jeudi 15 janvier 2015

A L'ENTERREMENT DE L’ATHÉISME...

Emile Combes
« La France ce n’est pas Michel Houellebecq » déclarait Manuel Valls, quelques heures après la tuerie de Charlie Hebdo. La phrase était malvenue, déjà, dans des circonstances où Houellebecq venait de perdre un ami proche dans la personne de Bernard Maris ; elle était en outre idiote car l’auteur des Particules élémentaires est sans aucun doute plus proche de l’esprit Charlie que notre réfrigérant premier ministre ; elle était inquiétante enfin, dans la bouche d’un homme qui ne cesse de nous répéter, depuis quelques jours, que tous les discours d’exclusion sont à combattre, que chacun en France mérite le respect… sauf Houellebecq. Sans parler de l’inculture dont ces propos témoignent. Car accuser Houellebecq de ne pas être la France alors qu’il vient justement de publier un livre, Soumission, qui rend hommage à Huysmans, Bloy, Lorrain, Laforgue, Rimbaud et à toutes les plus belles plumes de la littérature française du 19e siècle, ne relève même plus seulement de l’idiotie, mais aussi de la plus affligeante connerie. Peut-être que Valls estime au fond que tous ces auteurs-là ne représentent pas non plus la France… Qui sait ?

On a le droit de ne pas apprécier plus que cela la prose de Houellebecq. Je n’en suis d’ailleurs moi-même pas un très fervent amateur et j’ai lu Soumission essentiellement parce qu’il y était question de Huysmans, un de mes auteurs de chevet. La partie « politique fiction », exposant la montée en puissance d’un parti musulman modéré m’apparaissait saugrenue et peu intéressante. Et pourtant, au regard des événements de ces derniers jours, il est difficile de ne pas admettre que Houellebecq a été plutôt visionnaire.

« Aujourd'hui, l'athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte » disait-il le 6 janvier, précisant « il me paraît difficile de nier un puissant retour du religieux ». Comment lui donner tort, alors que depuis une semaine il n’est quasiment plus possible d’allumer une télé ou une radio sans tomber sur un imam, un recteur, ou quelque autre musulman qui nous explique à quel point sa religion est belle, sans voir sur un rabbin ou un quelconque représentant de la communauté juive nous rappeler que le respect de la foi est le plus important des respects, sans entendre le pape ou quelques-uns de ses amis nous sermonner en nous disant qu’il n’est quand même pas très correct de se moquer des religions.

Idem du côté des journalistes et des hommes politiques qui nous répètent en boucle qu’un des plus nobles socles de la République, c’est le respect des cultes. Certes, mais quand la République n’est plus que cela, que fait-on ? Quand la République se fait clairement dépasser, dévorer par le fait religieux, que devient-on ? Bien sûr, on évoque la laïcité dans presque tous les discours, comme si cette dernière n’avait jamais eu d’autre fonction, d’autres fondements, que de permettre le libre exercice des cultes. On est bien loin d'Emile Combes pourtant…

Aujourd’hui, on a presque impression que le simple fait d’être athée est une faute de goût. D’ailleurs, on ne dit plus « athée », on dit « islamophobe », « antisémite », « anti-chrétien », voire, d’une manière plus générale, « provocateur »… L’athéisme n’aurait ainsi quasiment plus rien à voir avec l’esprit républicain. Ces derniers jours, nos dirigeants ne se sont pourtant pas privés de citer Voltaire, les valeurs de la Révolution française ou les philosophes des Lumières, bref, tous ceux qui ont le plus fermement combattu l’obscurantisme des croyances religieuses. Mais pourquoi les évoque-t-on ? Pour défendre le droit… de croire. A qui on veut, bien sûr, car nous sommes dans un pays libre : on a le droit d’être Juif, Chrétien, Musulman, Protestant, Bouddhiste, peu importe, l’essentiel étant de croire…


Laïcité ? morte ; athéisme ? mort ; République ? morte… Et si Houellebecq avait raison ? Dans Soumission il met en scène, en 2022, des élections présidentielles opposant, au second tour, un parti musulman et le Front National de Marine Le Pen. Absurde, ridicule, provocation gratuite, hurlent ses détracteurs. J’en aurais peut-être fait autant il y a une dizaine de jours. Mais en ce 16 janvier, alors que le principal débat, en France, semble être de savoir dans quel camp on se range : islamophile ou islamophobe, je me dis que si Houellebecq s’est trompé, ce n’est pas dans le diagnostic, mais seulement dans les dates : 2022 pouvant sans aucun problème être remplacé par 2015…

2 commentaires:

solko a dit…

"L’athéisme n’aurait ainsi quasiment plus rien à voir avec l’esprit républicain." Bien sûr que non, puisque tous ces gens font de l'esprit républicain une contrefaçon de religion visant à supplanter les autres, ils ne peuvent que se désolidariser de ceux qui critiquent la religiosité. Ce qui, dans cette course à l'échalote me paraît le plus effrayant, c'est la perversion des signes qu'elle autorise, et qui ne peut qu'aggraver les conflits entre les uns et les autres ainsi que le bourrage de crâne du plus grand nombre

Beau Stéphane a dit…

Le prêtre laïque, cher à Palante, est toujours-là, occupant les plus hautes fonctions, et il préférera toujours les croyants,fussent-ils musulmans, chrétiens ou juifs à ceux qui se moquent de la foi, quelle qu'elle soit.