jeudi 30 avril 2015

CONSIDERATIONS SUR LE SEXE DES ROBOTS...



Comment expliquer ce sentiment de malaise qui était le mien après avoir terminé Toutes les femmes ne viennent pas de Vénus, de Charlotte Lazimi ? Le livre de cette jeune femme, affichant clairement son attachement à la cause féministe, est plutôt bien construit, joliment documenté. Elle nous propose  un énième inventaire de toutes les inégalités subies par les femmes, ce qui n’a rien de très neuf, certes, mais elle le fait de manière précise et mesurée sans tomber dans les clichés anti-hommes qui polluent trop souvent les exercices de ce type. On nous reparle de plafond de verre, de droit à l’IVG, des violences faites aux femmes, de la précarité féminine, de la maternité et de ses pièges... On nous rappelle que sur tous ces points, même si des avancées sont constatées, des combats restent à mener. Rien à redire à cela si ce n’est, comme je l’ai déjà signifié, que ces choses-ont déjà été détaillées un peu partout, un très grand nombre de fois.

Mon malaise alors, d’où vient-il ? Réaction épidermique aux thèses féministes ? Hypothèse peu glorieuse que je me dois pourtant d’envisager. Forcément, une partie de moi s’agace face à ces rabâchages mille fois entendus mais cela n’explique pas tout, car au fond ces constats, globalement je les partage et je ne les nie aucunement, alors, quils soient répétés une fois de plus...

En réfléchissant bien toutefois j’ai pu comprendre, je crois, la nature de mon trouble. C’est tout simplement que je ne me retrouve pas dans le monde « meilleur », égalitaire, paritaire, tout ce que l’on veut, que nous présente l’auteure. Non pas parce que je craindrais la survenue d’un monde dévirilisé, dirigé par des femmes ou que je m’inquièterais pour ma masculinité ou tous les prétendus avantages dont je suis supposé bénéficier du simple fait de mon statut de mâle, mais parce que si je dois réellement militer pour un monde meilleur, j’aimerais autant qu’il s’affranchisse des travers de celui dans lequel je vis actuellement. Ces travers ? L’argent roi, les abus de pouvoir, la folie consumériste, la marchandisation des individus, bref, pour aller vite, tout ce qui fonde le modèle capitaliste. Et force est de constater que pour Charlotte Lazimi ce modèle n’est guère un problème et que dans la « domination masculine », ce qui l’embête c’est éventuellement le masculin, mais sûrement pas le principe de domination. Au contraire, son admiration pour tout ce qui brille, tout ce qui gravite dans les hautes sphères, argentées, influentes, élitistes, transparait du début à la fin de son ouvrage. Elle ne jure que par les PDG des grandes boîtes, les médecins, les cadres supérieurs, les avocats d’affaires, les ministres, les patrons de ceci, les directeurs de cela, la publicité, le marketing... Ses références sont presque toutes américaines, tirées de séries télévisuelles mettant en scènes des héros (et héroïnes) improbables, tous plus chics, beaux et puissants les uns que les autres. Son seul regret ? Que les femmes soient toujours sous-représentées dans ces hautes contrées. Ce qui compte, cest qu'elles puissent bénéficier de leur part du gâteau : peu importe le goût (amer) dudit gâteau.

Mais que l’on remplace les élites masculines par des élites féminines ne change rien au problème de la grande majorité des humains (femmes et hommes) qui ne font pas partie de ces élites. On peut nous bassiner autant qu’on voudra avec la parité, remplacer tous les hommes aux hautes fonctions par des femmes si l’on veut. Cela fera (peut-être) progresser le problème de l’égalité des sexes (youpi) mais ça ne changera rien pour toutes les autres inégalités.

Autre point du livre, qui m’interpelle quand même beaucoup, c’est la manière dont ce qui touche à la famille, à la maternité, à l’enfant, est présenté dans une optique sinon négative, du moins rarement favorable. Approche somme toute logique car la maternité, les enfants, les maris, la vie de famille, tout ça, ce ne sont que des entraves dans le parcours de la working girl. Et même si cette dernière insiste sur son souhait d’essayer de concilier vie de famille et vie professionnelle, on sent bien que son épanouissement se fera forcément à l’extérieur. Pourquoi pas : il faut certainement rompre avec cette dichotomie stéréotypée : intérieur = femme, extérieur = homme. Mais est-on obligé de sacrifier pour ce faire la famille, le lien avec les enfants, le plaisir que l’on peut trouver à voir ces derniers grandir ? Pourquoi serait-il moins noble, moins ambitieux, de vouloir réussir au moins autant, sinon plus, sa vie de famille que sa vie professionnelle ? De miser plus sur l’humain, le lien familial et l’affectif que sur les plans de carrières, les avancements et les augmentations de salaires ? Pourquoi vouloir privilégier un monde d’égoïste ou chacun ne pense plus qu’à soi, à son enrichissement, à sa jouissance, à ses caprices et oublie les plaisirs simples, les règles de bases de la solidarité ? On prétend nous vendre une pensée émancipatrice et on nous refourgue à la place une idéologie frappée au sceau du libéralisme le plus vil, où l’on ne demandera bientôt plus aux individus de n’être que des consommateurs béats, connectés vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux injonctions médiatiques qui leur diront comment s’habiller, quoi manger, et surtout quoi penser. C’est sûr que, lorsque nous serons tous des petits robots, peu importera de savoir s’il s’agit de robots mâles ou femelles...
En attendant, je préfère lutter pour les humains, tant qu'ils existent, qu'ils soient hommes ou femmes...

2 commentaires:

joaquim hock a dit…

La "révolution" féministe n'a pas de raison d'être différente des autres: à savoir remplacer l'autre par soi, prendre sa place... Comme le disait Chesterton, le révolution c'est tourner en rond, comme le soleil qui la fait tous les jours, sa révolution et tous les jours c'est pareil.

Beau Stéphane a dit…

Je profite de l'occasion pour citer Han Ryner :
"Le vrai révolutionnaire est détaché de tout l'extérieur, présent ou futur, de la naïveté de la conquête et de la naïveté de l'espoir. Il est l'homme réalisé. Il ne sait pas si un avenir humain se produira jamais ; il est prêt, voilà tout, et si l'avenir humain se réalise un jour, il aura été l'homme de l'avenir. "