dimanche 22 juin 2014

DIEU SE MOQUE DES LÈCHE-BOTTES, MICHEL BAGLIN...

En mars dernier, Michel Baglin a publié, aux éditions Le Bruit des autres, une farce théâtrale mettant en scène Dieu dialoguant avec divers humains : Dieu se moque des lèche-bottes.

Le titre, pas très heureux je trouve, a failli me faire passer à côté de ce texte, et ça aurait été dommage. Car la pièce de Michel Baglin, très profonde et très philosophique va bien au delà de la farce. On y retrouve avec plaisir l'esprit lucide et rigolard des anars du XIXème siècle.

Cette pièce est un manifeste contre tous les dogmatismes et toutes les croyances qui empêchent les humains de vivre sereinement. Et ce genre de manifeste est toujours (hélas) utile.

Mais, plutôt que de me lancer dans une longue critique, j'ai juste envie ici de vous recopier quelques lignes du livre. Elles vous diront tout : si elles ne vous parlent pas, c'est foutu pour vous, passez votre chemin. Mais si vous y trouvez du sens, alors lancez-vous : achetez le bouquin, vous ne pourrez pas être déçus.

L'extrait suivant met en scène Roman, un écrivain que Dieu reçoit au Paradis, et Dieu lui-même.

Roman - Le jugement est un peu sévère ! Après tout, ces malheureux hommes, mes semblables, cherchent une réponse à leur désarroi...

Dieu – Dis-le : ils ont la trouille, mon garçon ! Et c'est pourquoi ils sont violents. Derrière toute violence il y a toujours la peur !

Roman – A qui la faute ?

Dieu – Attends, je n'ai pas dit que toute peur conduisait à la violence ! Gandhi aussi avait peur, et Jésus, et tant d'autres... Les uns sortent les couteaux, d'autres vont soigner les lépreux, toutes les réponses ne se valent pas !

(…)

Dieu – J'aime que mes créatures s'interrogent, pas qu'elles simplifient. Vos soi-disant bobos, vos soi-disant fachos partagent trop souvent la même bêtise, la même lâcheté, le même mépris des autres...

Roman – Vous n'aimez pas qu'on se veuille politiquement correct ?

Dieu – Je n'aime pas qu'on s'acharne à garder la tête dans le sable...

Roman – Vous renvoyez tout le monde dos-à-dos...

Dieu – Absolument pas ! Je renvoie chacun à ses responsabilités !

Allez, concluons par quelques petites pépites, histoire de convaincre définitivement les ultimes réticents :

« La radicalité est souvent moins politique que pathologique : une médecine de cheval que s'administreraient les désemparés... »

« Hélas, quand on es prêt à mourir pour une idée, généralement on est aussi prêt à tuer en son nom ».


« Je me méfie de ceux qui croient m'avoir trouvé, pas de ceux qui me cherchent ».

Dieu se moque des lèche-bottes, Michel Baglin, Le bruit des autres, 2014

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