mercredi 9 septembre 2015

LE LIVRE BLANC DE LA RESIDENCE ALTERNEE...


Le Livre blanc de la résidence alternée,
sous la dir. De G Neyrand et C. Zaouche Gaudron, Erès, 2014

 La question de la résidence alternée est d'actualité et cette fine brochure (80 pages) tombe à pic pour nous aider à faire un point d'étape sur cet épineux sujet. Un point d'étape seulement, par contre, car il est clair que la maigreur du volume laisse le lecteur sur sa faim. Son contenu aussi, qui survole souvent les sujets sans les approfondir. Disons que c'est un ouvrage qui n'apportera pas grand chose à ceux qui sont déjà bien au courant des débats et des enjeux soulevés par ce thème, mais qui pourra être très utile pour les étudiants ou pour les néophytes soucieux d'obtenir quelques éclairages salutaires. 

Le grand mérite de ce petit livre, c'est d'avoir su tourner le dos aux discours manichéens et simplificateurs qui pullulent actuellement et de placer son approche sous le signe de la complexité (une citation d'Edgar Morin ouvre d'ailleurs le volume) et de l’interdisciplinarité, en croisant les regards de sociologues, psychologues, médiateurs familiaux, formateurs, psychanalystes, pédopsychiatres... 

Pour résumer en quelques mots ce qui ressort de toutes ces approches, c'est qu'il est très compliqué, aujourd'hui, d'avoir une compréhension globale et indiscutable de la question. Ce que souligne Ch. Zaouche Gaudron (« Toutes nos réponses sont limitées ») et que G. Poussin confirme : « Le constat clinique est varié, mais il ne permet pas de tirer des conclusions générales et définitives ». 

Car ces interrogations autour de la garde alternée se font dans un contexte sociétal qui rend difficile la prise de recul. Comme nous le rappelle G. Neyrand en introduction, les débats sur ce sujet sont assez récents et ce n'est véritablement, en France, que depuis 2002 que ces problématiques de la coparentalité et de la résidence alternée sont devenues des sujets majeurs. Jusque-là, l'opinion ne s'intéressait guère à ce mode de garde que les professionnels des secteurs médicaux et psychologiques ne regardaient d'ailleurs pas vraiment d'un bon œil. Mais la société évolue, forçant les pratiques à évoluer. Les femmes travaillent de plus en plus, les pères réclament plus de reconnaissance, les frontières entre les sexes deviennent floues, les mœurs évoluent. Et pendant ce temps, comme le constate J. Dahan, le nombre des séparations explose (un couple sur deux en milieu urbain, deux sur trois dans le monde rural). La réalité s'impose donc à tout le monde, qu'on le veuille ou non, aux parents, aux enfants, aux professionnels qui interviennent auprès d'eux, aux législateurs, aux politiciens... Et compte tenu du manque de recul que nous avons pour poser des jugements clairs sur les éventuels dégâts psychologiques causés par les séparations, sur les subtilités de l'attachement maternel ou paternel, sur les risques spécifiques liés aux tranches d'âges des enfants, il convient de rester ici prudemment pratique, voire pragmatique. 

Quitte à verser parfois un peu dans la tautologie. Presque tous les auteurs s'exprimant dans ce Livre blanc sont ainsi d'accord sur un point : quand la séparation se passe bien, dans un contexte de respect et d'écoute des deux parents, sans violences, sans règlements de comptes et en respectant le rythme et les besoins des enfants, il n'y aucune raison que les choses se passent mal. Simple bon sens me direz vous ? Oui, sans doute, mais en ces temps de clivages idéologiques, la voix du bon sens n'est peut-être pas toujours celle qu'on perçoit le mieux au milieu du brouhaha ambiant. 

Et si la conclusion de ce petit livre était, tout simplement, que le problème de la résidence alternée n'en était pas un, au fond ? Si le problème était ailleurs ? Car à quoi bon s'user à comparer les mérites des différents modes de garde des enfants tant qu'on ne saura pas faire en sorte que leurs parents se comportent enfin comme des adultes ? Et quand on sait que l'adulescence tend à durer de plus en plus longtemps, on peut craindre que les choses n'évoluent pas aussi vite qu'on le voudrait.
 

Stéphane Beau
Compte rendu écrit pour la revue Le Sociographe

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