jeudi 8 septembre 2016

HOMMES EN SOUFFRANCE, QUESTIONS, RÉPONSES...

Pierre Martin a lu mes Hommes en souffrance et sa lecture lui a suggéré quelques questions. Ci-dessous, la première partie de nos échanges.


Pierre Martin : J’ai lu votre ouvrage intitulé Hommes en souffrance, et les mots me manquent pour vous dire l’étendue de l’admiration que ce maître-livre m’a inspirée. On sent en effet vibrer tout au long de ce livre une perception des choses extrêmement fine, personnelle et courageuse. Les mots me manquent aussi pour vous dire combien je suis scandalisé – et désespéré – que cet ouvrage ait reçu (sauf erreur ?) un accueil très éloigné de celui qu’il aurait mérité : c’est en effet par un pur hasard, au gré d’une navigation sur Internet, que j’ai eu connaissance de son existence, plus d’un an après sa parution ! Aucun compte-rendu dans les médias culturels comme par exemple Le Nouvel Observateur, me semble-t-il. Comment votre livre a été accueilli en dehors de la sphère médiatique mainstream ?

Stéphane Beau : Vous avez raison : mon livre n’a connu qu’un succès très limité en termes de ventes. Les médias locaux en ont un peu parlé (radios, presse régionale, une douzaine d’articles et de chroniques au total) mais sur le plan national, seuls le magazine Causeur et une revue liée au travail social, Lien social l’ont mentionné. Je pense qu’il y a plusieurs explications à cela.
La première est très pragmatiquement liée à la réalité du marché du livre en France. D’une manière générale, il est très difficile de faire émerger un ouvrage de la masse de ce qui paraît quotidiennement, surtout si on n’est pas soi-même déjà intégré dans des réseaux officiels et influents. Les médias, les libraires et autres intermédiaires de la culture et des idées sont assez moutonniers et ont tendance à ne mettre en avant que ce qui leur a été présenté comme devant l’être. Il y a peu de curiosité dans ce petit monde.
La seconde est sans doute plus profonde, et plus inquiétante. J’ai le sentiment que mon livre porte une voix que la société n’a pas envie d’entendre. Nos contemporains ont besoins de choses simples, basiques, binaires : il faut que le réel soit blanc ou noir, bon ou mauvais, riche ou pauvre, juste ou injuste, vrai ou faux… L’idéologie féministe épouse parfaitement ce mode de pensée et c’est probablement pour cela qu’elle s’est développée avec autant de facilité et a assuré son emprise avec une telle force sur l’intelligence contemporaine. En distribuant les bons et les mauvais rôles, la pensée féministe offre au fond un cadre conceptuel dans lequel tout le monde est englobé, englué, même ses adversaires : les  hommes ne disposent en effet dans ce système que de deux options : soit s’appliquer à être de« gentils garçons solidaires de la cause des femmes » pour se faire bien voir, soit au contraire jouer les « vilains machos qui souhaitent conserver les acquis de la domination » et faire de la résistance. Dans les deux cas, néanmoins, on reste dans le cadre binaire de l’idéologie féministe : d’un côté les gentils, de l’autre les méchants.
Toute la difficulté étant de sortir de ce dualisme réducteur. Difficulté accentuée par le fait que, sur le plan politique, à droite comme à gauche, personne n’a réellement intérêt à contester cette idéologie. Le modèle libéral et capitaliste en effet s’accommode très bien du discours féministe qui, malgré ses présupposés d’émancipation, reste finalement très respectueux du système en place : le CAC40, les entreprises, le pouvoir, l’argent, la domination… Ce que les féministes reprochent essentiellement à tout cela, c’est que les femmes n’en profitent pas assez. Le rejet de l’économie domestique (forcément aliénante) au profit du salariat même très précaire et violent (mais forcément émancipateur) est un mot d’ordre qui convient très bien aux patrons.
À gauche (au sens large du terme) on ferme les yeux sur ce cousinage de mauvais goût entre féminisme et capitalisme et on préfère garder le regard fixé sur une grande et noble idée – l’égalité – et continuer de s'appuyer un mode de pensée traditionnellement binaire, lui aussi, opposant aliénants et aliénés – communisme vs capitalisme, patrons vs ouvriers, bourgeois vs peuple. C'est pour cela que, de ce qôté-là de l'échiquier politique on défend habituellement le féminisme, bec et ongle, sans se poser de questions.
Certes, parfois tout ce petit monde se frictionne un peu, sur la question du mariage pour tous par exemple, ou sur celle de la théorie du genre, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces affrontements ne sortent pas du modèle dichotomique établi par l’idéologie féministe, avec d’un côté les partisans d’une certaine modernité et de l’autres les tenants de la réaction. 
Comment sortir de cela ? En proposant une autre voie, une autre voix : celle que j’ai essayé de faire entendre dans mon livre : la voix de la raison, du débat. En posant comme postulat que rien de ce qui se joue dans la question du rapport des sexes ne peut être résolu simplement, de manière binaire. En expliquant que ce sont là des sujets complexes, très complexes, où s’entremêlent plein de paramètres, historiques, sociologiques, naturels… Seulement, comme je le disais au début de mon explication, cette voix-là n’a plus d’espace pour se développer réellement dans le monde actuel où toute vérité doit pouvoir être formulée en un nombre minimum de signes et de mots.

Pierre Martin : Avez-vous reçu beaucoup de réactions de lecteurs, analogues par exemple au présent courrier, et, si oui, ces réactions vous semblent-elles refléter globalement une réelle prise de conscience de la justesse profonde de votre propos ? J’insiste d’autant plus sur cette question que vous-même, à la fin de votre livre, semblez appréhender des réactions primaires, des accusations de misogynie et autres stupidités : fut-ce effectivement le cas, et, si oui, fut-ce dans des proportions élevées ?

Stéphane Beau : Malgré la faible publicité qui a été faite autour de mes Hommes en souffrance, j’ai quand même pu bénéficier d’un certain nombre de retours de lecteurs. On peut séparer ces réactions en trois catégories.
La première concerne des pères qui mènent un combat long, compliqué et douloureux pour faire valoir leurs droits auprès de leurs enfants. Ils sont globalement tous dans une logique de dénonciation des injustices dont ils sont victimes et plutôt dans une optique de réparation personnelle. Mes propos leur parlent car ils viennent faire échos à leurs propres cheminements et constats : oui les hommes souffrent, oui ils peuvent aussi être des victimes. J’ai pu mesurer encore plus à quel point ces pères se retrouvent enfermés dans un système qui est parfaitement organisé pour les rendre fous : plus ils expriment leur souffrance et leur colère et plus ils sont pointés du doigt comme étant de vils mâles dominants uniquement soucieux de faire valoir leur emprise sur les femmes. Ce qui augmente bien sûr leurs sentiments de souffrance et d’injustice et, partant de là, leur colère… Spirale infernale qui les pousse en général à commettre au final des actes qui achèvent de les discréditer : violences sur leurs ex-conjointes, comportements s’apparentant à du harcèlement, enlèvements d’enfants, dépressions, alcoolisation excessive, suicide… la boucle est alors bouclée, le système peut confirmer le verdict : ces types-là sont vraiment de sales machos et s’ils souffrent, c’est bien fait pour eux.
La deuxième catégorie de lecteurs regroupe des hommes et des femmes qui, même si bien souvent ils ont du mal à remettre véritablement en cause le formatage de l’idéologie féministe dominante, sont bien obligés de constater, dans ce qu’ils voient au quotidien autour d’eux, que la réalité n’est pas aussi simple et binaire. Ces lecteurs commencent en général par rappeler leur allégeance aux slogans féministes (une femme meurt tous les trois jours, le partage des tâches ménagères, le plafond de verre…) pour bien prouver qu’ils ne sont pas de méchants réactionnaires, mais ils peuvent malgré tout admettre que certains points méritent d'être débattus. C’est avec ces lecteurs-là que j’ai pu avoir les échanges les plus riches. Je pense notamment à un homme qui est intervenu sur mon blog à plusieurs reprises, au départ plutôt pour me reprocher mon hostilité supposée à l’égard des femmes. Avec le temps, il a pu clairement constater que non seulement je ne nourrissais aucunement ce type d’hostilité, mais qu’avec moi le débat était très nettement plus libre, ouvert et respectueux, que sur la plupart des sites défendant les idées féministes qu’il avait pu fréquenter, notamment un, d’où il s’est fait éjecter dès qu’il avait osé poser une question pas parfaitement orthodoxe. Il y a là, je crois un public à toucher car pas encore définitivement formaté.
La troisième catégorie, celle dont j’appréhendais les réactions primaires, a bien entendu été aussi au rendez-vous. Elle renferme les féministes purs et durs, incapable de s’extraire de leurs œillères idéologiques. J’ai subi les foudres de plusieurs d’entre eux. Des hommes pour la plupart, ce qui est amusant car on sent bien qu’ils ont besoin de montrer patte blanche en étant encore plus intégristes que les femmes. Je ne reviendrai pas ici en détail sur leurs propos qui m’ont dépeint comme un masculiniste cynique n’ayant qu’un seul objectif : maintenir les femmes sous le joug de la domination masculine et essayer de renverser la réalité en faisant croire que ce ne sont pas les femmes qui sont victimes de la violence masculine, mais l’inverse (ce qui n’a bien entendu jamais été mon propos). Les procédés utilisés par ces lecteurs (qui n’avaient d’ailleurs pour la plupart pas jugé utile de lire mon livre puisque ma condamnation était actée d’avance) relevaient essentiellement de l’insulte et du procès d’intention. On se contentait de me faire dire ce que je n’avais pas dit pour mieux me condamner ensuite (affirmer que la place des femmes est au foyer par exemple).

Pierre Martin : J’aimerais savoir comment, en dehors de vos ouvrages, vous menez au quotidien votre combat (car c’est malheureusement un combat.) en faveur de rapports enfin plus apaisés et plus harmonieux entre les hommes et les femmes. Est-ce que par exemple vous participez à telle ou telle forme d’engagement, voire de militantisme, et, si oui, laquelle/lesquelles ? Est-ce que vous appartenez à telle ou telle association, est-ce que vous envisagez telle action militante ou civique – en dehors de l’intelligence même de vos rapports professionnels et personnels au quotidien avec les personnes que vous côtoyez, qui est aussi une forme d’action...

Stéphane Beau : Toute la question est là, en effet. Comment faire entendre cette voix dans un contexte sociétal qui n’a pas envie de l’entendre ? Vous parlez de combat. Je voudrais m’arrêter sur ce mot car il symbolise à lui seul presque tout le nœud du problème. Je suis convaincu du fait que, pour sortir du dualisme intellectuel imposé par l’idéologie féministe contemporaine, il faut pouvoir refonder les bases d’un vrai débat. Et le débat, dans mon esprit, c’est l’inverse du combat.
Quand on combat, on ne débat plus, car pour débattre il faut au préalable déposer les armes. Sauf que, dans le cas présent, pour imposer le débat, il faudrait d’abord passer par la case « combat », c’est-à-dire, dans une logique offensive de dénonciation du modèle féministe dominant. Ce que les féministes adorent car cette opposition s’intègre parfaitement à leur vision dualiste des choses : entretenir le combat pour museler le débat, cela leur convient très bien. La marge de manœuvre qui est la nôtre dans ce contexte apparaît donc très étroite et les deux bornes de l’action sont claires : soit on privilégie la voix de la raison et du débat et on a toutes les chances de rester inaudible, soit on s’inscrit clairement dans le combat et on retombe dans le dualisme de la pensée féministe.
Vous posez la question du militantisme et de l’engagement et vous avez raison de le faire. C’est une question qui n’est pas simple pour moi, pour deux raisons.
La première, est très terre-à-terre : pour militer, s’engager, faire partie d’une association, il faut avoir du temps, et j’en manque cruellement. Mon emploi, ma famille, mes diverses activités éditoriales, tout cela m’occupe déjà énormément. Sans parler des mille autres projets qui s’agitent sans fin dans ma tête et qui ne verront jamais le jour. Je passe ma vie à renoncer à des projets. M’engager de manière encore plus active dans la dénonciation du modèle féministe qui sévit actuellement m’obligerait inévitablement à faire d’autres sacrifices. Ce n’est pas forcément exclu, mais ce n’est pas simple. Et il faut que le jeu en vaille la chandelle.
La seconde raison qui explique mon manque d’empressement à défendre plus activement mes idées sur la question des souffrances masculines et des dérives du féminisme, c’est que je n’ai pas l’âme d’un militant. Pour militer, il faut avoir des convictions et je suis avant tout un être qui doute. J’aime les questions plus que les réponses, les interrogations plus que les conclusions. Disons que le militant, pour forcer le trait, n’est pas programmé pour réfléchir : il lui est demandé d’obéir aux mots d’ordres du mouvement et faire taire en lui toute velléité de pensée non conforme. J’ai de ce fait toujours eu peur qu’en me mettant à militer pour la cause des hommes ou pour un féminisme éclairé, je finisse par sombrer moi aussi dans les, travers que je dénonce. Pour le moment, ce sont des questionnements auxquels je n’ai pas encore apporté de réponses pleinement satisfaisantes en ce qui me concerne.

Pierre Martin : Plus concrètement encore, j’ai vu que vous étiez en rapports avec Patrick Guillot (puisqu’il a préfacé votre livre), mais êtes-vous également en relations avec, par exemple, Élisabeth Badinter, Marcela Iacub, Peggy Sastre, Natacha Polony (dont j’ai beaucoup aimé l’ouvrage intitulé L’homme est l’avenir de la femme), avec Catherine Marx (auteure de Moralopolis, roman d’anticipation à mon avis remarquable), avec John Goetelen, auteur des essais intitulés La femme est-elle vraiment l’avenir de l’homme ? et Feminista ras-le-bol, avec Vincent Dussol, auteur de La domination féminine, avec Stéphane Clerget, auteur du récent essai intitulé Nos garçons en danger, ou encore avec Élisabeth Lévy, qui a récemment mis le thème de « La terreur féministe » en couverture de son magazine Causeur ? Et si oui, avez-vous envisagé des actions communes avec ces personnes ? Car il me semble qu’en l’état actuel des choses, les initiatives éclairantes comme celle que vous avez prise en écrivant Hommes en souffrance sont le fait d’individus, et restent donc quelque peu « éparpillées », dispersées, isolées, alors qu’elles gagneraient sans doute énormément à être au contraire coordonnées (à cet égard, le site womenagainstfeminism est peut-être une esquisse d’initiative intéressante ? Ou encore les vidéos remarquablement factuelles et pédagogiques de Warren Farrel, auteur de l’essai intitulé The myth of male domination ?). Qu’en pensez-vous ?

Stéphane Beau : Je tiens ici à apporter une précision importante : ma réflexion sur les souffrances masculines n’est pas le fruit d’un vécu douloureux de ma, part. Je n’ai pas de comptes à régler avec des femmes en particulier ou avec les femmes en général. Je n’ai pas de problèmes sur le plan parental. Mon livre est né un peu par hasard, suite à une accumulation de constats, majoritairement professionnels, qui s’est faite de manière quasi inconsciente. Il est plus à appréhender dans une logique de « coup de gueule » que comme un ouvrage prétendument scientifique ou exhaustif sur la question. Je m’étais avant cela très peu intéressé à la question du féminisme et à la guerre des sexes. J’avoue même que mes lectures sur ce thème demeurent encore aujourd’hui toujours minoritaires (tout comme mon essai sur les Hommes en souffrance reste minoritaire, comme genre littéraire, dans ma bibliographie). Mon projet, au départ, n’était d’ailleurs pas tant de dénoncer les travers du féminisme, que de pointer le doigt sur une des multiples zones d’ombre de la pensée contemporaine. Je n’ai ni la prétention, ni l’intention de devenir un théoricien de la souffrance masculine et de la place des hommes dans la société. J’ai plutôt envisagé mon livre dans une optique de témoignage, d’éclairage, sans élaborer d’ambitions plus élevées que cela.
Partant de là, je n’ai pas particulièrement cherché à m’intégrer (concrètement ou symboliquement) dans une forme de communauté de penseurs et de penseuses dont j’ai d’ailleurs la plupart du temps découvert les travaux après coup, travaux qui m’ont rassuré sur le fait que mes constats et mes conclusions n’étaient pas totalement absurdes.
Rassembler un peu tous les fils de ces pensées diverses et éparses, cela pourrait sans doute constituer un bon moyen de dépasser ce dualisme que je récusais plus haut. Pour être pleinement honnête, je dois dire que j’avais d’ailleurs songé à le faire, un moment, en créant une sorte de webzine susceptible de servir de plateforme de réflexion sur cette question du féminisme contemporain. Mais faute de temps et d’énergie, je n’y avais pas donné de suite. J’avais pourtant commencé à rédiger une sorte d’édito que je glisse ci-dessous, pour information :

Difficile d’y voir clair dans les débats portant sur la question de l’égalité – ou des inégalités – entre hommes et les femmes, les positions extrêmes – pour ne pas dire « extrémistes » – ayant enfermé le sujet dans des oppositions qui ne laissent que peu de place à la raison et à la réflexion. Il suffit de se plonger dans la masse de ce qui s’écrit, sur support papier ou sur le net, pour constater que pour l’essentiel la discussion se limite la plupart du temps à des échanges d’insultes, d’invectives et de condamnations réciproques entre les féministes d’une part, et cette nébuleuse que certain(e)s nomment les « masculinistes ».
D’un côté les féministes, refusant généralement toute perspective non parfaitement conforme à leurs principes. De l’autre, ces fameux « masculinistes », dont on nous rebat les oreilles depuis quelques temps, même si on a un peu de mal à savoir qui ils sont et ce qu’ils veulent exactement. D’autant qu’ils sont bien souvent définis « par défaut », en creux, plus par les féministes qui les dénoncent, que par des hommes qui revendiqueraient clairement cette appellation. À tel point qu’aujourd’hui, si l’on en croit certains écrits féministes, tout homme qui estimerait que la condition masculine n’est pas si enviable que cela et qui émettrait un positionnement quelque peu critique à l’égard du féminisme, serait susceptible d’être assimilé à un effroyable « masculiniste », au même titre que d’autres hommes niant ouvertement la réalité des violences faites aux femmes ou estimant que la place de ces dernières est définitivement au foyer.
Nous partons ici du principe que la souffrance n’a pas de sexe, tout comme le mal-être, la perte de repère, le sentiment de ne pas se sentir respecté en tant qu’individu. Il ne s’agira donc pas, dans les pages de ce webzine de nier, de quelque manière que ce soit, les inégalités ressenties et exprimées par qui que ce soit. Nous souhaitons sortir de ce cercle vicieux, entretenu par les féministes et les masculinistes les plus extrêmes qui estiment que le moyen le plus légitime de défendre leur cause consiste à dénigrer celle de leur adversaire. Pas question, donc, ici, de remettre en cause la réalité des violences faites aux femmes ou de minorer la gravité du viol par exemple : nous soutenons tous les combats visant à favoriser les rééquilibrages d’égalité entre les femmes et les hommes.
Certes, ce webzine annonce clairement son souhait de se pencher plus spécifiquement sur la condition masculine. Pas parce qu’elle serait supérieure ou plus importante, mais parce qu’il nous semble qu’aujourd’hui, elle reste le parent pauvre du débat sur les rapports de sexes. Nous pensons même que la réflexion sur la cause des hommes, sur leurs conditions de vie, leurs souffrances, les contradictions dans lesquelles ils peuvent se retrouver piégés, demeure encore quasiment taboue.
L’objectif de ce webzine n’est pas de rajouter de la polémique à la polémique, du manichéisme au manichéisme, mais bien de chercher à mieux comprendre tout ce qui se joue comme enjeux et comme incompréhensions sur la question du rapport homme/femme. Nous privilégierons par conséquent les textes apportant des points de vue argumentés, réfléchis et non militants. Ce qui ne nous empêchera pas de manier l'humour et le second degré de temps en temps !
En espérant que cet espace deviendra au fil du temps un point de rencontre pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent échanger sereinement et sans haine sur la question du rapport entre les hommes et les femmes.
Ce site s'étoffera peu à peu. N'hésitez pas à revenir régulièrement nous voir !

Pierre Martin : Le regard actuellement porté sur les relations hommes/femmes me paraît si désespérant que je crois effectivement nécessaire d’engager concrètement une démarche civique dont le but premier serait tout simplement d’éclairer enfin de manière équilibrée et solide les hommes et les femmes de notre pays sur la réalité de ces relations. D’autant que j’ai l’intime conviction que, si les femmes de notre époque étaient enfin informées sérieusement sur tous ces points, un certain nombre d’entre elles au moins renonceraient à cette agressivité grotesque qui pourrit tant de relations entre un homme et une femme. Comment donner enfin une visibilité publique à ces réalités qui restent scandaleusement méconnues ? La constitution d’un « mouvement » lancé par exemple par vous-même et/ou les personnes que j’ai citées ci-dessus peut-elle être envisagée ? Je ne sais pas, mais je suis en tout cas tout disposé à contribuer d’une manière ou d’une autre, à ma très mince place, à cette prise de conscience collective.

Stéphane Beau : La question a le mérite d’être posée et la proposition est pertinente et tentante. Peut-être cet échange marquera-t-il le début de quelque chose, qui sait. Il suffit parfois d’un simple déclic pour mettre en branle un processus qui se développait tranquillement dans la pénombre et qui n’attendait que cela pour se mettre en mouvement. Dans tous les cas, quel que soit le projet qui pourra naître, ma ligne de conduite restera la même : demeurer dans l’observation, l’analyse, le décorticage des idées et nullement dans la condamnation, le combat ou l’enfermement dans des carcans idéologiques étriqués. Si un discours plus concerté, plus organisé, moins « éparpillé » pour reprendre votre terme doit se constituer il devra se faire en acceptant les principes de base du débat : écoute de l’autre, respect de ses opinions, capacité à remettre ses idées en question et à reconnaître si besoin ses erreurs ou ses approximation, bannissement des insultes et des attaques ad hominen (ou ad feminem !!!). Si quelque chose doit éclore de tout cela, je tiens en effet à ce que ça ressemble plus à un laboratoire qu’à une arène ou à une foire d’empoigne.


Fin de la première partie.
 

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