dimanche 4 janvier 2015

MISÈRES DE LA TRADUCTION, SUITE...

Dans La Vie simple, encore. Chaque fois que je tombe sur un passage obscur, voire boiteux (ce qui advient souvent) je me reporte à la version anglaise, et la plupart du temps tout s'éclaire. Encore un exemple parlant :

Traduction de Pierre Soudan : «  C'est comme cela, mon Général. Il faut que je reprenne au commencement ; beaucoup d'entre nous. Tout au commencement. La dénégation n'avance à rien. On ne peut vivre que si, au moins une fois l'an, on peut dire oui ».

Traduction anglaise de Marie Heynemann : « It is so, General. We must start from the very begenning. Nothing is gained by negation. Life becomes impossible, if one cannot affirm sometimes ».


Ce qui, une fois de plus, remis en français, pourrait donner : « C'est ainsi, Général. Nous devons tout recommencer depuis le début. On ne gagne rien par la négation. La vie devient impossible si on ne peut être affirmatif parfois ».

Le livre entier mériterait d'être retraduit...

4 commentaires:

Bertrand a dit…

Tout à fait...
je suis en plein dedans, tu le sais...
Deux écoles de traducteurs s'affrontent : Faut-il s'éloigner du texte source et réécrire dans la conscience du texte cible ou, quitte à produire un texte cible aux qualités littéraires douteuses rester collé à la source ?
Pour ma par, je pense qu'il faut jongler avec les deux écoles.
Pas facile. Parfois, il est impossible de traduire près de la source si on veut être compris et naviguer sur la frontière.
Je te donne un exemple rencontré hier. Un personnage, dans une situation bien appropriée et pour illustrer son propos cite un proverbe, polonais, bien sûr :
- Dans un rivière où il n'y pas de poisson, un écrevisse passera pour un poisson.
Bien... Le sens exact, ce que veut dire l'auteur, c'est:
- Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

J'hésite beaucoup... Privilégier le texte ou le sens ?

Beau Stéphane a dit…

Dans ce cas précis, je privilégierais le proverbe français, mais en ajoutant en note la traduction littérale du proverbe polonais. Plus on a d'éclairage en tant que lecteur, mieux c'est.

Et pour ce qui est des "écoles" de traduction, je prèfère les traducteurs qui respectent le rythme de l'auteur, sa respiration. Si possible les sonorités. Quitte à jouer un peu avec le vocabulaire et avec la tournure de la phrase. La traduction littérale (dont celle que je décortique ici est un bel exemple) sonne généralement faux.

Bertrand a dit…

Oui, Stéphane. C'est ce que je pense faire?
Il y aura d'ailleurs pas mal de "notes du traducteur" en fin d'ouvrage ou en bas de pages, Roland choisira ?

Qu'entends-tu par "si possible les sonorités".. Tu me fais peur !

"La traduction littérale (dont celle que je décortique ici est un bel exemple) sonne généralement faux. "
Absolument !

Beau Stéphane a dit…

Qu'entends-tu par "si possible les sonorités".. Tu me fais peur !

Mince, je ne voulais pas t'effrayer !!! La formulation n'est sans doute pas très heureuse, mais je voulais dire que les phrases ont aussi un son, même quand on ne les lit pas à voix haute et que lorsque le traducteur hésite entre deux mots ou deux formulation, je préfère quand il choisit ce qui "sonne" le plus comme l'original (en nombre de syllabes, en fonction des voyelles...) mais c'est un plus seulement, ce ne peut bien sûr pas être une méthode globale.