mercredi 21 mai 2014

MICHEL BAGLIN... LA PART DU DIABLE...

Treize nouvelles... Le diable, évoqué en titre... Sans parler du sous-titre : « et autres nouvelles noires... » L'avertissement semble clair : ça va cogner, ça va saigner, ça va frissonner, ça va hurler...

Mais en fait, non, n'en déplaise aux nostalgiques de L'Exorciste ou de Massacre à la tronçonneuse ! Car Michel Baglin est bien plus subtil que cela. Il sait très bien, lui qui a passé une grande partie de son existence à regarder vivre ces drôles d'animaux que sont ses contemporains, que pour trouver le diable il n'est jamais nécessaire d'aller bien loin. Il suffit juste de se poster au coin d'une rue, dans une gare, un bar, sur une plage et d'attendre que les personnages entrent en scène. Il faut être patient, leur laisser le temps de s'installer, de donner libre cours à leurs passions, à leurs pulsions, à leurs folies. Il faut gratter un peu les croûtes, fouiller les fêlures, chatouiller les plaies et les blessures, et le diable finit toujours par venir pointer le bout de son nez. Car « la part du diable », comme l'a très bien compris Michel Baglin, n'est finalement rien d'autre que cette part d'humanité trop humaine, comme nous l'a enseigné Nietzsche, que nous portons tous en chacun de nous.

Avec humour parfois, tendresse souvent, Michel Baglin nous invite à faire un bout de chemin avec des gens simples (un clodo, un garagiste, un gardien de parking de supermarché, une vieille prostituée à la retraite...) qui se heurtent soudain à la brutalité du monde. Certains y laissent leur peau, d'autres leurs rêves et leurs espoirs, voire leur âme. Mais aucun n'en ressort intact. Tous finissent par sombrer en laissant flotter derrière eux un doux parfum de soufre, aussi bien les innocents que les coupables, les salauds que les héros, les victimes que les bourreaux. Car au fond, on le sait bien : ce ne sont que des pantins tous ces humains, ces frères humains qui nous ressemblent tant, jouets impuissants tenus par des fils invisibles, mus par une main mystérieuse et mutine qui s'amuse à distribuer les rôles au gré de ses humeurs. La main du destin.

Main sans pitié...

Main sans morale...

La main du diable ?


Michel Baglin, La Part du diable, Le bruit des autres, 2013

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