était la domination du Capital et la solution la révolution prolétarienne, on essaye de nous faire croire aujourd'hui que le mal absolu c'est la domination masculine et que la solution c'est la révolution féministe. Mais dans un cas comme dans l'autre la réalité est plus complexe et c'est le refus de la prise en compte de cette complexité qui cause généralement les plus graves dégâts. Aujourd'hui, plus personne n'oserait dire que l'on peut appréhender la totalité de la réalité sociale uniquement à partir de la théorie marxiste par exemple. Ce qui n'empêche pas cette théorie de rester quelque chose de fort qui garde son utilité pour comprendre le monde. Je suis persuadé qu'il en sera de même avec le concept de domination masculine d'ici quelques années. Mais peut-être que je me trompe. J'exprime juste mon sentiment. Je n'ai pas la prétention de prétendre que je détiens la vérité sur ce point.

« Mais pour en revenir au bon et au mauvais coté de la barrière, le tout et de savoir ce que vous attendez de ce livre, car deux interprétations sont possibles. Soit le but est de dire "il n'y a pas que les femmes qui sont victimes et la grande souffrance des femmes ne doit pas faire passer sous silence la souffrance non moins grande de certains hommes", soit le but est de dire "On prend trop souvent les femmes pour des victimes alors qu'elles sont souvent les bourreaux". »

Alors là, j'ai presque envie de vous accuser de faire un peu preuve de mauvaise foi quand même, car je crois que la réponse est évidente. Option numéro un bien entendu, puisque vous me poussez à le préciser explicitement. D'ailleurs il me semble que je le dis, dans je ne sais plus quel chapitre, quasiment dans les mêmes termes que vous ! Alors pourquoi douter de la réponse ? Pourquoi même vouloir laisser planer un doute sur ce point ? Si je n'avais pas senti dans tout le reste de votre commentaire un réel respect à mon égard, j'aurais même pu supposer qu'il y avait quelque malveillance dans cette question. A votre décharge toutefois, je peux entendre que le sous-titre du livre peut prêter à confusion. Sur ce point là, une petite précision s'impose : je ne voulais pas de ce sous-titre qui a été choisi et maintenu par l'éditeur contre mon avis. Je ne l'approuve pas tel qu'il est rédigé. J'avais demandé à ce qu'il soit changé en « les femmes ne sont pas toujours les victimes » mais cela n'a pas été retenu. La référence à l'innocence ne me parle pas, pas plus que la notion de culpabilité d'ailleurs. Je ne suis pas un juge. Je ne suis pas là pour juger les individus. Je suis juste là pour les accepter tels qu'ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs souffrances et leurs espoirs, qu'ils soient hommes ou femmes.

« J'espère que ce n'est pas la deuxième de ces phrases qui vous habite lorsque vous recevez une femme en détresse en tant qu'AS ?!? D'ailleurs le seul fait que je me pose cette question est peut être un signe que votre positionnement (en tout cas dans ce livre) est ambigu. »

Je ne pense sincèrement pas que ma position soit ambiguë, pas plus dans ce livre que dans la manière dont j'exerce mon métier. Ou si elle l'est, j'aimerais là encore que vous soyez plus précis sur ce point car ce n'est pas une accusation anodine. Je crois au contraire que mon positionnement est très clair mais qu'il s'exprime dans un contexte tellement confus qu'il peut parfois devenir difficilement audible. Par contre, ce qui est probable, c'est qu'il vient bousculer quelques-unes de vos certitudes sur le sujet. Car c'est quand même intéressant de voir que, du simple fait que je m'intéresse aux souffrances masculines, je pourrais être suspecté de ne plus pouvoir, en tant qu'assistant social, entendre les souffrances féminines. Qu'est-ce qui vous permet de suspecter cela ? Moi, c'est le fait que vous posiez cette question qui me pose question... Je crois d'autant moins être ambigu que mes propos dans ce livre sont en parfaite cohérence avec les convictions que j'ai toujours défendues dans tous mes autres écrits et dans ma vie quotidienne, à savoir la défense de tous les individus, l'idée que chaque humain est unique et qu'il doit être respecté comme tel, le refus d'exclure qui que ce soit, la méfiance à l'égard des dogmes et des principes moutonniers... Posture qui me range habituellement du côté des libertaires de gauche, et qui, curieusement ferait ici de moi, d'un seul coup, parce que j'égratigne le dogme féministe, un petit réactionnaire de droite... Curieux comme décalage, non ? En réalité je pense que l’ambiguïté que vous dénoncez se situe plus dans votre lecture que dans mes propos. 

« D'ailleurs puisque vous l'évoquez sur cette page, je serais curieux de connaître votre positionnement sur cette histoire de "théorie du genre" ainsi que sur la construction sociale du genre détaillée entre autre par Simone de Beauvoir. »

Une réponse complète demanderait de trop longs développements. Nous pourrons y revenir si vous le souhaitez. Disons en résumé que la théorie du genre, pour moi, comme son nom l'indique, est avant tout une théorie. Une théorie intelligente, qui pose de vraies questions sur la manière dont les identités sexuelles se forment. Par contre, ce n'est qu'une théorie et on pourrait reprendre ici mon exemple du marteau : il ne faut pas confondre théorie et idéologie, outil et arme, réflexion et justification. La théorie du genre est donc parfaitement légitime, mais je reste dubitatif sur la manière dont certains et certaines justifient par exemple son enseignement dans le cadre scolaire. Qu'on enseigne une théorie à l'école, c'est parfaitement normal : enseigner la théorie du genre, la théorie marxiste, la théorie libérale... c'est très bien. Mais il y a une nuance entre « enseigner » et « mettre en pratique ». Et on voit bien aujourd'hui que cette nuance, pourtant essentielle, n'est pas pensée. Vous qui êtes prof, mettons que vous soyez prof d'économie ou de philosophie. Si on vous demande d'enseigner la théorie marxiste, je suis sûr que vous ferez immédiatement la différence entre expliquer le marxisme à vos élèves (ses concepts, ses origines, son histoire, ses leaders, ses limites...) et appliquer ou promouvoir le marxisme dans votre classe. Aujourd'hui, en ce qui concerne la théorie du genre, les consignes qui sont transmises aux enseignants ne font pas cette différence entre explication et application. Je ne sais pas si c'est grave, mais je trouve que c'est préoccupant. En tout cas, moi, c'est le genre de question qui me préoccupe.

« Il ne faut pas voir dans mon commentaire une attaque gratuite ou corporatiste mais une volonté de mieux vous connaître/cerner vu que l'on se pense tous les deux du côté des "gentils" mais que sur ce thème particulier nos avis divergent fortement ! »

J'espère que mes réponses vous permettront déjà de me cerner un peu mieux. Pour ce qui est d'être gentil, je ne suis pas persuadé que nos avis divergent si fortement que vous le dites. « Libre penseur », « amoureux des débats et des êtres humains ». Je me reconnais moi aussi tout à fait dans ces définitions que vous donnez de vous même. Ce qui nous sépare peut-être c'est que moi j'ai tenté de prendre de la distance avec ce besoin de paraître « gentil » qui semble encore vous animer. Je m'efforce surtout d'être juste, d'être honnête avec moi même et de suivre la logique de mes raisonnements en évitant de me demander à tout bout de champ si c'est un raisonnement de « gentil » ou de « méchant ». En cela, je suis plutôt nietzschéen, oui, par ma volonté de réfléchir « par delà le bien et le mal » et d'être plus soucieux de véracité (ouverture au questionnement) que de vérité (fermeture au questionnement). La question de mon éventuelle gentillesse ne concerne de toute manière que mes proches qui, il me semble, ne se plaignent pas trop de moi sur ce plan là...

8 commentaires:

Bertrand Redonnet a dit…

Merci à vous deux pour cet échange.
Courtois et intelligent.
J'espère qu'il se prolongera.

Il y a un point cependant qui me fait quand même faire la grimace dans ce que tu dis, Stéphane, sur la théorie du genre :
"Une théorie intelligente, qui pose de vraies questions sur la manière dont les identités sexuelles se forment "
Non. Ce n'est pas vrai. D'ailleurs, tu expliques toi-même que cette théorie n'en est pas vraiment une en ce qu'elle demande, par voie de l'enseignement, application sociétale, très vite.
Ce genre de théorie a donc quelque chose à cacher : son caractère éphémère et idéologique. Pour ça, les pouvoirs qui la manipulent, parmi lesquels sont les féministes, ont besoin de l'ancrer d'urgence dans une réalité.
Comme un décret-loi.
Elle ne dit donc rien d'intelligent parce qu'elle présente, comme le féminisme, une identité génitale, sexuelle, comme devant devenir OBLIGATOIREMENT une identité sociale.
Comme j'ai envie d'être con (et tu me le pardonneras parce qu'on se connaît et savons tous les deux notre pensée respective) je dirais que les Nazis aussi pensaient comme ça.
En exagérant un peu...En tout cas tous les partisans d'une ségrégation sociale pensent comme ça. La couleur de la peau, la fonction, la naissance, etc...
C'est comme si, en simplifiant, pour lutter contre le racisme, on peignait tous les hommes en noir ou en blanc, au sortir du berceau...
Je trouve donc que, à l'instar de ton commentateur, (que je salue au passage pour la pertinence de son intervention) tu es, là, trop gentil. Presque séducteur.
Bien à Toi.

Beau Stéphane a dit…

Merci pour ton commentaire Bertrand. Je ne sais pas si je suis dans la séduction, j'essaye en tout cas d'être dans l'honnêteté vis à vis de moi même. Peut-être, quelque part, ai-je aussi besoin de le séduire moi-même alors...

Je reste sur mon idée que la théorie du genre reste intéressante en tant que théorie. Mais c'est un sentiment que j'ai pour toute les théories qui, par principe sont là pour nous aider à décaler un peu nos angles de vue, à multiplier les points de vue et donc les moyens de comprendre ce qui nous entoure. Je m'oppose par contre à l'utilisation des theories a des fins idéologiques. C'est pour ça que j'insiste sur cette nuance. Après, la théorie du genre, en nous invitant à réfléchir sur ce qui fonde socialement le féminin et le masculin, fait oeuvre utile à mon sens... Et je ne dis pas cela pour chercher à séduire qui que ce soit. Tu me connais toi aussi suffisamment pour savoir que si je pensais l'inverse je le dirais...

Beau Stéphane a dit…

Pour préciser mes propos, disons qu'une théorie est une question, pas une réponse. La théorie interroge, elle ne conclut pas. Le problème n'est donc pas la théorie, mais l'usage que certains veulent en faire. Et c'est le gros problème de la théorie du genre qui a été captée aujourd'hui par l'idéologie féminine. Mais j'insiste : il faut vraiment faire la part des choses entre la théorie qui me parle (et qui, contrairement à ce que tu dis, n'est pas éphémère car elle ne fait que reformuler ce que la sociologie répète depuis longtemps, à savoir que, d'une manière ou d'une autre, tout est social)et l'idéologie qui est venue se greffer dessus.

Et je suis comme toi, j'espère que notre anonyme commentateur reviendra poursuivre le débat.

Anonyme a dit…

Je viens de découvrir ce jour votre réponse à mon commentaire.
Déjà merci d'avoir pris tout ce temps suite à mon message.

Je vais commencer mon message par une concession.
Oui, j'ai belle et bien vu à plusieurs reprises les précautions que vous avez prises pour ce qui est de votre position globale sur la gente féminine. Précautions qui entraient du coup en conflit avec ma compréhensions d'autres phrases de votre livre.
Et en aucune manière, ne vous connaissant pas, je ne me suis permis d'avoir un avis arrêté sur le fait que vous soyez ou non un AS compétent.

De même je ne vous ai pas taxé de "masculiniste canadien". J'ai seulement dit qu'en lisant votre livre, mon esprit, indépendamment de votre volonté et de ma mienne a fait par moment ce lien, ce qui pour moi n'est pas anodin et peut (dans l'optique ou je ne serais pas le seul dans ce cas) laisser penser que certaines tournures de phrases sont ambiguës (mais je vais y revenir).

Pour ce qui est des précisons que vous me demandez, elles ne viendront pas tout de suite car l'on m'avait prêté votre ouvrage et je l'ai rendu (je l'avais d'ailleurs déjà rendu lorsque j'ai écrit mon premier message)

Mais vous mettez le doigt sur une chose qui m'a effectivement gêné.
Vous dites vous appuyer (et c'est effectivement le cas) sur des cas particulier de femmes. Certes, mais justement a la lecture j'ai ressenti que ces exemples avaient une vocation "globalisante".
Apparemment il s'agissait d'une sur-interprétation de ma part car je suis cette fois sur de vous avoir compris suite à notre échange.
De même vous parlez de votre sous titre et vous dites que vous auriez préféré « les femmes ne sont pas toujours les victimes », et bien il se trouve que j'aurais trouvé ce titre inapproprié également, j'aurai personnellement plutôt vu « les hommes aussi sont des victimes » ou quelque chose dans ce genre.
En fait c'est l'exemple parfait de ce que j'ai pu mal interpréter dans votre livre.
Dans un cas (ma tournure de phrase) on rappelle que souffrir peut aussi se conjuguer au masculin, et dans l'autre cas on laisse sous entendre (ou plus, cela peut être interprété) que les femmes peuvent être aussi des bourreaux ou de fausses victimes.
Peut être que je pinaille, peut être que je joue sur les mots ou que je vois le mal partout, mais je constate que si vous avez écrit votre article « le bon coté de la barrière » c'est certainement que d'autres avaient aussi interprété cela comme ça … et j'espère que ceux-ci liront ces échanges pour mieux comprendre comme moi votre positionnement.
Bien sur vous j'ai ma part de responsabilité dans cette interprétation de votre livre, mais j'ai toujours pensait que l'auteur d'un livre partageait en partie cette responsabilité sur l'interprétation qui est faite de son œuvre.

Pour ce qui est de la domination masculine, je n'ai rien a ajouter je partage entièrement votre opinion, que je résumerais ainsi : elle est factuelle (la domination masculine) mais il est complètement stupide de tout analyser par ce prisme.

Anonyme a dit…


Concernant maintenant la théorie du genre (qui n'a pas grand chose à voir avec votre livre mais merci d'y avoir répondu également).
Commençons par ce là ou je suis en total accore avec vous : « n'est pas éphémère car elle ne fait que reformuler ce que la sociologie répète depuis longtemps, à savoir que, d'une manière ou d'une autre, tout est social ». Effectivement comment nier le fait que notre rapport à l'autre sexe, à la sexualité et à nous même et le fruit au moins en partie de notre éducation, de notre culture, de notre environnement ?
Là ou je diffère en parti de vous (et où je diffère plus fortement encore de Bertrand Redonnet qui y voit tromperie et manipulation) c'est lorsque vous dites que ce n'est « qu'une théorie » et que vous comparez cela au marxisme.
En effet je me vois bien enseigner (dans l'hypothèse où je deviendrais prof d'éco ;-) d'autres théories que le marxisme. Par contre je me vois mal enseigner les slogans de la manif pour tous qui serait finalement une sorte de « théorie naturelle » en opposition à la théorie du genre. De même que j'espère ne jamais voire le jour où dans l'école publique un collègue d'SVT me dira que la théorie de l'évolution n'est qu'une théorie et qu'il enseigne en parallèle le créationniste.
Alors certes le terme « théorie » indique que cela n'a pas vocation à tout expliquer, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de fondement scientifique à ces théories.
Pour moi la théorie du genre c'est avant tout de dire que chacun peut devenir ce qu'il veut dans la vie et qu'il ne faut pas se laisser enfermer dans des comportements dicter par une culture sociétale, une culture religieuse, ou différents dogmes.


Quand au fait de prendre de la distance avec le besoin d'apparaitre comme gentil, je vous rappelle que c'est vous qui avait rédiger un article suite aux critiques sur votre bouquin où vous écrivez noir sur blanc votre : « certitude d'être du « bon » côté de l'histoire, celui des faibles, des opprimés, d'être dans le camp de la justice et du bien général. Bref, d'être un « gentil » ». Ce qui pour le coup vous rapproche plus de Platon que de Nietzche … mais par chance je préféré également Platon !
Bon, je suis sur que vous verrez l'humour de ce dernier paragraphe et que vous trouverez cette petite pique finale de bonne guerre.

Désolé si cette réponse n'est que peu structurée, ou si elle ne colle pas parfaitement à ce que vous avez écrit, mais c'est juste un commentaire à chaud sur votre réponse. N'étant plus en vacances mon temps est redevenu rare et compté.

Cordialement

Beau Stéphane a dit…

Réponse au 1er commentaire de "anonyme" (la réponse au second viendra plus tard!) :

Bonjour,

Vous signalez effectivement quelque chose d'important en mettant l'accent sur l'idée d'interprétation qui revient à plusieurs reprises dans votre commentaire. Penser, c'est aligner des mots imparfaits pour tenter de fixer - figer - une réalité qui ne se laissera de toute façon jamais pleinement appréhender. Penser, dans mon esprit, c'est donc interpréter. Ce qui explique que mon rapport à la « vérité » reste assez prudent car je suis persuadé que toute interprétation plante ses racines profondes dans des sensibilités qui sont souvent plus inconscientes que rationnelles. Ma pensée n'échappe pas à cette règle et j’accepte sans aucun problème d'admettre qu'elle est forcément un peu réductrice, incomplète, imparfaite, discutable et nullement porteuse de vérités définitives.

A l'inverse, bien entendu, je conçois parfaitement que vous « interprétiez » vous aussi mes propos, puisque c'est là le propre de la lecture. Lire, c'est interpréter, aussi bien dans un roman (où l'on se fait une idée personnelle du décor, du physique du héros, des couleurs, des odeurs) que dans un essai, même si on n'en a moins souvent conscience dans ce second cas.

Si je précise cela, c'est pour vous signifier que je ne suis pas trop d'accord avec vous quand vous dites que l'auteur partage forcément la responsabilité des interprétations que l'on fait de son œuvre. Je ne peux pas être responsable de toutes les interprétations que l'on pourra faire de mes propos puisque toute lecture est une interprétation. Je veux bien être responsable de ce que j'écris, pas de ce que les gens comprennent. Et si l'on s'en tient à ce que j'ai écrit, je mets qui que ce soit au défi de trouver la moindre phrase où j'inciterais à la haine, à la violence, à la discrimination. Alors pourquoi vouloir interpréter mes propos comme affirmant plus ou moins l'inverse ? Bien sur que c'est quelque chose qui m'interroge. Bien sûr que j'interroge ma part possible de responsabilité. J'admets que mon livre était un livre « coup de gueule » qui peut parfois manquer de nuance, qu'il n'exprime qu'imparfaitement l'ensemble de ma pensée, mais cela n'explique pas tout. Le problème majeur ici, selon moi, c'est que la réflexion sur les rapports de sexes est actuellement complètement enfermée dans un filtre idéologique qui fausse la libre pensée. Aujourd'hui, il n'est plus possible de parler des hommes en termes positifs (ou du moins en termes non négatifs). A juste ou injuste titre, je n'en sais rien, mais c'est ainsi. Le simple fait de s’intéresser à la condition masculine est suspect. Cela suffit à générer le filtre de l'interprétation négative que vous évoquez. La plupart de celles et de ceux qui vont ouvrir mon livre portent ce filtre devant leur yeux, souvent inconsciemment. Ils n'ouvrent pas mon livre en se disant « tiens, une vision un peu alternative, c'est intéressant », mais en pensant « attention, soyons prudent, c'est peut-être un vilain bonhomme qui a un compte à régler avec les femmes ». Et je ne peux pas être responsable de ce filtre (et des interprétations qui en découlent) puisque je le combats, justement.

Beau Stéphane a dit…

Réponse au deuxième commentaire d'anonyme :

Une des erreurs majeures de celles et ceux qui, ces derniers temps, nous vendent de la théorie du genre comme s'il s'agissait d'une évidence que seuls les imbéciles ne peuvent pas comprendre, c'est qu'ils pensent que ce qui est complexe peut devenir simple, hop, comme ça, en claquant des doigts, par la magie d'une théorie qui expliquerait tout. La théorie du genre s'attaque à quelques-unes des antinomies qui ont toujours perturbé les humains : l'opposition entre l'inné et l'acquis, entre le social et le psychologique, entre la nature et la culture. Ce n'est pas rien ! Celles et ceux qui essayent de nous faire croire qu'ils ont découvert, avec la « théorie du genre », la panacée universelle qui résoudrait toutes ces antinomies sont des charlatans et des manipulateurs. Sur ce point là, je rejoins clairement Bertrand Redonnet.

Je maintiens que la théorie du genre n'est, comme vous le dites « qu'une théorie ». Mais ce « qu'une théorie » n'a rien de péjoratif, bien au contraire, car en la traitant comme telle je m'efforce surtout d'éviter qu'elle devienne une idéologie. La théorie du genre est une théorie qui, bien qu'apportant de louables éclairages, laisse aussi beaucoup de zones d'ombres, notamment sur la construction psychique des individus. Il est intéressant de constater, par exemple, que le principe de différentiation, qui est un des piliers de l'évolution psychique, partant du principe narcissique originel vers une structuration sexuée distinguant clairement le masculin (comme papa) et le féminin (comme maman), s'imbrique assez mal avec la théorie social du genre qui pose plutôt la différentiation en termes d'inégalités et de dominations. Ce qui est constitutif de l'équilibre d'un côté devient source de déséquilibre de l'autre. Ce qui ne veut pas dire que l'une est fausse et l'autre vraie, mais que la réalité est complexe et qu'elle ne peut pas se circonscrire aussi simplement qu'on le voudrait.

(suite de la réponse dans le commentaire suivant, car trop longue...)

Beau Stéphane a dit…

(suite et fin du commentaire suivant... Pfou... merci blogspot!!!)

La théorie du genre n'est donc « qu'une théorie ». Une théorie intellectuellement intéressante, qui pose sans doute de vraies questions, mais qui n'explique pas tout. Et c'est ça, selon moi, qui devrait être enseigné dans les écoles : que la théorie du genre n'a pas la prétention de saisir tout le réel. Et aussi, éventuellement, de rappeler que d'autres théories peuvent en effet la contredire ou du moins la nuancer. Mais là encore, il ne faut pas tout mélanger. Il ne s'agit bien sûr pas d'enseigner les slogans de la « manif pour tous », mais il ne faut pas pour autant fermer la porte aux points d'interrogations qui subsistent. Et parmi ces interrogations, la place laissée à l'inné dans la théorie du genre me semble être à préciser. Le lecteur de Konrad Lorenz que je suis ne peut en tout cas pas se satisfaire de ce que dit, aujourd'hui la théorie du genre, du moins dans la version simplifiée et idéologique qui domine aujourd'hui.

La frontière entre théorie et dogme est étroite. Ce que j'essaye de dire (et sur ce point je crois que nous sommes d'accord) c'est qu'il faut toujours être vigilant. C'est plus facile quand on a affaire à des « théories » ou pseudo-théories clairement discutables comme le créationnisme, mais c'est aussi indispensable quand on est confronté à des théories qui veulent se poser comme étant des évidences, comme c'est le cas avec la théorie du genre. Sur la question du rapport entre féminisme et créationnisme, je me suis d'ailleurs amusé à faire un parallèle qui va sans doute encore un peu vous dérouter (http://stephane-beau.blogspot.fr/2014/04/le-feminisme-contre-la-culture.html) !

Quant à ma certitude d'être du bon côté de la barrière, je ne sais pas si vous avez eu le temps d'aller lire les chroniques qui suivaient où je requestionnais justement cette certitude que j'avais affirmée peut-être un peu trop vite.

En tout cas, voilà des échanges bien agréable et qui ont au moins le mérite d'être constructifs ! Merci.