mardi 3 février 2015

LA PASSION AMOUREUSE SELON PIERRICK HAMELIN...

Pierrick Hamelin est un drôle de garçon. Avec sa barbiche et son front dégarni, son air rêveur et son tact quelque peu British, on a vaguement l’impression qu’il s’est trompé d’époque, qu’il a oublié de naître au 19ème siècle. Impression qui se réactive forcément à la lecture de son dernier livre, un court essai publié par les éditions Perséides et intitulé Monologue de la passion amoureuse.

Dans cet ouvrage de facture très « old school » (ce qui n’a rien d’étonnant au fond pour un instituteur qui ne va pas tarder à partir en retraite), Pierrick Hamelin renoue avec la tradition des compilateurs d’autrefois. Breton, Péret, Desnos, Schopenhauer, Nietzsche, Kant, Stendhal, Lucrèce, Arland, Badiou, Bataille, Lacan, Baudelaire, Rimbaud, Platon, Epictète, Powys, Schiller, Kleist, Leopardi, Hölderlin… La liste des auteurs et penseurs conviés au fil des pages à donner leur point de vue sur la passion amoureuse pourrait s’allonger bien plus encore et constituer à elle seule le texte de cette recension.

Ce Monologue de la passion amoureuse est difficile à caractériser car c’est un livre parfaitement inactuel. Il pourrait même apparaître plus ou moins futile aux yeux des lecteurs modernes amateurs de violence, de vitesse, de phrases brèves et de propos incisifs. C’est un livre qu’il faut prendre le temps de lire tranquillement, gratuitement aurais-je presque envie de dire, sans rechercher autre chose que le plaisir probablement un peu élitiste de se laisser bercer par ce doux flot de savantes références et d'anecdotes rares que nous délivre généreusement l’auteur.

Le hasard a fait que j’ai lu ce livre presque aussitôt après Le Suicide français de Zemmour. Je suis presque sûr que Pierrick Hamelin, homme de douceur, d’ouverture et de respect n’aime pas beaucoup Zemmour. Et pourtant en lisant son Monologue, moi qui ne suis pourtant guère attiré par le nationalisme ou l’esprit cocardier, j’ai eu le sentiment de lire l’œuvre d’un survivant, d’un ultime représentant d’une culture, sinon française, du moins européenne. D'une littérature qui, d’ici quelques décennies, n’existera plus ou, ce qui est la même chose, ne sera plus lue. Sensation d’un monde qui disparaît, d’une manière d’écrire, de penser, de rêver, d’envisager la beauté, que nos enfants ne comprendront probablement même plus.

Il est d'ailleurs amusant (même si on rit jaune) de constater que cet essai, aujourd'hui, contient tout ce qu'il faut pour subir la vindicte des humanistes bien-pensants qui contrôlent la morale dominante. Rendez-vous compte, on n'y croise que des petits blancs, avec leurs problèmes de nantis. Où sont les maghrébins, les asiatiques, les africains ? Ne sont-ils pas capables de ressentir l'amour eux aussi ? Les références culturelles, très ethnocentrées ne témoignent guère, en effet, d'une grande ouverture sur les autres cultures... Nostalgie post-coloniale monsieur Hamelin ? Et ces amoureux, tous hétérosexuels, bien entendu. Un problème avec les homosexuels ? Sans parler de cette passion amoureuse, argument préféré des hommes violents pour justifier leurs dérapages conjugaux... Un brin masculiniste l'auteur ?

Réactionnaire, donc, Pierrick Hamelin ? Non : juste amoureux passionné d'une langue, d'idées, de sensibilités, d'auteurs, de livres qui vont s'éteindre petit à petit et dont il s'efforce, au fil de ses écrits de préserver l'éclat encore quelques temps. Mais de nos jours il n'est plus de bon ton de regarder vers l'arrière. C'est même presque suspect.

Alors tant pis, soyons suspects !

3 commentaires:

Beau Stéphane a dit…

L'auteur me signale qu'il y a bien une petite référence à l'homosexualité dans son livre. Elle est assez subliminale et j'avoue qu'au moment d'écrire les lignes ci-dessus je l'avais oubliée.

D'où ce rectificatif.

Anonyme a dit…

Assez drôle de voir les noms de Zemmour et d'Hamelin l'un à côté de l'autre. Merci Stéphane pour cette bonne blague ! ;)

Beau Stéphane a dit…

Oui, je pense qu'il en a été le premier surpris (et amusé).