vendredi 5 décembre 2014

UN HOMME EN MORCEAUX, CHRISTOPHE BELL ŒIL...

Restons dans le thème de la petite édition. A l'occasion du salon du livre de Guérande, je suis allé faire quelques emplettes sur le stand des éditions du Petit Pavé. J'en suis revenu avec deux romans : Viva Libertad de Léon Layon et Un Homme en morceaux de Christophe Bell Œil. N'ayant pas encore eu le temps de lire le premier, je vais vous parler du second !

Benjamin Boix, est un trentenaire fragile, solitaire, dont on comprend très vite qu'il n'est pas en grande forme sur le plan psychologique. Autrefois peintre, il a remisé ses pinceaux depuis longtemps. Maintenu en équilibre, dans sa vie quotidienne, à grand renfort de médicaments, il se bat contre une mémoire pleine de trous qui laisse de vastes pan de son parcours dans un flou parfois quasi total. De sa petite enfance, il n'a gardé qu'une marque : celle des cicatrices entaillant ses poignets et ses chevilles. Maltraitance ? Maladie ? Il ne sait plus. Il se souvient par contre de La Source, l'orphelinat où il a été placé et où il a rencontré Rico, son indéfectible ami.

Désireux de renouer quelque peu les fils de son passé, Benjamin se souvient de lettres qu'il avait adressées à Rico lorsque ce dernier avait quitté La Source, suite à son adoption. Mais il découvre bientôt que ces lettres, il les a presque toutes détruites lui-même en 1990, année où la folie l'a brutalement terrassé, entraînant son internement d'office. Peu à peu des flashs resurgissent du néant. Benjamin, remontant le courant de ses souvenirs, se remet à la peinture et reproduit les toiles qu'il peignait avant de perdre la raison. Cela afin de se replonger dans ses sentiments et dans l'ambiance d'alors. Mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, le jeune homme recommence à perdre pied...

C'est avec une belle subtilité que Christophe Bell Œil met en scène le héros de son roman, personnage attachant mais totalement déstructuré. Le style du livre, au rythme vif et direct, l'usage du « tu » pour désigner Benjamin et les titres des chapitres composés de mots qui s’enchaînent puis s'effacent lettre après lettres au fur et à mesure que le livre avance, tout est conçu pour que le lecteur se retrouve lui aussi plongé dans un sentiment d'instabilité qui le rapproche au plus près du héros. L'exercice n'était pas facile car il s'agissait de rendre compte d'un récit rempli de cassure sans casser pour autant le fil de la lecture. L'auteur s'en tire plutôt brillamment. Belle réussite pour ce premier roman sensible et intelligent.

Christophe Bell Œil, Un Homme en morceaux, éditions du Petit Véhicule, 2013.

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