lundi 31 août 2015

CHRONIQUES MEDICO-SOCIALES...


Chroniques médico-sociales, Accompagner au quotidien dans une institution en mutation.
Sous la direction de Michel Brioul, Presses de l'EHESP, 2014

Je me méfie toujours des livres qui glissent le mot « chroniques » dans leur titre. Bien souvent, l'usage d'un tel terme sert surtout à masquer le fait qu'on a tenté de rassembler, sous une même couverture, des textes qui n'ont au fond pas grand chose à voir ensemble. Et c'est hélas le cas de ces Chroniques médico-sociales qui, sous prétexte de nous parler du quotidien des patients et des soignants au sein des structures médico-sociales, se contentent globalement de compiler des discours parfois bavards qui ne pourront guère intéresser que des étudiants en début de formation. 
On nous rappelle ainsi, au fil des pages, que, dans le travail social, la « rencontre », c'est important (« Prendre le risque de la rencontre », Guillaume Scalabre), que la prise en compte des corps ne doit pas être oubliée (« Corps, ritualisation de la vie quotidienne. L'autre en question », Xavier Gallut), que le respect de l'alimentation et de la sexualité ne peuvent pas faire de mal dans le processus de soin (« Le cru, le cuit, l'induit » et « Angoisses, plaisirs et sexualité », Michel Brioul), qu'il vaut mieux travailler en équipe que seul, que l'humanité n'est pas un vain principe, qu'il faut tout faire pour que les soins ne soient pas purement mécaniques, mais qu'ils répondent bien aux besoins des personnes en les respectant en tant que sujets... Certes, autant de vérités qui semblent frappées au coin du bon sens. Difficile de soutenir le contraire ! 

Tout cela dans une société qui évolue et qui peine parfois à trouver les articulations idéales entre le soin, l'éducatif et le pédagogique. Dans un monde en crise, qui parvient de moins en moins à offrir aux humains les moyens de répondre matériellement à tous leurs besoins. Dans un espace public où la logique institutionnelle tend à se rigidifier et à s'articuler autour de normes, de réglementations et de chartes diverses qui, sous prétexte de se soucier des usagers, rendent souvent leur quotidien de plus en plus insupportable. 

Le problème, c'est que pour faire face à toutes ces contraintes, ces « chroniques » ne nous apportent guère de réponses, guère de clés. Elles enfoncent bien, avec beaucoip d'effets de manches, quelques portes ouvertes, mais ne nous offrent pas véritablement de pistes pour dépasser les constats qu'elles dressent. Les seuls chapitres qui apportent un peu d'originalité et d'intérêt à ce livre sont ceux qui présentent des exemples concrets d'interventions auprès des patients (« Madame Wallis et les pictogrammes », Céline Vergne, « La peau de Madame Laure », Nathalie Mayet et « Eddy et les grattouilles », Eléa Dupas). Là seulement on se dit qu'il y a peut-être quelques pistes à explorer. Voilà, pour le coup, de vraies « chroniques ». Mais ces trois chapitres ne représentent que 18 maigres pages sur les 286 du volume. C'est peu. Trop peu. 

Stéphane Beau
Compte rendu écrit pour la revue Le Sociographe

Aucun commentaire: