dimanche 14 décembre 2014

QUELQUES ECHOS DE "EDITEURS BONS A TIRER"...

Deux comptes rendus d'un anciens numéro d'un Chiendents (que nous avions concocté en 2013) ont été publiés ces derniers jours. Dans ce numéro, nous mettions déjà en avant quelques arguments qui ont été repris il y a peu, ici, dans notre article sur les libraires.

Afin de compléter le dossier, je retranscris ci-dessous les deux recensions sus-mentionnées (de Jean-Luc Pouliquen et Lucien Wasselin) ainsi qu'une troisième, plus ancienne, signée Jean-Jacques Nuel.

Ce numéro 38 de Chiendents, intitulé " Editeurs, bons à tirer ? " est toujours disponible ICI.

L'intérêt de ce numéro dont les illustrations sont de Nicolas Désiré-Frisque est de nous faire entrer dans les soucis et les joies d'un petit éditeur. La question qui se pose toujours à lui est de savoir pourquoi il continue cette activité dans un milieu qui lui est le plus souvent hostile. Les articles signés Luc Vidal, Stéphane Beau, André Dupneu, Gérard Charbonnier, Pierrick Hamelin, Jean-Luc Nativelle et Roger Vallet sont là pour nous faire toucher du doigt une réalité perçue généralement à distance. Il faut s'être frotté à l'ego d'un auteur refusé par un grand éditeur pour comprendre la nature de la relation qu'il va entretenir avec celui qui lui ouvre enfin la porte. Il faut s'être confronté aux libraires et à leurs conditions de vente et de retour des invendus pour saisir toute la difficulté qu'il y a de diffuser un livre tiré à quelques centaines voir dizaines d'exemplaires. Il faut avoir connu le succès chez un grand éditeur puis des tirages plus confidentiels chez un petit pour pouvoir comparer les deux situations et faire la part des avantages et des inconvénients. Par petites touches ce numéro nous brosse un tableau entre ombres et lumières qui reste malgré tout un hymne au livre et à ses pouvoirs. "Au-delà des histoires qu'ils nous racontent, des mondes qu'ils nous décrivent, les livres sont avant tout des messagers, des intermédiaires, des médiateurs. Ce sont des liens entre les hommes : c'est nous qui les lisons, mais ce sont eux qui nous lient..." nous disent Stéphane Beau et Luc Vidal en ouverture.

Le signataire de ces lignes occupe (et a occupé) différentes places dans la chaîne du livre : il est poète et essayiste édités, il est critique ou chroniqueur et il a même été un temps éditeur. Aussi a-t-il lu avec attention cette livraison de Chiendents qui regroupe 7 points de vue de quelques acteurs non conventionnels du livre : si je mets de côté André Dupneu (que je ne connais que par la chanson « À jeun » de Jacques Brel où Dupneu est chef du contentieux !), quatre sont auteur et éditeur, et deux auteur et lecteur.
Tous semblent exercer ou avoir exercé une activité professionnelle (souvent dans l’enseignement, depuis le primaire jusqu’à l’université). Cet ancrage professionnel explique peut-être les points de vue qui peuvent se caractériser par une position commune ou transversale : la défense de la petite édition et de la librairie indépendante en même temps qu’une certaine condamnation de l’auteur souvent jugé comme nombriliste, pour dire vite.
La palme revient à André Dupneu pour le côté provocateur de sa « lettre » : les auteurs toucheraient 8% de droits sur le prix public de vente de leurs livres. Certes, cela est sans doute vrai pour les lauréats du Goncourt ou ceux qui sont publiés par l’édition industrielle (contrôlée de plus en plus par les banques ou les investisseurs institutionnels !). Mais les auteurs publiés chez les petits éditeurs ne touchent en général rien, même si leurs contrats prévoient le paiement de droits… Aussi peut-on comprendre leurs récriminations à l’égard de leurs éditeurs.
Une belle figure de libraire (trop rare) est mise en avant par Jean-Luc Nativelle ; mais d’autres auteurs de ce dossier ne manquent pas de rappeler que les libraires (certains !), trop souvent, ne paient pas les éditeurs pour les livres qu’ils ont vendus quand ils acceptent d’en prendre en dépôt. Gérard Cherbonnier signale que les petits éditeurs sont souvent en difficulté financière et qu’ils financent cette activité par les revenus tirés d’une profession dont on ne sait plus si elle est la première ou la seconde !
Seul ce même Gérard Cherbonnier situe le problème de l’édition dans le cadre politique et économique du capitalisme actuel : il lie le développement du livre numérique à « la vente de liseuses ou autres écrans importés d’Asie au profit de multinationales exploitant le dumping social des pays dits émergents » et au « dispositif d’aliénation et de soumission à l’hégémonie d’un marché virtuel mondialisé pour asseoir une pensée unique et servile » mis en place par les politiques (démocratiquement élus !) et les financiers. On ne peut mieux dire. On comprend alors que si on met entre parenthèses les petits qui veulent jouer le jeu des gros et les arnaqueurs du compte d’auteur, l’édition telle que la pratiquent les petits est une forme de résistance où le militantisme a toute sa place.
Mais résistance et militantisme sont des gros mots par les temps qui courent quand ils ne sont pas frappés de ringardise.
Au total ce dossier de Chiendents est une pièce à ranger dans un dossier où se trouvent déjà « Le Racket de l’Édition », les publications du CALCRE et de L’Oie plate… 

La revue littéraire Chiendents consacre son numéro 38 à un dossier sur l’édition, au titre un brin provocateur, Éditeurs : bons à tirer ? Et c’est vrai que l’on parle toujours de la grande misère des auteurs, des libraires, mais jamais de celle des éditeurs, et spécialement des petits éditeurs.
Entre autres articles, on notera une lettre ouverte aux hommes et femmes de bonne volonté, de Luc Vidal, éditeur au Petit Véhicule, qui livre lucidement son expérience. Jean-Luc Nativelle nous parle de la galère d’une signature dans l’espace culturel d’un grand magasin, un grand moment de solitude sauvé par la gentillesse et l’intérêt d’une vendeuse. Gérard Cherbonnier, responsable des éditions du Petit Pavé, s’entretient avec Stéphane Beau : “Faudra-t-il éditer sous le manteau ?” et dresse un tableau objectif de la situation de l’édition. Roger Wallet retrace son parcours d’écrivain, depuis un premier succès (édition au Dilettante, passage chez Pivot, presse nombreuse) suivi d’un échec commercial, d’une tentative de monter une structure éditoriale et de la publication actuelle chez de plus modestes éditeurs. Dans un article ravageur, Stéphane Beau nous livre un portrait sans concessions de l’ingratitude des auteurs : “Toujours prompts à dénoncer les travers des éditeurs, les auteurs ont une fâcheuse tendance à hisser les libraires au sommet de la pyramide des métiers du livre, comme s’il s’agissait de la catégorie la plus noble. (…) Pour les auteurs, le passage par l’éditeur ne représente qu’une formalité technique, rien de plus qu’une étape obligée qui a en outre le grave défaut de ne pas être toujours de tout repos pour leur ego. Une fois que le contrat est signé, l’heureux auteur ne veut plus rien savoir de ce qui se joue dans les bureaux de son éditeur, ni dans l’atelier de l’imprimeur. Tout cela, c’est le travail de l’éditeur : l’auteur, créateur, pur esprit, est au dessus de ces réalités triviales. Par contre, s’il y a une chose que les auteurs adorent, c’est apercevoir leurs bouquins dans les devantures des libraires. Là ils se sentent grands, beaux, forts, puissants, comme si leur talent était décuplé par cette mise en visibilité de leur travail. La vitrine des libraires est comme un miroir où, Narcisses modernes, ils peuvent contempler le reflet de leur propre grandeur.” Et de conclure : “L’éditeur donne vie au livre ; il lui permet d’être. Le libraire caresse l’auteur dans le sens de son ego ; il lui permet de paraître.”
Un dossier passionnant, sans langue de bois, à lire par tous ceux qui veulent découvrir les coulisses de la petite édition.

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