samedi 8 novembre 2014

LES ZANARS DE CHRISTIAN BULTING...

Les illusions perdues ?

Le nouveau roman de Christian Bulting, Les Zanars est un de ces livres comme je les aime : simple, efficace, sans esbroufe. L'auteur ne cherche pas à nous faire croire qu'il a réinventé la littérature, ni à coller à tout prix aux styles et aux modes du moment. Il écrit ce qu'il a sur le cœur, avec tendresse et générosité. Il aime les hommes et les femmes, ses frères humains qu'il observe sans les juger. Il les aime pour leurs qualités mais aussi pour leurs défauts, pour leurs forces, mais aussi pour leurs faiblesses, leurs fragilités. Et cela suffit pour installer le lecteur dans un état d'esprit chaleureux et empathique qui fait que l'on dévore les quelques cent pages de l'ouvrage d'une seule traite et qu'on le quitte avec la curieuse impression de revenir d'un voyage dans son propre passé.

L'histoire ? Celle d'une bande de copains et de copines, au début des années soixante-dix, dans un lycée de Saint-Nazaire. L'heure est à la contestation. On est marxiste, Mao, situ, anar, peu importe, mais on fait entendre sa voix et on ne s'en laisse pas conter par la morale bourgeoise. Chaque chapitre donne la parole à un membre de la bande : Piccolo, The, Scribe, Mona Lisa, Indien, Nirvana, Cogito. Bulting retranscrit avec justesse les dialogues enflammés et parfois quelque peu risibles, avec le recul, de ces jeunes gens qui découvrent alors le monde, la vie, l'amour, l'alcool, la sexualité. Mais il n'y a jamais la moindre trace de moquerie sous la plume de l'auteur dont le ton est toujours nostalgique et affectueux.

Les témoignages des anciens membres de la bande se succèdent, anodins, drôles, touchants, complémentaires, jusqu'aux derniers chapitres soudain plus dramatiques. On lance un journal : Gros Plans, « Journal éthylique et décadent », on organise une « vieille fête », on suit le cortège d'une manifestation en hommage à un ouvrier décédé, on assiste à un concert de Léo Ferré... Et on se laisse embarquer par ces jeunes zanars que l'ont accompagne avec amusement, mais aussi avec un certain pincement au cœur.

Car leurs espoirs, leurs rêves, nous les avons eu nous aussi un jour. Et nous les conservons sans doute encore un peu, quelque part, dans un lointain recoin de nous-mêmes, prêts à resurgir au moindre coup de blues. C'est pour cela que le roman de Christian Bulting, malgré son air de ne pas y toucher nous émeut bien plus que tous ces bouquins préfabriqués que l'industrie du livre nous offre trop souvent.

Et une fois le roman refermé, résonne encore en nous quelques phrases, comme celles-ci :

« On croyait aux idées. Qu'elles pouvaient changer le monde. Mais le monde est en nous. Tant qu'en nous ça n'a pas changé, rien ne peut changer. Change toi, le monde changera autour de toi. (…) Plonger en soi : la seule manière de faire surface dans le monde ».

S'il vous reste encore un brin de cette candeur joyeuse et douloureuse qui marqua vos dix-huit ans, n'hésitez pas, offrez vous une virée avec ces sympathiques « zanars ».

Les Zanars, Christian Bulting, éditions du Petit Véhicule, 2014.

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