mardi 15 novembre 2016

APRES NOUS LE DELUGE...


L’extrait qui suit est issu d’Après nous le déluge, le dernier livre de Peter Sloterdijk. Ouvrage touffu, flamboyant, érudit, qui se penche sur la question de la modernité définie comme une « chute en avant perpétuelle » et qui pose la question de la transmission entre les générations.
 
La pensée que Sloterdijk développe dans cet essai pourra sans doute être lue par quelques mauvais esprits comme une défense réactionnaire de la tradition contre la révolution (notamment la Révolution Française qui symbolise selon lui le mieux le « hiatus » entre l’ancien régime et le nouveau monde). Mais son approche est beaucoup plus subtile que cela. La question qu’il nous pose réellement est, selon moi celle-ci : quelle est la réelle marge de manœuvre pour l’individu contemporain pour s’épanouir librement et honnêtement dans un monde perpétuellement tiraillé entre deux forces : celle qui, tournée vers le passé, refuse toute projection vers l’avant et celle qui, tournée vers le futur, aspire à faire table rase du passé et rêve d’une humanité sans racines, capable de se développer « hors sol ».
Un livre à lire en tout cas.
 
« L’attaque contre les différences héréditaires se paie par le déclenchement d’une compétition permanente pour les meilleures places, entre de nouveaux candidats censés disposer de chances égales, course qui produit inévitablement d’innombrables perdants. Cela peut expliquer l’effet paradoxal, sur le plan de la psychologie sociale, que les sociétés modernes, tout en jouissant d’une richesse sans précédent, d’une redistribution massive et d’une espérance de vie en forte expansion, doivent lutter contre l’assombrissement chronique de leur humeur fondamentale. »

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