lundi 1 décembre 2014

LETTRE OUVERTE AUX ÉPICIERS DES LIVRES COMMUNÉMENT APPELÉS LIBRAIRES...

Alors que nous proposions, il y a quelques jours, à une librairie nantaise (prétendument indépendante, ouverte et curieuse) de prendre en dépôt quelques exemplaires de l'Almanach 2015 fraîchement paru aux éditions Petit Véhicule, il nous a aimablement été rétorqué ceci : « désolé, nous ne prenons pas les livres du Petit Véhicule, ça ne se vend pas... ».

« Ça ne se vend pas... » La formule lancée à la face d'une maison d'édition fondée il y a presque trente ans est amusante provenant d'une librairie qui n'existait pas encore il y a deux ans. Qu'elle survive déjà aussi longtemps et on en reparlera. Passons...

Mais pourquoi est-ce que « ça ne se vend pas » mes braves gens ? Parce que les livres du Petit Véhicule sont moins bons que les autres ? Que nenni... On y trouve des romans qui n'ont pas à rougir de la comparaison avec ce qui paraît chez les « grands éditeurs ». Rien que dans les dernières publications : Le Diable et le Berger de Bertrand Redonnet, Les Zanars de Christian Bulting, Par Humanité de Jean-Luc Nativelle. Nous sommes sûrs que nous pouvons dénicher, dans les rayonnages de cette charmante librairie moults ouvrages qui ne leur sont nullement supérieurs. D'ailleurs, on trouve nombre de publications qui se vendent très honorablement aux éditions du Petit Véhicule : les revues notamment (Chiendents, Cahiers Léo Ferré, Cahiers de l'école de Rochefort, des livres d'art (Spicilèges de Luc Vidal et Gilbert Conan, Instants nomades de Catherine Matausch et Stéphane Beau), mais aussi quelques romans, comme Le Promeneur de la presqu’île, signé Jean-Luc Nativelle, lauréat 2013 du prix du Télégramme de Brest et écoulé à plus de 2000 exemplaires.

Bien sûr que les livres du Petit Véhicule se vendent. Mais pour y parvenir, il faut avoir envie de les vendre. Et le problème est là, surtout. Les deux gentilles libraires qui ont refusé les almanachs, tellement enfermées dans leur logique commerciale, ne se rendent même plus compte de l'absurdité de leurs propos. Comment peut-on juger du potentiel de vente de livres que l'on ne prend pas en dépôt ? Nous sommes convaincus que si demain elles acceptent d'accueillir quelques livres du Petit Véhicule et qu'elles s'efforcent un tant soit peu de leur faire profiter de la mise en évidence qu'elles offrent aux volumes des « grands éditeurs », elles en vendront. Seulement, cela présuppose qu'elles acceptent d'en glisser quelques exemplaires dans leur vitrine, qu'elles les conseillent aux clients hésitants, qu'elles les défendent, qu'elles les signalent avec des étiquettes du type « coup de cœur ». Bref, qu'elles fassent leur boulot, tout simplement. Mais il est tellement plus simple de se pincer le nez et de jouer les dédaigneuses...

Nous savons bien comment les choses se passent : nous les constatons à longueur d'année. Les livres du Petit Véhicule (mais c'est valable aussi pour la plupart des « petits éditeurs »), quand ils sont acceptés en dépôt, sont presque toujours rangés dans des recoins inaccessibles des librairies. Là où les acheteurs n'ont quasiment aucune chance de les voir, sauf à marcher à quatre pattes ou à chausser des échasses. Alors bien sûr, lorsque nous venons relever les dépôts et que le libraire (après quelques secondes d'hésitation, car il ne sait parfois même plus où il a bien pu les planquer ces fichus bouquins) nous les rend (généralement abîmés) en nous disant : « on n'a rien vendu », on ne peut que rétorquer : « forcément... ».

« Il n'y a pas d'hommes impuissants, il n'y a que des femmes fainéantes » dit un adage populaire. Que l'on peut aussi retourner dans l'autre sens pour ne pas froisser les féministes : « Il n'y a pas de femmes frigides, il n'y a que de mauvais amants ». Dans le même ordre d'idée, nous proposons donc ici cette nouvelle sentence : «Il n'y a pas de livres invendables, il n'y a que de mauvais libraires ».

Voilà pourquoi nous avons du mal, souvent, à compatir aux malheurs de la librairie française, menacée par les géants de la vente en ligne. Les libraires traditionnels finiront par se faire manger ? Tant pis pour eux. Nous sommes durs, vous trouvez ? Mais est-ce que ces libraires se soucient de la survie des petits éditeurs ? Pas le moins du monde. Le Petit Véhicule peut bien mettre la clé sous la porte dès demain, et après eux quelques dizaines d'autres éditeurs, cela ne les touchera en rien. Pourquoi la compassion ne devrait-elle marcher que dans un sens ?

Comment ne pas être révolté en effet, quand on est éditeur, de voir à quel point le sort de la librairie traditionnelle est systématiquement mis en avant ? Comment ne pas rire jaune quand on voit toutes ces âmes charitables, du ministre de la culture au quidam moyen à qui on a bien bourré le crane, répéter en boucle qu'il faut tout faire pour sauver ces indispensables maillons de la culture ?

C'est oublier que les librairies, dans leur très grande majorité, avant même d'être des lieux de « culture » sont surtout des commerces. Les libraires n'apportent rien au monde des livres. Ce ne sont pas eux qui font vivre les livres contrairement à ce qu'on nous laisse entendre souvent, mais bien les livres qui les font vivre. Les livres existaient avant les libraires et ils existeront encore après. Et ils ne s'en porteront ni mieux ni moins bien !

Oui, les libraires sont des commerçants. Il n'y a pas de honte à cela, mais il faut appeler un chat un chat. Et si, frappées par la concurrence des Fnac, Amazon et compagnie, des libraires se voient dans l'obligation de déposer leur bilan, cela ne peut nous heurter que d'un point de vue social (car cela est synonyme de chômage pour les salariés), aucunement sur un plan culturel.

Nous savons bien que les libraires n'aiment pas qu'on les traite de commerçants et mettent souvent en avant le fait qu'ils sont avant tout des amateurs de livres, des passionnés de littérature. Mais ce n'est pas parce que le charcutier aime les saucisses qu'il en est moins un commerçant ! D'autant que le charcutier, lui au moins, la plupart du temps, il les fabrique ses saucisses...

Aujourd'hui, la librairie française est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise. Un jour cette branche-là cédera et tombera. Ce jour-là, nous prendrons bien garde de ne pas nous trouver dessous...

Stéphane Beau & Philippe Ayraud

55 commentaires:

Bertrand a dit…

Les gars bravo ! Un texte vindicatif à souhaits comme je les aime parce qu'ils disent la réalité des choses plutôt que les onctueux postillons des "lignes officielles".

Bien sûr que ce sont, pour la plupart, des c...! Des pharmaciens pleurnicheurs.
A peine ai-je mis le bout de mon nez dans le métier que je m'en suis déjà aperçu.
Et bien nos livres vivront non pas grace à eux mais en dépit d'eux !

Anonyme a dit…

Le combat continue, Bertrand !

Anonyme a dit…

" ça ne se vend pas !" Voilà une "sentence" entendue maintes et maintes fois à propos de livres publiés par des maisons d'édition hors Capitale.
Je partage votre colère.

Beau Stéphane a dit…

Merci !

Colère : je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça. Pour Philippe, qui prend la mesure de l'ampleur de la catastrophe, peut-être. Pour moi, ce n'est hélas plus une surprise... Cet exemple est tellement banal que je le trouve presque risible en fait. Mais il faut mettre ces exemples en avant car on pointe là un problème dont quasiment personne n'entend parler dans le grand public.

Jacky a dit…

Félicitations à vous pour cette analyse malheureusement très juste. Il appartient justement au libraire d'inviter ses clients à sortir des sentiers battus. La découverte... une notion complètement oubliée de nos jours. Mais c'est vrai que pour découvrir il faut prendre le temps d'aller vers... C'est certainement plus difficile que de se contenter des grands auteurs à succès. Heureusement quelques libraires de campagne jouent encore le jeu.

Beau Stéphane a dit…

Merci Jacky !!!

Anonyme a dit…

L'équation qui voudrait que l'on analysât rigoureusement cette question repose sur étude de la typologie des clients et de la typologie des livres de ladite «petite édition». Ici, on a plus affaire à une impression qu'à une analyse. L'impression reposant sur une perception relate forcément une situation de fait.
Quand la libraire dit «ça ne se vend pas», il me semble assez évident que son «ça» évoque les livres de la petite édition (ou édition marginale comme on voudra) qui, pour certains libraires pose certains problèmes avec récurrence : leur format, le soin de leurs finitions, l'originalité du contenu, un rapport nombre de pages /prix qui sort du commun, etc.
En face ils ont affaire à une clientèle qui, souvent, touche incongrûment ces livres, les feuillette et les blesse.
Ensuite, ils ont affaire au petit éditeur qui, aussi grand soit-il, regrette courtoisement, peste ou réclame un dédommagement des exemplaires exposés devenus invendables. Le libraire est alors navré car il sait que même un seul exemplaire a de la valeur pour cet éditeur, etc.

Il eût été intéressant de demander à ces libraires d'étayer le motif de leur refus.
En tout cas, moi, un libraire indépendant qui affiche des «coups de cœur», je fais demi-tour illico, car je me sens prise pour un larron dont on fait commerce de la naïveté, pire, de la confiance.

En conclusion, cela me paraît fortement maladroit de tomber sur le poil général de personnes qui ont quand même choisi de sortir des sentiers battus en tentant l'aventure de la librairie indépendante. Leur grand défi, c'est de s'adapter à l'évolution de la clientèle. Leurs grands clients ce sont les «grands lecteurs». Or il faut savoir que cette espèce est en voie de disparition. Donc, ces librairies compensent par la diversité et l'augmentation de leurs références et nous sommes dans un des rares pays ce commerce de proximité est encore tenace.

ArD

Beau Stéphane a dit…

On peut effectivement chercher à comprendre tout ce que ce "ça ne se vend pas" sous-entend. Notre lettre est un coup de gueule en effet et n'a pas la prétention d'être une analyse sociologique.

Mais n'empêche que ces deux libraires ont bien répondu sur le plan de la vente, c'est-à-dire du commerce. Elle auraient pu dire "ce type d'ouvrage n'est pas dans la ligne de ce que nous proposons" ou "nous avons choisi de ne pas vendre d'almanach pour des raisons de place car notre boutique est toute petite", ou, après avoir feuilleté l'almanach : "non, il y a des textes qui nous semblent un peu faibles"... Il y avait plein de réponses possibles. Elles ont choisi "ça ne se vend pas", je n'y peux rien. Pourquoi vouloir leur trouver des excuses ? Pourquoi toujours présenter les libraires comme des victimes ? Si victimes elles sont, elles le sont surtout parce qu'elles participent à créer et à entretenir ce système. Elles se serrent la gorges et se plaignent de ne plus pouvoir respirer. C'est plus pathétique qu'autre chose.

Après, j'assume le droit de tomber sur le poil de qui je veux. Les libraires auraient le droit de nous prendre de haut, mais nous n'aurions pas le droit de leur rendre la politesse ? Pourquoi ? Qu'ils commencent par respecter les éditeurs et nous en reparlerons...

Anonyme a dit…

Loin de moi l'idée de réduire le débat à des coupables d'un côté et des victimes de l'autre. D'abord, l'histoire montre que les éditeurs n'ont pas toujours respecté les libraires (il n'y a qu'à se pencher sur le système des offices que les éditeurs ont stratégiquement mis en place après-guerre pour avoir la main sur les libraires : de là découle le concept de "librairie indépendante", faut pas l'oublier. S'ils sont indépendants, c'est justement qu'ils ne tiennent pas à entretenir le système des offices imposé par les éditeurs qui choisissent pour eux les titres et le linéaire d'occupation par un titre.

Il n'y a pas besoin de leur trouver d'excuses, puisque les plus honnêtes avouent bien se porter (cf. les trois derniers jours consacrés au livre sur Fce culture). Suffit qu'ils mettent Trierweiler sur la table et ils font leur beurre.

Le plus ardu pour un petit éditeur est de frapper à la porte du bon libraire, celui qui aura envie de se bouger pour lui. Tant que l'un aura besoin de l'autre on n'est pas sorti de l'auberge.

ArD

Bertrand a dit…

Bonjour ArD

"Le plus ardu pour un petit éditeur est de frapper à la porte du bon libraire"
Et du bon, non pas distributeur faiseur de colis, mais diffuseur qui démarche les susdits libraires.
Mais je doute fortement,dans un monde où la pourriture a force de loi de survie, qu'il y ait de "bons" libraires et de "bons" diffuseurs.
L'écrivain et l'éditeur n'ont qu'à bien se tenir et prendre leur bâton de pèlerin puisque, de fait, libraires, diffuseurs et éditeurs, chacun une pelle dans chaque main, ont gaillardement et de concert creusé la tombe.

Stéphane, peut-être eût-il fallu répondre à ces libraires que Lautréamont non plus ne se vendait pas bien et ne se vend toujours pas bien... En revanche, les dragées FUGA font un tabac ! Histoire de rigoler.

Beau Stéphane a dit…

Quelques retours d’éditeurs qui ont répondu par messagerie, pour illustrer le débat (je ne les nomme pas, volontairement, pour ne pas les embarquer dans des polémiques qu’ils n’ont pas initiées).
*
« Ça fait longtemps que la formule brandie par ces soi-disant libraires "Le livre n'est pas une marchandise comme une autre" dégoûte par son hypocrisie »
*
« Remplacez "Petit Véhicule" par "éditions X", ou "Almanach" par "recueil de nouvelles" etc. C’est la même chose.

Et à propos d'un diffuseur :
- Monsieur, vos livres ne se vendent pas…
Réponse :
- Evidemment, quand vous ne les référencez pas et ne les présentez pas aux libraires, vous ne risquez pas d'en vendre beaucoup !

Et tout ce monde pleure à cause d'Amazon…
Eh bien, pleurez maintenant. »
*
Et ce dernier retour d’éditeur qui est également auteur et libraire, ce qui rend son témoignage d’autant plus intéressant :

« Un libraire ne devrait vendre que ce qu’il aime. En tout cas c’est ainsi que je pratique et j’invite mes collègues à faire de même. Ils n’ont bien sûr rien à foutre de mes invitations. Je ne propose à la vente que les bouquins que je peux défendre au même titre que ceux de mes éditions (et si des clients me demandent des titres qui me déplaisent, je les envoie chez la concurrence, du coup je n’ai pas beaucoup de clients). Peut-être que les libraires n'aimaient pas vos bouquins mais n'ont pas osé vous le dire.
Si je me place maintenant du côté de l’éditeur que je suis également il y a bien longtemps que je ne pratique plus que très exceptionnellement le dépôt. Je comprends aussi les libraires qui n’aiment pas ce que je produis ou qui n’ont pas envie de connaître ou qui n’ont pas envie de s’embêter avec ça. Si je repasse côté libraire, il y a des tas d’éditeurs dont je n’ai rien à foutre et avec qui je n’ai pas envie de m’embêter. Et à nouveau côté éditeur, mieux vaut un petit nombre de libraires amis qui prennent soin de nos bouquins qu’une multiplication de dépôts qui nous usent une énergie qu’on peut efficacement placer ailleurs.
En conclusion : Vive l’épicerie libre et aussi quand même un peu la librairie. Et un amical salut à vous. »

Beau Stéphane a dit…

@ Bertrand : de toute manière, "bon", "mauvais", cela ne veut pas dire grand chose. Le problème est ailleurs. Et je rejoins au moins ArD sur ce point : Y at-il encore une place pour le livre quelque peu détaché de sa simple réalité marchande ? Pour les deux libraires incriminées, la réponse est clairement non. Pour les éditeurs mentionnés la réponse est clairement oui. Tout le décalage provient probablement de là.

Bertrand a dit…

Tu chipotes, Stéphane... Tu me connais, tu sais bien que "bon" est là un raccourci. Ce qui est bon pour l'un est mauvais pour l'autre et vice-versa et ainsi va le monde.
Sinon, quel consensus ! On le saurait !
"une place pour le livre quelque peu détaché de sa simple réalité marchande ? " Douce utopie, à mon sens.
Un livre, qu'il s'agisse d'une horreur ou qu'il s'agisse d'une œuvre remarquable est une marchandise. Le libraire, le distributeur, le diffuseur, l'éditeur bossent et ne veulent pas bosser pour des prunes. Qui pourrait leur en tenir rancune ?
Le seul truc c'est qu'il y a des livres qui sont exclusivement des marchandises et d'autres qui ne le sont qu’accessoirement, par nécessite d'exister un peu, en tant que livres.

Beau Stéphane a dit…

Tu as raison Bertrand, impossible d'éviter l'argent. Il est partout, même pour l'éditeur le plus désintéressé, dans le coût du papier, dans l'abonnement téléphonique, dans les frais d'affranchissement, dans l'essence mise dans la voiture pour emmener les bouquins dans les salons etc. Ce que je pointe du doigt, c'est la motivation. Au petit véhicule, comme ailleurs (et je suis sûr qu'il en sera ainsi aussi aux éditions du Bug)l'obsession de l'argent existe également, mais uniquement pour couvrir les frais et permettre de publier de nouveaux livres, de faire de nouvelles rencontres, de partir vers de nouvelles aventures. Je connais plein d'éditeurs qui travaillent plus ou moins bénévolement (et souvent plus que moins), uniquement par passion. j'en connais même à qui ça coûte plus cher que ça rapporte ! Je n'ai pas souvent trouvé ça en librairie (même si ça existe aussi, je songe notamment à une petite librairie associative libertaire à Angers).

Par ailleurs, la chaine que tu tisses "Le libraire, le distributeur, le diffuseur, l'éditeur" est très parlante car elle montre clairement que sur les quatre, un seulement produit concrètement quelque chose, à savoir l'objet livre. les trois autres en font une marchandise et ne vivent que de cette marchandisation. Je vois mal comment on pourrait me contredire sur ce point qui en dit pourtant très long.

Manque juste l'auteur dans cette chaine. Je m'étonne que tu l'aies oublié d'ailleurs :-). Lui aussi créateur.

Anonyme a dit…

Bonsoir,
je suis une *épicière*, comme vous dites. Or, je ne veux pas nier que de libraires comme celles (ceux) dont vous parlez en existe ; en même temps je trouve que vous généralisez un chouia, non ?

C'est comme si je disais que tous les petits éditeurs et tous les écrivains méritent de ne pas arriver à vendre leur bouquin après avoir parlé avec un petit éditeur qu'en gros refuse de vendre ses livres (si si ça nous est arrivé) ou un auteur auto-distribué que ne comprend pas que en achetant son livre à prix entier nous on pourrait bientot fermer...

Je comprend que ça doit être frustrant pour vous mais votre ton ça fera pas avancer le débat.
C'est peut être pas voter but d'ailleurs.

Dans ma librairie on a pas mal de petits éditeurs, ils sont pas forcement cachés, au contraire on essaye de construire un rapport avec eux et les mettre en avant dès qu'on peut.
Il faut dire aussi que ça m'est arrivé de dire à un auteur que là c'était pas vraiment le moment, s'il arrivait un après-midi en we ou à un moment où je devais gérer toute seule la librairie, où à l'approche de noël... parce que je veux bien respecter le boulot des écrivains et des éditeurs mais je crois aussi dans la réciprocité...

bon voilà c'est tout.

Beau Stéphane a dit…

Mais il n'y a pas de honte à être une épicière ! Ce qui serait embêtant ce serait d'être une épicière honteuse !

Tant mieux si vous êtes une libraire d'exception, je suis heureux de savoir qu'il en existe. Et où se trouve votre librairie ? Qu'on vous envoie quelques almanachs en dépôt :-))

Bien sûr que le but de cet article est de donner un coup de pied dans la fourmilière. Mais puisque vous posez la question du débat, je remarque surtout que c'est vous qui l'évitez : que pensez-vous de la réponse des libraires qui ont répondu "cela ne se vend pas" ? La question de base est là.

Après que que vous ne cachiez pas "forcément" (le terme est amusant) les petits éditeurs que vous mettez en avant "dès que vous pouvez" (là encore belle formule : expliquez nous par exemple ce qui fait que parfois vous pouvez et d'autres fois pas ?) c'est tout à votre honneur.

Merci en tout cas de venir vous plonger dans cette arène. C'est courageux et malgré mon ton railleur, je respecte !

Anonyme a dit…

ça me fait de la peine ce que vous dites là...vous mettez tout le monde dans le même panier...
Je suis libraire par passion, à la tête d'une librairie créée par mes grands-parents il y a 45 ans.
Je ne me reconnais pas dans vos propos, je m’efforce de proposer des catalogues confidentiels (encore aujourd'hui). Nous avons tous besoin les uns des autres...

Anonyme a dit…

oh mais moi je suis très fière d’être libraire, et je me sens pas vraiment commerçante (avec tout le respect pour la catégorie hein), si j'ai utilisé le terme c'est que (j'avoue) ça m'a énervé...
:-D

déjà je me répute pas une libraire d'exception, loin de là, j'en connais plein comme moi. et il y en a plein aussi qui sont des commerçants... il y a des bons et des moins bons partout.

cela dit, je vais juger quelqu'un que je connais pas et dont je connais pas les motivations ; ce que je peux dire est que les éditeurs (pas tous mais pas mal) sont dans la surproduction, donc un libraire à un moment doit faire des choix (je rappelle d'ailleurs que dans la chaine du livre le libraire est celui avec le marge le plus faible)(et que les livres acheté il faut bien les payer, souvent bien avant de les avoir vendus).

moi je préfère retourner le bouquin d'un grand éditeur que d'un petit, car c'est le petit qui a besoin qu'on lui donne plus de chance, mais si la librairie a une forte identité il se peut aussi qu'elle ne ait pas la clientèle pour certains titres, quelque soit leur qualité.

sur le fait de ne pas cacher les petits éditeurs je faisais de l'ironie sur le fait que pour vous il faut marcher à quatre pattes pour le voir... (oui je sais, pas écrit l'ironie passe difficilement...)

pourquoi des fois on met en avant et parfois pas ? parce que malgré tout il n'existe pas que les petits éditeurs, parce que parfois on fait des tables thématiques, parce qu'il y a des éditeurs déjà connus mais qu'on aime et on aime mettre en avant ceux là aussi, parce qu'on a pas beaucoup de place, parce qu'on met en avant ce qu'on aime et il faut de la place pour tous.
mais je ne parle qu'en mon nom...

Anonyme a dit…

Je suis libraire, en grande librairie, j'ai également une expérience d'un an en petite librairie ou on prenait de temps en temps des petits éditeurs. Su ca ne se vend pad ça peut s' expliquer de plusieurs manières : pas de mise en avant, pas d'envie de détendre, pad la place, etc, etc mais ce que les libraires comme les éditeurs sont dépendants de leurs clients. Peut être que vous oubliez que même si on défend certains bouquins de petits éditeurs c'est le client qui choisit. Même si parfois on propose des livres de petits éditeurs on ne saurait obliger le client à choisir un petit éditeur parce que c'est un petit éditeur, parce que c'est qualitatif, etc. Le client, lui, il s' en fou. Donc ne blâmez pas que les libraires, qui comle vous sont tributaires de la clientèle comme vous êtes tributaires de nous.

Mais il est vrai que le libraire est parfois con.

A bon entendeur,
Salut !

Beau Stéphane a dit…

Et c'est quoi votre nom chère anonyme qui tient un commerce mais qui n'est pas commerçante et qui évite soigneusement de répondre aux questions ? Ai-je dénié le droit aux libraires de faire des choix ? Non, j'ai même dit le contraire. Mais pour choisir il faut connaître. J'y reviens : vous trouvez normale la remarque des libraires citées dans notre lettre ?

Beau Stéphane a dit…

"Le libraire est parfois con." l'éditeur aussi, je vous le concède ! Et le lecteur est roi, je le sais aussi. Il ne s'agit pas de défendre le livre d'un petit éditeur juste parce qu'il est d'un petit éditeur. Mais il ne faut pas non plus le mépriser d'office pour autant comme c'est très souvent le cas malgré ce qu'en disent les gentils libraires qui s'expriment ici... Mais ce sont des passionnés !

Comme si on ne pouvait pas être commerçant ET passionné ?

Anonyme a dit…

mais j'ai jamais dit que je suis gérante. je suis libraire, c'est tout.

il me semble pourtant d'avoir répondu. je serais plus claire :
1) je juge difficilement sans connaitre les motivations des parts en cause (est ce que les libraires en question avez déjà eu vos bouquins et ne les avaient jamais vendus ou ils ne les avaient jamais pris ? est ce que ce que vous faites peux coller avec leur choix ou pas ? etc)
2) donc ne pouvant pas répondre pour les autres je répond pour moi seule :
j'aurais pu répondre moi même avec une phrase similaire, car si on me propose un titre qui ne colle pas avec ce qu'on fait et pour lequel je sais ne pas avoir la clientèle ça peut être un très grand ou un très petit éditeur je ne prend pas.
ma réponse sera la même pour le répre et pour le petit éditeur.

de la même manière si je trouve qu'un titre/éditeur m'intéresse je prends (parfois je cherche) et je teste. c'est le cas pour plusieurs titres et revues qu'on vend, parfois auto-distribués, parfois locales...

et là désolée mais j'ai justement des bouquins à lire et sans vouloir vous offenser je trouve ça plus intéressant.

Thomas a dit…

Merci, Stéphane, d'avoir formulé sur ce blog ce que beaucoup d'éditeurs pensent (et disent aussi parfois), et c'est hélas mon cas. Quand j'ai commencé l'édition, il y a dix ans, j'ai été frappé par cette situation à laquelle je ne m'attendais pas. Etant parti de zéro (argent, contacts...), j'avais décidé de remédier à l'absence de distributeur par un effort de diffusion en direct auprès des libraires, et les réactions des libraires ont été de 4 types : 1. Me recevoir aimablement et prendre quelques livres (il faut tout de même préciser que le risque commercial est de zéro pour un libraire avec le système de dépôt). 2. Regarder vaguement les livres et argumenter pour ne pas les prendre (un dépôt serait compliqué, etc.). 3. Ne pas me recevoir du tout. Les libraires qui ont accepté de jouer le jeu représentaient une minorité, ils ne l'ont certes pas fait pour l'argent, mais par curiosité intellectuelle, par souci de défendre une certaine diversité culturelle, et sans doute parce qu'ils trouvaient les livres intéressants. A la décharge du libraire, soulignons qu'on vient souvent lui proposer des livres sans intérêt (romans mal écrits auto-édités, par exemple, poésie qui n'en est pas etc.). Ce n'était pas mon cas. Le libraire peut développer un certain réflexe d'autoprotection face à ces productions douteuses, mais à lui de faire la différence et de ne pas fermer la porte d'office à tout ce qui sort des gros circuits de distribution, c'est justement son métier, sa raison d'être, et ce qui pourrait être le fondement d'une union des libraires et éditeurs indépendants qui n'existe pas. Je précise qu'il était à l'époque, souvent plus facile pour moi de placer les livres dans des FNACS ou des Leclerc que dans de petites librairies de quartier, ce qui m'a d'autant plus étonné. Depuis je travaille avec la minorité de "bons" libraires qui defendent mes livres (sans avoir l'air de s'en plaindre, car "ça se vend" un peu quand même et ne leur coute rien) et je m'en contente, pour ne plus avoir à essuyer des marques de mépris non méritées. L'attitude générale des libraires a donc fortement entravé le développement de ma maison d'édition comme certainement celui du Petit Véhicule, il faut le dire clairement. Comme il faut dire aussi qu'il y a encore des libraires curieux, cultivés, passionnés, intelligents, à qui il faut rendre hommage. Dommage qu'ils soient seulement si peu nombreux.

Bertrand a dit…

Le témoignage de Thomas est très intéressant en ce qu'il montre quand même qu'il y a des libraires et des marchands de livres, même si les derniers sont bien plus nombreux...
Vous dites Thomas, qu'il est plus facile de déposer des livres à la FNAC qu'en librairies. Eh, oui ! Parce que la FNAC est un grand supermarché de la distribution tous azimuts, un grand bazar, et non une librairie. Eux, ils ne se foulent pas, ils ne stockent pas, ils n'engagent aucun frais. Ils inscrivent sur leur registre et si quelqu'un commande, il vous appelle ou se fendent d'un p'tit mail pour vous dire de livrer, à votre charge bien sûr, mais au passage, sans avoir fait quoi que soit, ils vous bouffent la moitié du livre.
C'est du moins ce que j'ai compris de mes récents contacts. Arrêtez-moi si je dis des conneries...
Je précise que je suis dans votre cas de départ, avec un camarade, et que nous démarrons avec rien, sinon notre seule foi.

Beau Stéphane a dit…

Bonjour Thomas,

Merci pour ce commentaire où je retrouve le sérieux, le calme et la précision qui te caractérisent.

Je crois que nos amis libraires, notamment ceux qui sont intervenus ici, la main sur le cœur nous expliquer qu’ils ne comprennent pas de quoi nous parlons, ne prennent pas la mesure réelle de la fracture qui s’est opérée entre eux et les éditeurs. Fracture dont ils portent qu'ils l'admettent ou non une grande part de responsabilité. Les libraires ne peuvent plus, aujourd’hui, se défendre comme ils continuent ici à le faire en disant que c’est faux, qu’ils ne faut pas monter les professionnels du livre les uns contre les autres. Notre lettre n’est pas une menace ou une déclaration de guerre. C’est le triste constat de ce qui existe déjà, de fait. Je suis persuadé que si l’on faisait passer un questionnaire auprès des éditeurs indépendants, par exemple ceux rassemblés sous la bannière de l’association L’Autre Livre, en posant la question suivante « est-ce que vous êtes satisfait de votre partenariat actuel avec la librairie ? » les réponses seraient très négatives. Après, les libraires peuvent continuer à se mettre la tête dans le sable et à jurer que ce sont des fariboles, que c’est la passion qui les anime et qu’ils aiment bien les petits éditeurs, le constat au quotidien est clair et net : c’est faux.

Je suis tout à fait d’accord qu’il y a aussi plein de libraires sympathiques, ouverts, dont les intentions sont bonnes. Mais il faudrait qu’ils s’expriment plus audiblement ceux-là, qu’ils donnent de la voix publiquement, qu'ils se démarquent, qu’ils affirment clairement leur volonté de nouer un partenariat fort avec les éditeurs, d'être des acteurs à part entière de la vie des livres. La plupart du temps cela en reste au stade de la déclaration de foi, comme c’est le cas dans les commentaires postés ici. Je pense notamment à la réponse de ce libraire passionné qui travaille dans la librairie fondée par ses parents il y a 45 ans. Et oui, aujourd’hui sa librairie est condamnée parce que les logiques commerciales vont faire qu’elle ne servira bientôt plus à rien. C’est ainsi, c’est triste sans doute. Mais ce qui est plus triste c’est que ce libraire semble penser que c’est contre moi qu’il lui faut résister. Non, c’est contre lui-même qu’il doit se battre. La librairie creuse sa propre tombe. Et c’est ce que je dénonce. Libre à lui de penser qu’il suffit de tuer le messager pour annuler la mauvaise nouvelle...

Un dernier mot sur cette « passion » qui pollue nos échanges. Le problème n’est pas là, je le répète. Comme tu l’expliques très bien, il est plus facile de caser souvent nos bouquins dans un Leclerc que dans une librairie renommée. Les seconds expliquent pourtant que ce qui les différencie des premiers, c’est justement cette passion des livres et de la culture qui fait d’eux autre chose que des commerçant. Sauf que...

Amis libraires, écoutez ce qu’on vous dit. Nous ne vous menaçons pas. Nous ne sommes pas contre vous, mais avec vous. Nous avons autant intérêt que vous à ce que les livres vivent. Seulement, nous ne pouvons pas vous défendre malgré vous. Nous vous montrons la fracture telle qu’elle. Après, si vous préférez la nier...

Sophie a dit…

Il y a beaucoup de ridicule à dire que la librairie mérite de mourir et est inutile pour la découverte des livres car elle ne vend pas vos livres ni tous les éditeurs autodistribués/autodiffusés, juste un choix. Trop étroit puisqu'il ne comporte pas vos livres. Dites vous la même chose de toutes ces bibliothèques qui n'ont pas votre livre en stock? Bizarrement, non. Apparemment ce qui vous pose surtout problème c'est de ne pas arriver à vendre votre livre à votre client. Votre client c'est le libraire. Le client du libraire, c'est le lecteur, le lecteur n'est pas votre client, à part dans le cas de la vente directe. Ne vous en déplaise, le lecteur est votre lecteur, mais pas votre client. Celui que vous facturez, celui que vous devez convaincre de l'engagement financier, c'est le professionnel revendeur qui a su créer et sait animer une relation client (et ça, ça coute cher de faire vivre une librairie physique). Manifestement vous êtes mauvais vendeur de vos livres auprès des professionnels puisque vous n'avez pas trouvé les bons arguments (à part pour les grandes surfaces avec qui il n'y a pas besoin d'argumenter). Donc soit vos livres ne sont pas bons, soit vous devez changer votre approche de vos clients. A votre avis qu'est-ce qui convainc un libraire? Avez-vous posé la question aux libraires qui travaillent avec vous : pourquoi ils suivent votre catalogue? Quel est l'élément qui leur a donné envie de travailler avec vous (qualité ou thème d'un ou de plusieurs titre, intérêt personnel pour un titre, complicité, confiance, connaissance commune, intérêt d'un client, c'était le bon moment, conditions commerciales, proximité, expressions convaincantes que vous avez employées etc...) ? Si le dépôt est compliqué, que proposer d'autre (remise supérieure pour la nouveauté avec franco de port, franco de port pour le réassort, ex gratuit pour quantité prise en réassort etc)? Pour argumenter sur le potentiel de votre catalogue, quelles conditions intéressantes financièrement proposer au libraire ou quel événement mobilisant proposer? Quels exemples de chiffres de vente dans des libraires similaires pouvez vous fournir, d'événements réussis? etc... je sais que ce que j'écris va vous vexer car c'est une approche "très épicière", mais comprenez aussi le côté relationnel et humain de l'échange commercial : il s'agit de convaincre quelqu'un, rien de plus noble et humain. Car ne vous en déplaise, une place sur les étagères de libraires n'est pas un dû et ça coute au libraire. Je comprendrais votre rage si vous vous plaigniez des bibliothèques qui ne veulent pas votre livre en fonds, il s'agit d'un service public et d'argent public. (soit dit en passant une commande bibliothèque est une bonne façon de se faire connaitre positivement des libraires et de montrer son potentiel de vente) Mais vous ragez contre un commerçant que vous n'avez pas su convaincre(c'est vexant de ne pas arriver à convaincre, n'est-ce pas? mais quand on a raté quelquechose, est-ce uniquement la faute de l'autre?). Personne n'aime se remettre en cause et les milliers d'éditeurs qui démarchent les libraires veulent en général convaincre par la seule qualité de leur démarche unique.

Sophie a dit…

Soyez un peu vendeur avec votre client qui est le libraire, il y a de très bonnes formations pour celà, la meilleure à mon avis est la discussion directe et l'aide des libraires qui aiment/vendent votre catalogue. Produire le livre, c'est l'ADN du métier d'éditeur, savoir le vendre c'est un autre art que je vous souhaite d'acquérir. Je pense que vous prendrez mal mon commentaire et continuerez à rejeter la faute uniquement sur les autres, mais pour d'autres éditeurs qui lisent mon commentaire, je peux vous recommander une prestataire très efficace pour l'aide à l'auto- diffusion (et non, ce n'est pas moi et je n'ai aucun intérêt à la recommander outre le fait que les jérémiades des éditeurs m'agacent autant que vous agaçent les jérémiades des libraires).

Anonyme a dit…

Le commentaire de Sophie présente l'avantage de passer en revue toute la chaîne des métiers après la fabrication du livre.On comprend fort bien le sens du « ça ne se vend pas » qui motive votre coup de gueule.
La démonstration est pertinente en ce sens qu'elle montre que c'est bien difficile de s'improviser vendeur et de prétendre que l'on peut sauter certains maillons périphériques de la chaîne des métiers.

Côté livre, on est dans une ère où l'on observe souvent que le petit éditeur se découvre des dons de metteur en pages (bonjour les lézardes, les orphelines, les coupures ne belle page,et j'en passe), que le petit éditeur peut se passer d'intermédiaire (le diffuseur indépendant), que le reprographe du coin se déclare imprimeur parce qu'il il a fait l'acquisition d'une imprimante numérique et sous-traite le façonnage.
Le libraire est un client effectivement. Au même titre que le charcutier qui va refuser la marque de saucissons que va essayer de lui placer un VRP, parce qu'il le trouve trop salé, un libraire peut refuser un livre parce que sa facture ou son contenu lui déplaisent.

Pas facile de s'improviser VRP en somme, mais la polyvalence est dans l'ère du temps.

ArD

Beau Stéphane a dit…

Chère Sophie,

Bêtement je croyais que les libraires savaient lire. Il n'a jamais été dit ici que la librairie méritait de mourir. Il a juste été dit qu'elle faisait tout ce qu'il fallait pour en arriver là. Il y a une petite nuance (mais bon, j'ai bien compris que vous étiez plus matheuse que littéraire).

Pour le reste, au moins, votre témoignage vient globalement confirmer ce que nous dénonçons effectivement, ce dédain hautain du marchand vis-à-vis des véritables artisans du livre. Vous êtes la parfaite illustration de ce qu'un libraire ne devrait pas être. merci de nous offir gratutement (ce doit être rare chez vous)cette belle illustration !

Mais au moins nous pouvons vous accorder le mérite d'être claire : vous n'en avez rien à foutre des éditeurs et vous assumez. Ne vous étonnez pas s'ils vous le rendent bien !

Bertrand a dit…

"...c'est bien difficile de s'improviser vendeur et de prétendre que l'on peut sauter certains maillons périphériques de la chaîne des métiers. "
Dixit ArD et moi, les bras m'en tombent...
Non, Madame, un éditeur n'est pas tenu d'avoir dans ses compétences les arguments de la force de vente.
Et l'auteur encore moins...
Vous parlez de saucissons. Très bien ! Est-ce que le charcutier est tenu de savoir à quelle heure et comment "on panse" les gorets et s'il vaut mieux pour les élever semer des topinambours ou du mais, avoir un toit en briques ou en bois?
Dans un produit, quel qu'il soit, il y a une chaine de compétences, de la conception à la vente, et vouloir toutes les embrasser relève de l'enfumage de la totalité.
Quand on s'occupe de tout, on s'occupe de rien.
Je ne demande donc pas à mon imprimeur de connaître la littérature que j'aime. Je lui demande de me faire un travail d'imprimerie propre.
Quant aux petits éditeurs qui s'improvisent dans la mise" en pages"... seul compte le résultat. Car j'ai, comme tout le monde, entre les mains des livres conçus par de grands éditeurs et nul n'est besoin d'être un grand spécialiste pour d'un seul coup d’œil lire qu'ils avaient saboté leur truc !

Quant au libraire qui insiste lourdement, Stéphane, pour te dire qu'en tant qu'éditeur, le lecteur n'est pas ton client, on voit bien que la lorgnette avec laquelle il appréhende le monde est dramatiquement restreinte.
Le lecteur est d'abord client d'une écriture(l'écrivain), d'un autre qui a su la découvrir ( l'éditeur)d'un autre ou deux autres qui ont su faire un objet livre suivantles désirata de l'éditeur(concepteur/imprimeur)et d'un libraire qui accepte enfin de vendre un peu de matière grise de tous ces gens-là.
Le libraire qui ne voit pas les choses comme ça, serait tout aussi bien inspiré de vendre de produits pharmaceutiques

Beau Stéphane a dit…

D'autant que ArD plaide contre elle-même finalement, car pourquoi l'éditeur est-il obligé de s'improviser vendeur (sans avoir validé son BEP force de vente en effet) ? Pas par plaisir, mais parce qu'on ne lui laisse guère d'autre choix. Et lui reprocher en outre de ne pas être un bon vendeur relève plus de la double peine que de l'analyse cohérente.

Bien sûr que l'éditeur n'est pas un commerçant, contrairement au libraire, c'est ce que nous disons depuis le début.

Sophie a dit…

Où avez-vous lu des maths? je parle d'échange humain, de rapports de confiance et de complicité, d'engagement entre un éditeur et un libraire, de dialogue. Et de comment mettre en place ce rapport humain pour permettre l'échange commercial. Le meilleur des libraires fera un choix parmi les 8000 éditeurs qui publient, le million de titres disponibles et il a un temps de lecture non extensible. Ca vous vexe de ne pas être unique mais c'est la réalité, vous faite des remarques désoblligeantes sur mon approche ce que je trouve complètement déplacé. On peut être passionné, engagé ET professionnel. Vendre n'est pas sale et peut se faire avec passion et engagement. Mais certainement pas avec des gens qui vous refilent le bouquin avec injonction de le lire et vous agressent si on n'obtempère pas.

michel.kerninon a dit…

Le propos est largement excessif et un exemple désolant ne peut certainement pas tenir lieu de règle générale. C'est encore, bien entendu, chez les "petits" libraires que l'on trouve le plus de livres de "petits" éditeurs, dont certains sont d'ailleurs de grands éditeurs et découvreurs, n'en déplaise à cet éditeur nantais, d'ailleurs de bonne qualité. Mais Nantes n'est pas toute la France, ni même d'ailleurs encore la Bretagne du moins administrativement pour ceux qui le souhaiteraient. Si un livre est aussi un objet marchand, il doit donc aussi être vendu et l'inflation de publications plus ou moins justifiables comme la force de frappe des poids-lourds de l'édition ne facilitent pas la tache du libraire ni celle du lecteur. On peut considérer aussi que l'information n'est pas toujours correctement faite concernant les parutions des "petits" éditeurs et que ceux-ci,
comme d'ailleurs les "petits" libraires indépendants, auraient intérêt à regrouper leur force de frappe pour faire un peu le poids face aux mastodontes des grands groupes intégrés qui font la loi sur le marché de l'édition. Etre indépendant, c'est bien, mais faire savoir qu'on existe est vital. ,

Anonyme a dit…

Ridicule

Beau Stéphane a dit…

Ridicule toi même :-))

Anonyme a dit…


«D'autant que ArD plaide contre elle-même finalement, car pourquoi l'éditeur est-il obligé de s'improviser vendeur (sans avoir validé son BEP force de vente en effet) ? »

Pourquoi postulez-vous que vous n'êtes jamais lu comme il le faudrait. Lisez donc comme il se doit et l'échange restera fécond plutôt que de virer au stérile comme il est en train de le faire.
Je ne plaide pas contre moi-même, car je ne plaide aucune cause, pas plus celle du libraire que celle du petit éditeur. Si vous aviez bien lu Sophie, elle vous suggère un maillon intermédiaire : le diffuseur indépendant, mais vous ne relevez pas ce qu'elle vous indique comme un conseil et non comme une offense.
Par la suite, j'ai tenté d'illustrer, nébuleusement peut-être, qu'à force de s'improviser tous les métiers, il arrive qu'on puisse mal les faire, c'est tout.

Dans ce coup de gueule, que vous remettiez l'attitude des libraires en question est une chose mais où vous remettez-vous donc vous-même en question (en tant que véhicule d'ouvrages) ? Un coup de gueule n'est pas une remise en question, c'est sûr, mais vous avez affaire à des commentateurs de tous bords qui prennent du temps pour écrire courtoisement et tenter de vous faire entendre quelque chose que vous ne voulez pas entendre.
Il n'y a pas de bons, pas de mauvais, il y a des variables à pondérer, c'est tout.

Si l'éditeur n'était pas un commerçant, comme vous me l'écrivez, alors donc, pourquoi vous donnez-vous la peine d'aller commercer auprès des libraires qui sont les clients de l'éditeur ? L'équation est assez simple, ma foi. Si l'éditeur n'est pas commerçant, qu'il s'occupe de confier la tâche à un diffuseur de la petite édition, ou alors qu'il apprenne le métier.

ArD

FLAMENT JACQUES a dit…

de Jacques Flament

Je ne connaissais pas votre maison d'édition, mais Je compatis bien évidemment en tant que petit éditeur indépendant. Personnellement, je ne fais plus de dépôts car c'est ingérable ! Et j'ai créé un onglet "libraire" sur mon site avec des conditions auxquelles je ne déroge pas ! (http://www.jacquesflamenteditions.com/libraires-2/) Certains libraires comprennent, d'autres me prennent pour un escroc ! Ils voudraient gagner 40 % sur le prix d'un livre (c'est ma propre marge) et que je travaille à perte ! Désolé, mais je ne marche pas dans ce système, c'est moi qui prend tous les risques (lorsqu'ils me commandent un livre, c'est une demande d'un client donc ils sont sûrs de le vendre) et même si j'apprécie leur travail d'intermédiaire, il n'y a aucune raison qu'ils gagnent plus que moi. Je partage simplement ma marge en deux en travaillant avec eux ! Le monde change, la tendance actuelle va de plus en plus vers des relations directes producteurs acheteurs, en édition comme ailleurs ! La survie des petits éditeurs est à ce prix : travailler en solo (site propre) avec des libraires qui comprennent qu'un éditeur qui tire initialement 300 exemplaires ne peut pas avoir le même prix de revient qu'un éditeur qui en tire 10000 ! Le problème est que malheureusement petite édition est souvent assimilée à qualité médiocre, alors que la plupart de nos livres n'ont rien à envier aux maisons reconnues ! Notre objectif doit être de travailler à notre reconnaissance de maison de qualité ! C'est un véritable sacerdoce, mais quand on aime passionnément, cela aide à faire certaines concessions ! Bon courage à vous !

Beau Stéphane a dit…

@ Jacques Flament : et je ne connaissais pas non plus votre maison ! Ce petit débat m'aura au moins permis de faire une belle découverte. Je vais probablement aller faire quelques emplettes dans votre catalogue (notamment autour de Thoreau). Votre travail de revuiste m'intéresse bien aussi, moi qui ai dirigé une revue (Le Grognard) pendant 5 ans. Est-ce que je vais passer par un libraire pour mes achats ? Heu non, je vais faire une commande directe, tiens !

Beau Stéphane a dit…

Luc Vidal, le boss des éditions du Petit véhicule (avec Philippe, nous ne sommes que des proches sympathisants) me propose de préciser deux choses :

- Pour votre lettre serait-il possible d'ajouter, parmi les ouvrages qui se vendent bien "Le Tao Souriant" des époux Depierre et "La traversée de La Hanche" de Sylvie Hussenot
- Et quelque part rappeler que les 25 numéros de la revue "Signes" (remplacée aujourd'hui par "Incognita") se sont vendus en 25 ans d'existence a plus de 15 000 exemplaires hors des circuits de la Librairie !!!

Beau Stéphane a dit…

Chère Ard,

Ce petit ton de professeur qui sermonne un cancre que vous adoptez est amusant mais inutile. J'ai passé l'âge de me faire gronder.

Quand je dis qu'aujourd'hui la petite édition est exclue du monde de la librairie, je n'affirme pas une opinion : je dresse un constat. Bien sûr, on trouve des libraires plus ouverts et éclairés pour lesquels cette réalité est moins nette. Mais sur ce point le constat – là encore il ne s'agit pas d'une opinion – des éditeurs, c'est que ces libraires là sont minoritaires. C'est ainsi. Vous pouvez nier ce constat, mais dans ce cas, il me sera effectivement impossible de débattre avec vous.

Après, certes, on peu essayer de comprendre pourquoi la petite édition reste à la porte de la librairie. J'entends vos arguments : pléthore d'éditeurs, surproduction de livres, problème parfois de qualité des publications, absence de diffuseurs efficaces, maladresse pour mettre en avant les livres... Oui, il y a du vrai là-dedans, indéniablement. Mais cela n'explique pas tout. Car au fond, ce que vous reprochez là aux petits éditeurs, c'est d'être petits justement et de ne pas avoir les mêmes moyens que les grands. C'est pour ça que vous m'amusez, oui, lorsque vous m'invitez à me remettre en question. Car pour le moment ce que vous me renvoyez comme arguments, vous et vos amis libraires, ne fleure pas non plus vraiment la remise en cause.

Je lis ce qu'écrit Sophie. Et je la comprends très bien. Elle est très clair d'ailleurs sur le fait que les petits éditeurs, ce n'est pas son problème. Et je ne lui en veux pas. Contrairement à ce qu'elle en dit, je ne suis ni vexé ni frustré. J'en prend acte. J'en fait le constat. C'est ainsi : aujourd'hui la petite édition doit globalement se débrouiller sans la librairie. Inventer de nouvelles approches de vente : vente directe, salon, travail avec les Fnac, Amazon et compagnie. C'est un choix par défaut. La fracture est là. Libre à vous de la nier.

Mais je vois bien ce qui vous gène vous et vos amis libraires (car malgré ce que vous en dites, il est clair ici que vous avez choisi votre camp), c'est que l'on ait l'audace d'affirmer que puisque la librairie se moque de nos problèmes, nous nous moquons aussi des siens ; puisqu'elle se fiche de notre survie, nous nous fichons aussi de la sienne. Là, bizarrement ça ne passe plus. Vous vous fichez que les petits éditeurs crèvent (ils sont trop nombreux de toute façon, travaillent mal, ne savent pas se vendre et n'intéressent pas les lecteurs), mais ils devraient se battre pour que vous surviviez ? Et vous osez venir me donner des leçons de remise en question ?

Amusant, vous dis-je...

Sophie a dit…

Un éditeur qui n'aime pas les libraires qu'il n'a pas pu convaincre. Un libraire qui n'aime pas un éditeur qui n'est pas aimable. Rien que de très banal. Quant à ce que j'aime et que je soutiens vous n'en savez rien, pas la peine de me faire des procès d'intention hors sujet pour remettre en cause ce que je dis. ce n'est pas parceque je ne peux pas soutenir tous les petits éditeurs que je n'en soutiens pas, quand même ! Encore une fois, ce n'est pas parcequ'un libraire ne vous soutient pas, vous personnellement, qu'il ne soutient pas "la petite édition". Il la soutient à sa mesure, je vois partout en librairie des petits éditeurs, des libraires capables de vendre les dits petits éditeurs, pas autant que vous voudriez, pas autant qu'il y a d'éditeurs à défendre dites-vous, mais cet attachement à la diversité, cet effort financier, je les vois au quotidien donc en effet, j'ai une autre approche que vous. Pour moi je cherche des solutions pour améliorer la situation, c'est pour ça que je vous faisais des suggestions réalistes à votre niveau, sans attendre que les autres changent. Si chacun attend que l'autre change, on en a pas fini. Vous seriez un libraire qui vous plaindriez des petits éditeurs, je ferais une remarque pour lui indiquer des pistes pour mieux travailler avec eux. Or vous n'êtes pas libraire, donc si vous voulez améliorer votre situation, faites le à votre niveau. Si vous préférez vous concentrer sur d'autres circuits de vente au lieu d'augmenter le nombre de libraires indés qui soutiennent votre catalogue, ne vous plaignez pas que peu de libraires défendent votre catalogue et ne dites pas que c'est de leur faute uniquement. Vous semblez y mettre du vôtre.

Beau Stéphane a dit…

Chère Sophie,

Je crois que nous avons maintenant tous entendu vos arguments. Ils sont intéressants mais force est de constater qu'ils sont loin de faire l'unanimité et de convaincre tout le monde. Il faut aussi que vous appreniez à admettre que d'autres opinions que la votre sont légitimes et qu'il est bien venu de les respecter.

Cessez de de rechercher des solutions pour les autres et écoutez. Vous verrez : on entend des choses parfois !

Sou a dit…

Ah ben oui Sophie, tu proposes des solutions, cela est inadmissible ! ;-)
Le monsieur te demande d'écouter et surtout d'approuver.
La discussion n'allant pas dans son sens n'a évidemment pas de mise, elle n'est pas la bienvenue.
Se remettre en question ?
Impossible en étant si étroit d'esprit.

Beau Stéphane a dit…

;-)

Anonyme a dit…

Les leçons, je ne suis pas certaines que ce soit moi qui les donne, cher Stéphane. Entre vos erreurs de lecture et vos mésinterprétations qui vous laissent à penser que nous vous chapitrons, c'est dommage de fermer un débat ainsi.

Figurez-vous que je n'ai pas choisi de camp,comme vous le prétendez. Je vis essentiellement grâce à la petite édition. Et il se trouve que j'ai placé en librairie indépendante quelques ouvrages d'éditeurs indépendants.
Je n'ai pas affirmé que LES petits éditeurs travaillent mal, j'ai dit que c'était dans l'ère du temps que de s'improviser tous les métiers tandis qu'il y a une chaîne des métiers. Et mon propos vaut pour *tous* les éditeurs. Disons qu'à bien vous lire, et à ne pas faire de hors-sujet, on cause ici de la petite édition (je n'ai donc pas fait de comparatif grand petit).

Je relevais donc que pour vendre, il y a des gens dont c'est le métier. Vous me direz que ça coûte trop cher probablement. Mais le débat n'a même pas pu arriver jusque là, il s'est figé sur vos interprétations de commentateurs qui n'ont pas donné la bénédiction à votre coup de gueule.
Dommage, car le nerf de la guerre se situe bien là, au niveau de ces diffuseurs indépendants qui prennent doucement ce créneau en regroupant quelques éditeurs indépendants dont ils essaient de placer les ouvrages.

Relisez-moi autrement, vous verrez : on peut entendre des choses.

ArD

Luc Vidal Éditions du Petit Véhicule a dit…

Je remercie profondément Stéphane et Philippe d'avoir écrit cette lettre car elle apporte de la fraîcheur polémique argumenté. C'est être libre. et je lis:"désolé, nous ne prenons pas les livres du Petit Véhicule, ça ne se vend pas..". A-t-il été répondu à notre ami qui allait proposer le dépot-vente de L'Almanach 2015. C'est la liberté de tout libraire de ne pas accepter de dépot-vente ou bien d'acheter même un livre à un éditeur quel qu'il soit. Mais affirmer chose pareille, c'est inadmissible. Le Petit Véhicule existe depuis plus de trente ans . Croyez-vous que si ses livres et revues ne s'étaient pas vendus le Petit Véhicule serait toujours là? Ce qui sous-tend ces propos est une méconnaissance d'un catalogue, probablement un refus conscient ou non de vivre de vrais contacts. ou tout simplement et humblement de lire... nos livres et nos revues. Excusez-moi du peu: Léo Ferré, Robert Desnos, Max Jacob, Benjamin Péret , René Guy & Hélène Cadou , Luc Bérimont, Georges Brassens, Jacques Prévert, Julien Gracq, Jules Paressant, Gilles Servat, Paul Morin, Michel manoll, Marcel Béalu, Jean Rousselot, Armand Gatti sans compter les amis que j'édite et qui ont bien du talent... ne se vendent pas ?... etc, etc, Le jour de gloire littéraire est arrivé... mais qu'il entre...

Aurions-nous présenter un fameux livre qui se vend et qui raconte les commérages de la République, cela eut été beaucoup mieux car il se vend. Nous aurions peut-être alors entendu/ Je le prends car il se vend. Lui, très bien. Lire des livres pour avoir à les proposer à ses lecteurs n'est-il pas défendre une véritable vie de l'esprit et du coeur?

Au delà de cela, il faut constater qu'un petit éditeur ne peut avec le système présent dominé par le pouvoir médiatique ( même local) et le système pyramidal de la diffusion être présent que par de modeste-dépot vente chez les librairies-amis. Heureusement, elles existent. De toute façon, une nouveauté n'est jamais acheté par le libraire comme il le fait pour les plus ou moins gros avec droit de retour pour les invendus. C'est ainsi.

Le petit véhicule est présent dans de nombreuses librairies mais c'est le lecteur-client qui les commande. Car il faut bien soutenir le libraire en difficulté. Ainsi 2000 "Promeneur de la Presqu'île" de Jean Luc Nativelle ( Prix des lecteurs du Télégramme de Brest; lisez bien prix des lecteurs et non prix des libraires) est toujours commandé mais jamais acheté pour qu'il soit sur les étagères sauf bien sûr quelques exceptions que je remercie. C'est ainsi.
Une librairie peut mourir, Jamais le livre. Apprenons-les par coeur, ils seront toujours dans la librairie de nos têtes et nos coeurs. Lisez "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury et vous aurez tout compris. Un petit éditeur pour vivre doit ne compter que sur ses forces. Le dépot-vente ne peut être qu'un petit complément . C'est ainsi. " A l'école de la poésie, on n'apprend bat, on se bat" a chanté Léo Ferré. Seul la vente directe peut sauvegarder la petite édition . car si elle meurt, personne ou presque ne sera pour l'aider à mourir. J'en connais même qui se frotterait les mains. Vous pouvez donc trouver ses beaux livres fabriqués à la manière chinoise sur son blog. Ce que j'appelle La librairie du vent a de beaux jours devant elle.
Amis libraire, sachez que nous avons eu aussi d'autres prix méconnus mais peut-être plus importants : le prix de la carotte bleue, le prix Renardeau et le prix de la désillusion fertile. Nous sommes en passe de devenir célèbres pour paraphraser Serge Wellens, un doux poète extraordinaire, chez les fourmis rouges. Alors à vos bons de commandes!!! er sans rancune, la vie continue
Luc Vidal

Beau Stéphane a dit…

Merci Luc pour ces précisions. Tu as raison, il faut dire les choses, avec pertinence et impertinence, comme tu le fais. Sans grand espoir, mais juste parce qu'il faut que ce soit dit. Et entendu. Et je sais que ce que nous exprimons ici a de l'écho.

Mais comme tu as pu le constater dans certains comentaires postés ici, nous sommes plus confrontés à un déni qu'à quelque chose de d'intellectuellement construit. Je crois que les libraires qui se sont exprimés ici ne conçoivent réellement pas le problème, qu'ils ne voient pas la fracture que nous pointons. Je crois même qu'ils sont sincères quand ils veulent nous aider à trouver des solutions. Même si on sent bien qu'au fond, il se fichent complètement de ce que nous exposons et veulent juste préserver leur petit semblant d'honorabilité. D'ailleurs, ils ne lisent même pas vraiment ce qu'on écrit. Je crois que certains n'ont même pas encore compris que je n'étais pas éditeur et m'attaquent sur ma frustration de ne pas pouvoir placer "mes" livres, ou m'invitent à être meilleur vendeur ! Mais je n'ai rien à vendre : je dresse un constat. Ce n'est même pas moi qui ai essayé de placer les almanach dans la librairie incriminée ! C'est assez risible, mais ce qui compte c'est qu'ils donnent à voir ici ce qu'ils sont vraiment. Et leurs commentaires sont à ce titre très parlant.

Anonyme a dit…

Moi je suis d'accord avec Sophie.

Si les libraires sont tous des escrocs qui ne savent pas lire, pourquoi aller chez eux pour vendre vos livres ?
S'ils sont si formidables vendez les vous même. Vos livres se vendent ça on l'a bien compris mais peut être pas partout.
Oui il m'est arrivé de refuser un livre d'un éditeur (petit ou gros je fais pas de chichis) parce que ça ne se vendra pas parce que je n'ai pas ce type de clientèle parce que ça ne me plait pas.
Oui je suis vendeuse, vendeuse de livre, j'ai travaillé en bibliothèque et je suis me suis fait chié aucun challenge peu de contact et pas beaucoup de satisfaction (pour moi hein j'adore et je vais en bibliothèque) alors qu'en librairie quand un client prend un de mes coups de coeur, sur mes conseils, il dépense son argent prends ce risque pour moi, et ça, ça fait du bien.

Je retiens bien votre nom de maison d'édition.

Une épicière sans aucun doute analphabète qui à du rater son BEP vente.

E.S a dit…

Le "témoignage" d'un éditeur frustré qu'on ne lui dise pas "oui" systématiquement. Oui, certains titres ne se vendent pas dans certaines librairies, le libraire est aussi là pour proposer un fonds cohérent à des clients qu'il connaît. Cela ne remet pas en question la qualité de l'ouvrage.

Après, inutile de hurler à l'injustice, car vous vous mettrez tous les libraires à dos. Personnellement, en tant que libraires, il y a des livres de grands éditeurs que je ne prends pas car ils ne conviennent pas au visage que je veux donner de ma librairie, autant il y a des livres de petits éditeurs qui me plaisent et que je pense pouvoir faire découvrir à mes clients.

Beau Stéphane a dit…

@ anomyne : "Je retiens bien votre nom de maison d'édition"

Et au passage, donnez nous donc le nom de votre librairie, qu'on la retienne nous aussi. Car au moins Luc a le courage de ses pensées. Pas un seul des libraires qui s'est exprimé ici n'a osé dire, malgré ma demande, qui il était et où il travaillait. Anonymat pour tout le monde ! C'est courageux ça ! Plus facile de jouer les pères ou mères la morale, mais pas trop envie qu'on aille y voir de plus près peut-être ??? Pathétique.

Anonyme a dit…

En tant que libraire, ou épicier comme vous aimez le souligner, j'ai malheureusement des impératifs si je veux que ma librairie perdure. Ecrasé par les grands groupes, malmené par les gros éditeurs, je me met pourtant en quatre pour avoir dans ma modeste boutique des petits éditeurs locaux et des auteurs un peu underground. Je consacre d'ailleurs régulièrement des vitrines pour les mettre en valeur.
Pourtant, il est vrai que parfois "ça ne se vend pas". Après avoir eu plusieurs plaintes desdits éditeurs : mes remises seraient trop importantes, je ne me décarcasse pas assez pour vendre leurs livres, non, nous ne pouvons pas prendre les livres en dépot, non nous n'acceptons pas les retours etc.... J'ai un peu tendance à baisser les bras.
Non. Mes remises ne sont pas trop importante, non je ne fais pas preuve de laxisme concernant la petite production et si, je me décarcasse. Mais même en présentant bien un livre, en en parlant avec passion, le seul vrai juge de la qualité d'un ouvrage, ça reste le lecteur. S'il n'accroche pas, rien à faire. Je ne suis pas là pour pousser la vente.

Un auteur, furieux du fait que "je n'ai vendu qu'un seul de ses livres" (je dirais plutôt : que j'ai réussi à vendre un de ses livres) m'a traité de marchand du temple, m'a fait un cours marxiste-léniniste sur "les capitalistes comme moi...".

Mais finalement, les éditeurs, qui ont aussi des impératifs de vente ne sont-ils pas aussi des boutiquiers ?

Anonyme a dit…

Sur l’idée de la frustation

C’est très étonnant le nombre de bons conseils et de critiques et commentaires que l’on donne à un petit éditeur et en plus anonymement ! Je les ai déjà rencontrés ces gens-là dans des romans de Balzac. A lire Le cousin Pons , La cousine Bette et Jésus Christ en Flandres et vous comprendrez ce que je suggère.

La lettre de Stéphane et Philippe a-t-elle été vraiment lue ? Mes amis et collaborateurs posent vraiment un réel problème. Nous ne sommes pas contre loin de là la librairie . Nous sommes même des acheteurs réguliers. En disant cela, je ne vois vraiment pas en quoi ce serait l’expression d’une frustration de ne pas être en librairie, au bout du compte. Cette lettre disait un constat, ni plus ni moins. Il ne faut pas inverser l’ordre des choses. La lettre posait un vrai problème.
Nous ne demandions qu’un simple dépôt-vente. Refusé. En soi, c’est le droit du libraire de le refuser. Mais entendre que le petit véhicule ne se vend. Contre vérité.

Les livres du Petit Véhicule se vendent régulièrement. Preuve les quelque 500 factures adressées aux libraires l’an passé parce que les clients-lecteurs commandent nos livres et revues !!! Si c’est ti pas une aide au libraire ça, je vous le demande un peu . Mais jamais, au grand jamais un libraire ne commande une nouvelle parution du Petit Véhicule en tant que parution nouvelle. Sauf les quequez uns qui acceptent bon mal an du dépôt. Je les en remercie. Ces lecteurs-clients si nos livres ne sont pas en librairie qu’ils se les procurent directement chez nous par Paypal ! C’est comme cela. C’est le système qui veut cela . Et i i i vaut mieux pas y toucher. Aucune nouveauté du petit véhicule ne sera achetée en tant que nouveauté. Seuls ou presque les maîtres du marché et d’une diffusion que l’on peut qualifier de “parisienne“ vendent aux libraires qu’elle soit d’office ou non. Avec les terribles droit de retour des invendus.

Mais au fait savez-vous comment cela se passe ?
Quand nous avions un diffuseur/ distributeur un peu près 65% du prix du livre était laissé au libraire et au diffuseur. Et les marges étaient dérisoires autour de moins d’un euro par livre en moyenne. Et je ne parlerais pas des impayés de ce qui s’est réellement vendu...

DONC ni pour ni contre la librairie. Un petit éditeur a-t-il au fond besoin du libraire ? Economiquement non. Editorialement non plus. Il n’y a à écrire cela aucune frustration. Les auteurs d’un petit éditeur au passage doivent comprendre que les choses se passent ainsi. Je crois que la meilleure façon de ne pas être frustré si elle existait un tant soit peu est de ne plus être du tout en librairie et s’inventer des chemins de traverse, trouver d’autres niches. C’est très curieux : tout le monde conteste Amazon qui fait une concurrence déloyale à la librairie, paraît-il. Le Petit Véhicule n’est plus sur Amazon ni en librairie classique. Nous sommes installés dans une librairie particulière qui est celle du vent. Je connais heureusement quelques librairies qui sont accueillant au vent des rencontres pour nos tirages à la manière chinoise dont le premier objectif est de diffuser 100 exemplaires et de trouver 100 lecteurs, eux qui ne seront pas anonymes.
Bonne journée à toutes et à tous.
le 15-12-2014

Luc Vidal

Anonyme a dit…

"Voilà bientôt trente ans que je suis sur la terre,
Et j'en ai passé dix à chercher un libraire.
Pas un être vivant n'a lu mes manuscrits."

Poésies nouvelles (1836-1852) Alfred de Musset

"C'est aux nuls, aux impuissants et aux lèche-culs professionnels que profite en France le commerce du papier de librairie."
Situation (1991)/ Louis Calaferte

L'Histoire se répète en boucle quand l'intelligence est bafouée, par les faiseurs d'icônes...
M.C Ancien Collaborateur des EPV (1985-2003)

Beau Stéphane a dit…

@ Marc C. : 1985-2003 ça fait un peu plaque mortuaire, non ? ;-))
@ Luc : Merci ! A bon entendeur... De toute manière je ne répondrai plus ici aux messages postés par des libraires qui ne diraient ni leur nom ni celui de leur librairie.

Anonyme a dit…

Cher Stéphane ,

Je connais trop ton exigence d'un littérature au service d'une REELLE émancipation du Sujet, pour comprendre que tu as deviné le sens de cette signature.
J'ai collaboré pendant plus de 15 ans aux côtés de Luc Vidal. A une époque où lorsque nous travaillions à l'émergence d'une parole authentique et non servile (Poètes de l'Ecole de Rochefort, Ferré, Paressant, Gatti), les Institutions (privées comme publiques) nous regardaient avec dédain prétextant que la travail artisanal "de creuseurs de sillons" n'avait aucun intérêt.

Les EPV conçoivent leur travail comme une mission d'Education Pouplaire. Et celà veut dire quelque chose me semble-t-il
A ce propos je vous invite à les mémoires de l'Editeur Rougerie...
Trop de libraires, ne sont que des épiciers qui ne vendent que de la marchandise. Et c'est là le hiatus.

Merci à Luc Vidal pour son obtiné travail.

Marc Chatellier