jeudi 8 mai 2014

MASCULINISME VS FEMINISME...


Lors d’un précédent texte sur le masculinisme, où j’expliquais que cette notion était tellement floue qu’elle ne recouvrait aucune réalité palpable, j’avais insisté sur le fait que, si l’on voulait vraiment continuer à utiliser ce terme, il faudrait bien un jour lui donner une définition claire, précise et plus ou moins recevable par tous. Car force est de constater que les définitions mises jusque-là en avant ont globalement été pensées par des féministes qui se souciaient moins de cerner objectivement le concept que de disqualifier leurs adversaires. 

A cela, un commentateur anonyme (qui je l’espère nous donnera au moins son prénom s’il revient par ici) a répondu en proposant l’ébauche de définition suivante : « Masculinisme. Lobby et/ou idéologie cherchant à promouvoir l'intérêt des hommes dans la société. »  

Sur le coup, j’ai trouvé cela un peu juste, je dois l’avouer, mais en y réfléchissant bien (je suis un peu du genre ruminant...) j’ai réalisé que cette définition était finalement beaucoup plus subtile et juste qu’elle ne m’avait semblé au premier abord. Certes, elle demande à être un peu étoffée, mais la base est bonne en ceci qu’elle s’efforce de rester sur le constat en évitant le jugement de valeur. 

Personnellement je la réécrirais plus sous la forme suivante : « Idéologie tendant à promouvoir, dans le discours ou dans l’action, l’intérêt prioritaire des hommes dans la société ». En retirant la référence au lobbying qui me laisse perplexe. Où commence le lobbying, où s’arrête le militantisme ? Difficile à dire. Le premier terme est négativement connoté, le second résonne plus positivement. Parler de « lobbying masculiniste » quand un groupe de père demande à être reçu par un ou une ministre, c’est déjà poser les choses en des termes explicitement peu favorables. Alors que préciser que les arguments des militants des droits des pères ont été entendus par le gouvernement est déjà beaucoup plus nuancé. C’est valable aussi pour le féminisme d’ailleurs dont les opposants condamnent le puissant lobbying (en dénonçant par exemple la présence, dans l’équipe de la ministre du droit des femmes, de représentantes de groupes de pressions féministes ou LGBT) alors qu’à l’inverse on peut aussi estimer qu’il est plutôt bon que les militants de ces mouvements puissent être écoutés. Poser le problème sous l’angle de l’idéologie souligne suffisamment, je crois, qu’on est bien sur une logique militante (ou lobbyiste). 

Ce qui est intéressant dans la définition de notre anonyme commentateur (qualité que j’ai essayé de reproduire dans ma réécriture), c’est qu’elle peut se transposer sans problème au féminisme : « Idéologie tendant à promouvoir, dans le discours ou dans l’action, l’intérêt prioritaire des femmes dans la société ». Je sais bien que cette définition ne conviendra pas à tous les féministes qui ne savent jamais trop s’ils luttent pour l’égalité des sexes ou pour le droit des femmes (deux combats qu’ils confondent, généralement) mais dans les faits on constate assez indiscutablement que les hommes, dans les discours féministes, sont globalement plus assimilés à des adversaires qu’à des partenaires et que la prise en compte de leurs droits, de leurs souffrances, de leurs opinions est loin d’être prioritaire. 

Cette double définition du masculinisme et du féminisme me convient car elle nous laisse la possibilité de n’adhérer ni à l’une ni à l’autre. Ce qui est impossible dans le cas de la définition habituelle que les féministes donnent du masculinisme comme étant une expression de l’antiféminisme. Définition qui nous enferme forcément dans cette logique de barrière que j’ai dénoncé par ailleurs et où le rejet d’un camp a automatiquement valeur d’inscription dans l’autre. Etre « antiféministe » ne veut pas dire être masculiniste. Non : on peut être « antiféministe » et « antimasculiniste », justement parce que ces deux conceptions reposent sur des idéologies affichant un intérêt prioritaire pour l’un ou l’autre sexe. Ce qui me permet de dire clairement que je suis « antimasculiniste » pour les mêmes raisons que je suis « antiféministe » : parce que je souhaite qu’un débat puisse être posé sur des bases plus logiques qu’idéologiques, parce que je ne veux privilégier prioritairement aucun sexe, et parce que je ne veux pas que la raison du plus fort (militantisme ou lobbying, peu importe) l’emporte systématiquement sur la raison du plus juste. Ce qui ne m’empêche pas d’estimer que certains combats féministes sont parfaitement justifiés ; tout comme le sont certains combats masculinistes (tous deux entendus dans le cadre des définitions ci-dessus posées), mais aussi de juger que la manière dont ces combats sont menés a peu de chances d’aboutir à des résultats réellement positifs. 

Le problème, aujourd’hui, c’est qu’il n’existe pas de voie intermédiaire, sauf à revendiquer quelques étiquettes classiques qui ont perdu, hélas, de leur crédit : se dire humaniste ? républicain ? Comment se fait-il que cela ne suffise plus ? 

Tout ceci reste à affiner, bien entendu. Le but de ces cogitations étant de profiter des échanges d’idées pour progresser vers toujours plus de clarté et de précision, tout ce qui est écrit là est susceptible d’être battu en brèche par des arguments contradictoires pertinents. N’hésitez donc pas à venir poster vos commentaires, même très critiques, à condition qu’ils soient argumentés et respectueux, bien sûr. 

Mais en tout cas, tout cela me confirme dans l’idée qu’il y a bien de la place, sur ces questions, pour un ample et profond débat dont on ne retrouve pas assez d’échos, selon moi, dans les médias ou dans les discours politiques.

6 commentaires:

Benoit a dit…

Bonjour,
Je commentais vos articles jusqu'à présent en tant que « anonyme » pour la bonne et simple raison que c'est la solution la plus facile sur votre blog, surtout que je ne connaissais pas jusqu'à lors le terme d'URL que j'ai dû rechercher sur internet. Cela étant je trouve ça normale de signer ce que l'on écrit, j'aurais même préféré que l'on m'oblige à donner mon nom pour pouvoir commenter plutôt que de me proposer plein d'options que je ne comprenais pas.
Je m'appelle Benoît COMBE, et vu que dans les commentaires les gens ont l'air de s'appeler par leur prénom je ferais un effort pour signer mes commentaires à venir au nom de Benoit.
D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez la main là dessus, mais si c'est le cas, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous modifiez à posteriori mon identité sur mes commentaires antérieurs afin de gagner en lisibilité sur votre blog et dans nos débats.
Étant un adepte de la pensée complexe d'Edgar Morin, lorsque je lis vos articles j'ai tendance à vouloir répondre / commenter / donner mon avis d'un bloc sur les 10 articles que j'ai lu. Mais pour la clarté des débats/échanges, je vais essayer de scinder ma réflexion afin de coller aux sujets.
Pas d'étonnement donc si 4 de mes commentaires arrivent en même temps sur 4 articles différents.

Benoit a dit…

Concernant la définition du masculinisme, je suis d'accord.
Et même si cela pourrait se débattre, je vous accorde que globalement beaucoup de gens vont comme vous connoter le terme « lobby » négativement, et le terme « militantisme » positivement.
Je suis bien sur en accord avec le fait que cette définition s'applique au féminisme.
D'ailleurs, une petite aparté pour dire que j'ai lu votre compte rendu du livre « la femme unidimensionnelle » et je partage quasi entièrement tout ce que vous écrivez dans ce résumé (contrairement à votre livre « hommes en souffrances », on en a déjà parlé).
Maintenant je voudrais revenir sur le fait que comme vous je pense qu'il y a plein de voies possibles (et celle de l'humanisme que vous abordez en conclusion me séduit pas mal je dois dire) et que ça n'a pas de sens de dire que les gens devraient être soit féministes, soit masculinistes si ils ne sont pas féministes … Après personnellement je n'ai jamais ressentis cette pression que vous décrivez (dans beaucoup d'articles) et que je résumerais par « si tu n'es pas avec nous, tu es contre nous ». Mais de par votre blog, je veux bien croire que vous êtes plus exposé que moi à ce genre de remarque (attention toutes fois à ne pas penser que ces remarques sont omniprésentes dans la société).
Effectivement on peut très bien être, comme vous vous définissez, « anti-féminisme » ET « anti-masculinisme ». Mais déjà se définir comme ça c'est un choix (que vous assumez d'ailleurs), c'est un engagement, c'est du militantisme. Car on peut aussi se définir comme « ni féministe » (ou « non féministe), « ni masculiniste » (ou « non masculiniste ») sans pour autant être ANTI-féministe ou ANTI-masculiniste.
Bien sur vous êtes le mieux placé pour vous définir (à condition d'être honnête, et je c'est une qualité que je vous prête sans problème) donc je ne discuterais pas ce que vous êtes ni la manière dont vous vous définissez. Par contre je m'autorise à discuter l'image que vous renvoyez de vous de par vos livres, vos articles, votre blog, vos commentaires.
Personnellement, ce que je lis de vous m'invite à vous définir comme « anti-féministe » et comme « non masculiniste ». En effet, après avoir échangé avec vous, je ne vous qualifierais pas de « masculiniste », mais je garderais le terme « anti-masculiniste » pour justement un militantisme s'opposant activement au masculinisme … même si effectivement vous êtes claire sur le rejet que vous faites de toute idéologie dont le masculinisme. Par contre je suis d'accords pour le « anti-féminisme » qui effectivement entre en résonance avec les sujets de plusieurs de vos écrits.
A l'inverse, je ne me serais pas défini comme ça il y a quelques temps encore, mais suite à la lecture du blog de Patrick Guillot et à mes prises de position sur votre blog, sans doute que je me classerais comme « ANTI-masculiniste » et « non-féministe » (et pas anti-féministe) … bien que je garde une préférence pour ce qui nous rattache, l'humanisme.
(1/2) ... suite ci après

Benoit a dit…

2/2 ... suite ...
Puisque nous avons statuer sur une définition analogue du féminisme et du masculinisme, j'en profite pour revenir sur une mise en perspective de ses 2 lobbies/militantismes/idéologies.
En effet si leur fonctionnement est « symétrique » ce qui est dissymétrique c'est le contexte social dans lequel ils œuvrent. Je m'explique, bien qu'il existe des discriminations contre les hommes, je ne crois pas que vous m'ayez repris lorsque j'ai avancé dans un autre commentaire que dans le monde (et dans une moindre mesure en France, qui n'est pas une exception) la domination reste masculine (pour le champ qui nous intéresse ici, car il y a d'autres types de domination que vous évoquez souvent à juste titre … celle du capitale, de la consommation, de la pensé unique …).
Du coup, je pardonne plus volontiers (mais c'est personnel) le dogmatisme d'une propagande ou d'une idéologie lorsqu'elle est au service des dominés que lorsqu'elle est au service des dominants.
Eh oui j'ai toujours supporté l'outsider c'est plus fort que moi. Et je suis sur que sur ce dernier paragraphe vous serrez en désaccord avec moi. En tout cas à défaut d'être d'accord avec moi sur ma conclusion (qui explique mon positionnement), vous serez peut être d'accord avec moi que si l'on regarde la société à travers le prisme de la théorie des champs de Bourdieu, même si ces 2 champs (féminisme et masculinisme) luttent pour la domination plus que pour un compromis égalitaire, le féminisme est en droit d'attendre plus de victoires que le masculinisme avant d'atteindre un équilibre social acceptable.

Beau Stéphane a dit…

Quelques réponses, un peu en vrac. 1/2

1) Par rapport à cette pression sociale que vous évoquez et que vous résumez par « si tu n'es pas avec nous, tu es contre nous », je ne la ressentais pas, moi non plus, tant que je marchais sagement dans les clous de la pensée dominante. Mais depuis que je suis vigilant sur cette question j’en constate la réalité presque quotidiennement. Juste un exemple : j’étais en formation il y a quelques jours sur le thème de la conjugalité et de la parentalité. Notre formatrice, psychologue a priori parfaitement favorable aux combats féministes, au mariage pour tous etc. nous expliquait qu’il est presque impossible, aujourd’hui, de publier un article « objectif » sur la question de l’homoparentalité car il est impossible d’émettre une éventuelle réserve sans être pointé du doigt.

2) Votre distinction entre « anti » et « non » est intéressante et elle permet sans doute d’apporter un peu de nuance dans le débat, ce qui n’est jamais inutile. Après le féminisme se caractérise quand même par une théorisation idéologique et dogmatique forte. On peut être « anti-féministe » car il y a là une idéologie à laquelle on peut (idéologiquement aussi, sans doute) s’opposer. Le masculinisme brille surtout par sa connerie. Pas facile d’être « anti-masculiniste » à moins de vouloir aussi se décréter « anti-con » ce qui représente un programme bien trop vaste, vous en conviendrez. On ne combat pas la bêtise comme on combat les dogmes. C’est pour ça, dans cette optique, que j’admets la définition que vous donnez de moi (anti-féministe et non-masculiniste)

Beau Stéphane a dit…

Quelques réponses en vrac 2/2

3) Je suis moi aussi un lecteur de Bourdieu que j’apprécie particulièrement. Par contre, une de ses limites, selon moi, est de toujours vouloir (bon continuateur du marxisme sur ce plan) envisager les processus de domination sur un mode binaire. Je pense qu’une idéologie boiteuse ne profite jamais à personne sur du long terme, pas plus aux « dominés » qu’aux « dominants » et qu’il faut justement essayer de s’extraire de ces schémas dualistes. je reste sur mon idée que vouloir à tout prix réfléchir en termes de « domination » est certainement très bon pour permettre l’expression des ressentiments, mais très improductif pour faire évoluer les choses sur le terrain de l’harmonie... Quant à savoir si « le féminisme est en droit d'attendre plus de victoires que le masculinisme avant d'atteindre un équilibre social acceptable » je reste dubitatif : tant qu’on en sera contraint à compter les victoires de chaque camp, on n’est pas prêt de fêter la paix commune...

4) Votre petite phrase sur votre penchant sur les « outsiders » m’a un peu peiné, je l’avoue, car j’y ai lu (peut-être à tort) que vous pensiez que ce ne devait pas être mon cas. Je ne peux que vous inviter à lire ou relire certains de mes écrits, mes chroniques sur Les humbles sur le blog de Bertrand Redonnet, ma préface du recueil de Philippe Ayraud justement intitulé « Les perdants », un texte que j’ai fait paraître dans la revue « Le Pont », texte intitulé « le Chevalier noir » dans lequel je dis que dès l’enfance j’ai toujours été du côté des perdants, des losers, des exclus... Et c’est justement pour ça, aujourd’hui, que je prends la défense des hommes. parce que tous les jours, dans mon bureau, j’en reçois des qui sont des vrais perdants, et que personne ne se soucie d’eux. Mais dans le social, ce n’est pas nouveau, il y a toujours eu les « bons pauvres », ceux qui correspondent bien aux critères moraux des victimes méritantes, et les « mauvais pauvres », les parias, les boucs émissaires. Et quand on veut plaider leur cause à ceux-là, d’un seul coup, les belles âmes et les cœurs généreux font la fine bouche. Mais moi, ces gens là, je les aime bien, qu’ils soient hommes ou femmes. Libre à vous de sélectionner vos victimes. Moi je les accueille toutes.

Benoit a dit…

Non non, vous avez mal compris (ou je me suis mal exprimé, vu que selon moi toute interprétation porte une responsabilité conjointe du lecteur et du rédacteur).
Lorsque je parlais des outsiders, je le faisais avec unique but de pouvoir augmenté la connaissance que vous (et les lecteur de ce blog) avez de mes idées/positionnements. Car bien évidemment je vous connais mieux que vous ne me connaissez (forcément je vous ai plus lu et vous êtes plus exposé que moi).
D'ailleurs à défaut d'avoir lu tout ce que vous citez, j'avais lu avant d'écrire mon commentaire votre article sur les perdants et celui sur(de mémoire) un article de "valeurs actuelles" qui stigmatisait les profiteurs (voir les pauvres).
Par contre je notais par ce commentaire que cela pouvait s'appliquer ici car, formulé autrement je dirais que pour arriver à "une paix commune" mon analyse est qu'il reste à la société de plus grandes concessions à faire en faveur de la situation des femmes que de celles des hommes. Mais d'une, je ne dit pas qu'elle ne doit pas en faire pour les hommes. Et de deux, j'ai pris note de vous étiez dubitatif à ce sujet. Nos positions ne sont donc pas les mêmes et appartement cela découle d'un diagnostique qui n'est pas exactement le même, et cela peut être car nos situations professionnelles et nos lectures personnelles n'ont pas été les mêmes.
Sinon m'a lecture de Bourdieu ne m'avais pas laissé à ce point cette impression de dualité, pour moi la complexité est prises en compte car il n'y a pas 2 mais une multitude de champs interpénétrés. Quand à la domination masculine qui encore une fois n'est pas la seule forme de domination, je la trouve indéniable, surtout à l'échelle du globe. Après c'est un angle de lecture parmi d'autre j'en conviens parfaitement, et je prend note que vous ne le jugez pas pertinent alors que moi si.
Et pour conclure sur les "bons" et les mauvais "pauvres" c'est une distinction que je ne fait pas et qui me fait fortement penser à la différences entre les bons et les mauvais chasseurs (blague).
Et en post conclusion ;-) je perds énormément de temps (trop d'après mes proches) dans ma vie de tout les jours dans ce combat "anti con" que vous mentionnez. Bien qu'afin de coller au sujet je parfaire me limiter ici au masculinisme. Ce qui est d'ailleurs sans doute plus humble si l'on considère "qu'on est toujours le con de quelqu'un".