vendredi 18 juillet 2014

SERGE CHARNAY ET LES HOMMES EN SOUFFRANCE...

Le battage médiatique autour de Serge Charnay me pose question depuis février 2013, date à laquelle ce père nantais a décidé de grimper sur une des grues du port de Nantes pour clamer haut et fort sa colère vis-à-vis de la justice et sa douleur d’être séparé de son fils. Lorsqu’il a entamé son action j’ai assez rapidement estimé que le côté Grand-Guignol de l’affaire était excessif, que le choix de la méthode n’était pas bon et que cela allait au final desservir tout le monde : lui, son fils, les pères, les hommes... Ses propos assez discutables, au pied de la grue, sur les femmes ministres achevant de me conforter dans l’idée qu’on avait affaire à un homme qui, quelles qu’aient pu être la légitimité de ses motivations profondes, avait clairement tiré à côté de la cible. Son incarcération, depuis, n’ayant bien entendu pas amélioré les choses, du moins en termes d'image.

Mais très tôt aussi, ma fibre « sociale » a été heurtée par la violence des attaques dont il a été l’objet et par la volonté claire de le salir, relayée par la plupart des médias. Homme violent, kidnappeur d’enfant, hors-la-loi, manipulateur, masculiniste... C’est fou de voir avec quelle délectation le quidam moyen enfile dès qu’il le peut la robe de juge. J’ai alors eu le sentiment – et je l’ai toujours – que l’on mélangeait tout, les souffrances individuelles et les causes collectives, la réaction au sensationnel et la réflexion à long terme.

Il faut reconnaître que Serge Charnay n’a pas simplifié les choses en ne posant pas une frontière nette entre sa cause particulière et la cause des pères en général. Cela lui a d’ailleurs été immédiatement reproché par ses détracteurs. Mais en même temps, peut-il vraiment le faire? Comment peut-on honnêtement lui faire ce reproche ? Son combat est obligatoirement, radicalement, individuel et collectif.

Et de ce fait, il lui est naturellement quasi impossible de tracer une ligne de fracture nette entre ces deux dimensions. L’action de Serge Charnay n'en est pour autant pas moins importante et instructive car, au delà de sa propre histoire, elle a en effet clairement mis en lumière un vrai problème : celui de la place des hommes (et des pères) dans notre société contemporaine. Il l’a fait maladroitement peut-être, avec des arguments sans doute confus, parce qu’il est lui-même pris dans des contradictions difficiles à résoudre. Mais la grande imposture de ses détracteurs a été de vouloir persuader l’opinion que le questionnement collectif soulevé par ce père perché sur la cause des hommes ne méritait pas être entendu pour la simple et bonne raison que son combat individuel était potentiellement discutable. Ce qui ne tient pas.

Je vais être honnête : lorsque j’ai su que Serge Charnay, du fond de sa prison, avait lu mon livre sur les Hommes en souffrance, qu’il l’avait apprécié et qu’il s’était même fendu d’une longue et plutôt élogieuse note de lecture, j’ai eu un réflexe de recul. Mince ! Qu’allais-je faire de cela ? Qu’un homme aussi controversé, aussi unanimement condamné puisse se retrouver en accord avec mes idées m'apparaissait troublant. Presque embarrassant. Puis j’ai réalisé à quel point ma réserve était ridicule, pour ne pas dire plus. Je réagissais comme les censeurs que je condamnais par ailleurs. A quel titre en effet, puis-je, ne sachant quasiment rien de cet homme et n’ayant qu’une connaissance très approximatives de ses motivations et de ses torts, me permettre d’émettre à son égard des jugements définitifs ? Il est tellement facile, en effet, de hurler avec les loups. Au point, à mon tour, d'envisager de ne pas entendre sa parole ! La puissance aveugle de la pression sociale m'est soudain apparue dans toute sa laideur. Non, définitivement non : pour rester dans la métaphore animalière, je ne bêlerai pas avec le troupeau.

Perplexe, j’ai fouillé un peu partout sur internet et j’ai remarqué que, comme je le pressentais, il est presque impossible de savoir ce que pense vraiment Serge Charnay, ce qu’il dit, ce qu’il défend. Tout a été fait pour que sa parole  soit étouffée et pour que la plupart des « procès » qui lui sont faits restent des procès d’intention reposant sur le rappel systématique de ses démêlés judiciaires.

Alors, fidèle à un de mes principes de base qui veut que tout humain, quel qu’il soit, quelles que soient les erreurs qu'il ait pu commettre, doit pouvoir s’exprimer librement (quitte à être discuté, contredit, attaqué si nécessaire) il m’a paru normal et nécessaire de reproduire ici sa note de lecture.

Prélude peut-être à un dialogue plus long et plus fouillé. Et tant pis pour celles et ceux qui ne comprendront pas la logique qui m'anime. Entre le dialogue et la censure, j'ai depuis longtemps choisi mon camp.

HOMMES EN SOUFFRANCE, Note de lecture de Serge Charnay

Que dire d’un livre qui ne nous apprend rien ?

Puis-je seulement me réjouir de voir dressé, là, ligne après ligne, le portrait d’une société totalement sexiste... une société dont l’un des piliers est, ou devrait être, l’égalité... nous en sommes si loin... et nous ne sommes même pas sur la bonne voie pour y parvenir...

Quand on en mesure les implications, les conséquences, cela est juste terrifiant...

Moi je vivais dans un monde que je considérais, à peu près, normal, en tout cas supportable, jusqu’en 2009... date à laquelle la « justice », dite familiale, a décidé de mettre de « l’ordre » dans ma famille...

Et cet « ordre » se résume à séparer totalement un fils de son père, et de la famille paternelle, sans que l’on sache jamais pourquoi...

Quand j’ai été touché par cette (mauvaise) grâce je me suis tourné, bien dans mon époque, vers internet...

Il ne m’a fallu que quelques heures pour comprendre que nous n’étions pas un cas isolé... bien loin s’en faut...

Après quelques jours, seulement, je comprenais que j’étais face à une catastrophe sociale, une hécatombe familiale... provoquant des drames terribles... dépressions, violences, suicides.

On fait subir, généralement aux hommes, ce que personne n’est capable de supporter, parce que cette douleur est inhumaine, inconcevable, la privation d’enfant...

Au fil des mois, je découvrais également le parcours du combattant, et surtout le refus de notre société à reconnaître qu’une femme puisse se montrer violente...

Mes plaintes n’ont pas été traitées.

Ce sont des femmes qui ont fait de moi ce que je suis, quelqu’un d’équilibré, de droit... je le crois... capable de supporter, en tout cas de reprendre pied, face à ce tourbillon de douleurs qu’a été ma vie ces dernières années... nos vies... à Benoit, à Véronique, à moi.

Il est communément admis que la justice n’existe pas dans notre pays... Mais a-t-elle sa place dans nos familles ?

Si un seul enfant était privé de l’un de ses parents par ma faute cela me serait parfaitement insupportable...

Notre « justice » dite familiale est, depuis longtemps, devenue une machine à séparer enfants et parents... de façon totalement inutile... destructrice... violente... au lieu d’obliger les parents à se comporter en adultes responsables... pour leur plus grand bien et celui des enfants.


Merci monsieur Beau pour ce livre... ce n’est un pamphlet contre personne... une analyse factuelle, réaliste de notre société, de nos familles...

Ce serait un parfait document de travail pour tous les acteurs de notre société... gouvernement, députés et sénateurs, acteurs sociaux...

Un ouvrage qui devrait faire consensus et servir de base de travail pour une société réellement égalitariste...

Mais quelle prudence il faut, on la trouve à chaque page, pour aller à l’encontre des idées reçues... pour dire la vérité crue... une vérité qui dérange...

Monsieur, il ne fait aucun doute que vous êtes des meilleurs féministes... les féministes égalitaristes...

La société que vous dessinez est celle que j’appelle de mes vœux.

Puissions-nous, un jour, la voir se réaliser pour le plus grand bonheur de tous... et de chacun... 

Serge Charnay

8 commentaires:

Bertrand a dit…

Tu as très bien fait, Stéphane, de relayer.
Peu importe le reste : nous sommes tous bardés de contradictions et d'égarements.
Est-ce qu'on prive les politiques pris la main dans la caisse, pris en flagrant délit de mensonges, de parole ?
Non. On leur passe un micro...

Et puis, blague permise, je trouve que ce monsieur en se perchant sur une grue a très bien filé la métaphore...

Jo Dailleux a dit…

Bonjour Stéphane
Merci d'avoir osé mettre en ligne ce travail de Serge CHARNAY. On peu discuter sur la manière de faire de Serge. pour ma part j'entends le cri de ce père qui a porté sur la place publique ce fonctionnement insoutenable de notre société en ce qui concerne la parentalité. Écoutons avec attention ce qu'il dit c'est plein de bon sens et entendons sa souffrance et celle des pères ou des mères qui sont privés d'enfants. Arrêtons de vouloir trouver une quelconque responsabilité à chacun. Basons nous sur le simple fait qu'aucun enfant, qu'aucun parent ne devraient être privé du contact avec ses enfants. quand je dis cela je le dis aussi pour les parents qui sont en difficulté pour assurer leur rôle parental et qui ont besoins d'un accompagnement spécifique adapté à leur situation.
Ce droit de chaque humain à garder un lien avec son père et sa mère devrait être inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'"homme"...
Jo DAILLEUX

Beau Stéphane a dit…

Merci pour votre visite. La brèche est ouverte de toute manière maintenant. Les choses évolueront forcement dans le sens que vous indiquez.

Anonyme a dit…

La place,le rôle du père... Le choix semble avoir été fait de déboulonner les statues (et statuts)du patriarcat. On ne peut que s'en féliciter, cependant il subsiste des pères, mais à quelle place et dans quel rôle?
C'est bien de rôle dont il faut parler : celui de la mère, celui du père. Celui de la mère, la société s'en est emparé pour devenir société maternante, "incestuelle". Celui, castrateur, du père et qui apporte la parole pour s'extraire de la fusion entre la mère et l'enfant a perdu droit de cité.
Tout cela au nom du tout jouissif, du tout consommable : l'autre, soi-même est devenu un consommable, et la parole qui engage a perdu de sa valeur.
Restent des sujets en proie à un flottement existentiel entre les extrêmes de l'excès et qui sont bien souvent renvoyés brutalement l'un à l'autre faute d'une unité propre assumée et d'un rôle distinct et reconnu.Et là, le victimat est un choix des plus redoutables...
Marc Bozec.

Beau Stéphane a dit…

Salut Marc, content de te croiser par ici ! Pas trop de temps en ce moment, mais ton commentaire est important et je vais essayer d'y répondre plus longuement assez vite.

A+

Beau Stéphane a dit…

Re salut, Marc,

Cette question du rapport de sexes, comme tu le soulignes fort bien est une question complexe, ample. Les mots et les concepts qui nous servent à penser cette problématique sont tellement chargés de connotations qu'il est très compliqué de ne pas y perdre son latin. Une des erreurs (volontaires?) des féministes en effet est par exemple de vouloir nous faire croire que les termes « patriarcat » et « père » sont interchangeables, tout comme « père » et « homme ». Ce qui fait qu'en condamnant l'un, on peut sans explication supplémentaire, condamner les trois.

L'idée de « rôles » que tu abordes également, ne me convainc par contre qu'à moitié. Je partage ton diagnostic sur la société en perte de repères, ou le jouissif et le consommable règnent en maîtres, mais je ne suis pas persuadé qu'il faille y voir le résultat – même partiel – d'une confusion des rôles entre « père » et « mère ». Je suis de ceux qui pense que le fait d'être homme ou femme, père ou mère, importe peu dans la manière dont on peut élever des enfants. Cela dépend moins d'une question de rôles qu'une question de valeurs à transmettre. Et la confusion des rôles que tu constates – et qui est réelle – n'est d'après moi qu'un symptômes de plus des méfaits du système capitaliste qui lui, pour le coup, n'a pas besoin de pères, de mères ou d'enfants, mais seulement de consommateurs toujours plus boulimiques, frénétiques, dénués de personnalités propres et d'esprits critiques.

Quant au victimat, c'est effectivement quelque chose de complexe. Mais là encore, je crois qu'il faut détacher cela de la question du rapport de sexes. Dans une société qui nous rappelle tout le temps, via la pub et les médias, que nous méritons de tout avoir, que tout nous est dû, chaque manque est vécu comme une injustice. Une grande partie des aspirations féministes s'est construite sur la publicité et sur la propagande idéologique qui fait miroiter aux yeux des femmes l'illusion d'un monde merveilleux dont les hommes auraient le privilège. Mais ce monde n'existe pas. Et aujourd'hui, les femmes qui pensent être aux portes de ce monde imaginaire se perçoivent comme ds victimes, tout comme de nombreux hommes qui sont victimes au quotidien du système capitaliste et qui trouvent très injuste qu'on les accusent en plus des des profiteurs et des dominants.

Et pour finir, je rappelle que Marc Bozec tient un blog d'une belle richesse et qu'il est toujours instructif d'aller y faire un tour : http://marc-bozec.blog4ever.com/

Anonyme a dit…

Bonjour,
Vive la richesse du débat.
Cet article est intéressant, mais sa portée est forcément limitée par la difficulté d’enclencher une réflexion générale en partant d’un cas particulier.
Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans cette page c’est la réflexion dialectique que vous avez eu avec Mr Bozec.

D’ailleurs, cette fois je suis complètement d’accords avec ce que vous dites sur les « rôles » et le « victimat » (même si pour moi le féminisme n'y est pas plus enclin que le commun de mortel).

Ainsi comme le dit Mr Bozec sur son blog (que je n’ai pour l’instant survolé que très très superficiellement) : "L'autre est ce qui me permet de ne pas me répéter à l'infini." Jean Baudrillard

Cordialement
Benoit COMBE

Serge #PPDE CHARNAY a dit…

Merci M.BEAU... c'est un honneur que vous me faites...
Serge #PPDE CHARNAY