mardi 25 août 2015

DIDIER DAENINCKX, RETOUR A BEZIERS...

Didier Daeninckx, Retour à Beziers, Verdier 2014 

J’imagine que lorsque les historiens du futur voudront se pencher sur ce que fut la France de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème, ils se tourneront assez logiquement vers les grands noms de la sociologie contemporaine. Ils décortiqueront les écrits des Bourdieu, Castel, Rosanvallon, Gauchet et autres grands penseurs de la modernité, voire de la « post-modernité ». Mais songeront-ils également à se pencher sur l’œuvre de Didier Daeninckx ? Je n’en sais rien, mais ce qui est certain, c’est qu’ils gagneront à le faire. Car ce que tous ces intellectuels s’efforcent de démontrer à grands renforts de concepts, lui il se contente de le montrer par la seule puissance de la fiction.

C’est ce qu’il nous propose une fois de plus dans ce Retour à Béziers, court récit de 59 pages, où il nous invite à suivre les pas de Houria, une jeune retraitée qui quitte Paris, ville devenue trop onéreuse, pour retourner s’installer dans sa ville natale. Mais les années ont passé et le Béziers qu’elle retrouve diffère fortement de celui qui était resté gravé dans ses souvenirs. Le centre ville est à l’abandon, envahi par les dealers. Les magasins de proximité, aux vitrines murées, ont dû fermer, vaincus par l’intraitable concurrence des grands espaces commerciaux. Les fêtes populaires ont été remplacées par des animations bruyantes et mercantiles. Sans parler des discours racistes qui ont pris une telle ampleur que Robert Menard, le candidat soutenu par le Front National, est fortement pressenti pour devenir le futur maire. 

Dans ce texte, Didier Daeninckx, met à profit cet événement anodin qu’est le retour d’Houria à Béziers pour balayer l’essentiel des problématiques sociales qui nous préoccupent au quotidien et sur lesquelles il revient régulièrement dans ses nombreux livres : le racisme bien sûr, mais aussi la pauvreté, la drogue, l’alcoolisme, la délinquance, les Roms, les sans papiers, la solitude, l’injustice... On retrouve aussi tout ce qui fait le charme habituel de ses écrits : son style limpide, son regard nostalgique, son amour des humbles... 

On peut juste reprocher à ce récit d’être bien trop court pour prétendre s’élever véritablement au delà de l’anecdotique. Les thèmes sont effleurés et les exemples mis en lumière ne nous apprennent hélas pas grand chose que nous ne sachions déjà. Mais au moins la réalité brutale des faits est dite, répétée, rappelée, et en ces temps complexes où la solidarité, le respect de l’autre, l’esprit d’ouverture, sont des valeurs bien malmenées, de telles réitérations ne sont jamais complètement inutiles. 

Stéphane Beau
Compte rendu écrit pour la revue Le Sociographe

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