jeudi 29 décembre 2016

DEMONTAGE OR NOT DEMONTAGE ?


Comment parler de la misandrie aujourd’hui ? La réponse récente d’un éditeur auquel j’avais proposé une version remaniée de plusieurs articles publiés ici, m’amène à me replonger dans mes cogitations sur ce sujet. 

Voici la lettre : 

Cher Monsieur, 

Merci pour ce manuscrit dont nous avons pris connaissance avec intérêt.

Si nous avons été sensibles à la qualité de votre argumentation et à une écriture fluide et plaisante, nous avons regretté le choix que vous avez fait d’aborder ce thème de l’égalité homme/femme par le biais du démontage – certes argumenté – d’un certain nombre d’arguments mis en avant et développés les tenants de cette fameuse « domination masculine ». En effet, sur un sujet aussi important et passionnant que celui-ci, il nous a semblé que c’était un peu – pardonnez-nous l’expression, nous n’y mettons aucune connotation désagréable – aborder le sujet « par le petit bout de la lorgnette » : en réalité, ces mêmes débatteurs peuvent bien tenir des propos que l’on estime tendancieux ou déformer la réalité ou des sources caviardées à dessein, voire se montrer manipulateurs, finalement est-il plus important de montrer l’inanité ou la malhonnêteté de ces arguments, ou de démontrer positivement l’équilibre existant ou de caractériser le déséquilibre (s’il y a déséquilibre), avec les réflexions qui vont avec pour améliorer les choses ?

Vous le comprenez, nous aurions préféré que vous abordiez le sujet par ce biais de démonstration positive, plutôt que par une démonstration par la réfutation d’arguments que vous rejetez et qui tend à donner davantage de visibilité à la polémique qu’au fond du sujet.

De ce fait, nous n’avons pas trouvé dans votre ouvrage certains éléments d’adhésion qui sont pour nous nécessaires lorsque nous décidons de nous engager, au côté d’un auteur, dans la promotion d’un titre.

Cet avis bien sûr n’engage que nous, et nous nous permettons de vous souhaiter de trouver un éditeur chez qui votre texte sera mieux servi et mis en valeur que chez nous. 

Bien cordialement. 

Il ne s’agit pas ici, pour moi, de discuter le choix de l’éditeur que je respecte totalement. Je me permets seulement de mettre à profit ses propos, caractéristiques d’une forme de « vérité ambiante », pour approfondir ma réflexion. 

Le reproche de l’éditeur est clair : dans mon manuscrit, j’ai préféré « le biais du démontage » au « biais de la démonstration positive ». Et il se demande si mon approche ne prend pas, dès le départ, appui sur un mauvais point de vue : celui du « petit bout de la lorgnette ». 

Notons au passage que cette expression est intéressante car elle laisse sous-entendre que cette lorgnette de « l’égalité homme/femme » possèderait deux bouts : le petit, négatif, celui du « démontage » et le grand, celui de la « démonstration positive ». 

Pourquoi pas. Sur le fond, j’approuve plutôt cette analyse : bien sûr que le positif vaut mieux que le négatif, la construction que le démontage… Mais concrètement, comment faisons-nous pour dépasser ce joli postulat ? Comment élaborer une pensée positive sans déconstruire au préalable les stéréotypes qui rendent cette élaboration problématique ? Ce constat s’impose d’ailleurs dans les mêmes termes aux féministes qui, depuis des lustres, pratiquent le « démontage » de la « domination masculine » sans aucun scrupule et sans que l’on songe d’ailleurs à le leur reprocher. De la dénonciation de l’hégémonie des hommes et des violences qu’ils commettent, à la déconstruction des stéréotypes favorables aux mâles, des inégalités entretenues par ceux-ci, en passant par la mise en accusation du « masculinisme », tout le discours féministe repose lui aussi sur un principe généralisé de « démontage ». Mais qui le dénonce ? Personne. Au contraire, on féliciterait même plutôt les féministes pour avoir su élever le « démontage » au statut de « démonstration positive » et d’avoir su imposer le combat au débat. 

Autrement dit, lorsque les féministes dénoncent les stéréotypes masculins, c'est du « démontage positif », mais lorsqu’on prétend attirer l’attention sur les stéréotypes générés ou entretenus par le féminisme, on tombe dans le « démontage négatif » ? Mais pourquoi ce qui vaut pour les uns ne vaut pas pour les autres ? Comment expliquer cette contradiction sinon comme la preuve que la pensée féministe et misandre est devenue aujourd’hui tellement dominante que, petit bout de la lorgnette ou non, on ne parvient presque plus à en percevoir l’emprise ? Et comment peut-on lutter contre cette pensée dominante si le simple fait de mettre en pleine lumière ses incohérences les plus criantes est aussitôt rabaissé au rang de « démontage non constructif » ? That is the question, comme disait l’autre… 

*
 
J’aimerais bien ne plus avoir à être dans le « démontage » mais m’en laisse-t-on vraiment le choix aujourd’hui ? Pas un jour ou presque sans que l’actualité ne témoigne d’un nouvel assaut anti-homme. Vous ne me croyez pas, peut-être et je ne vous en veux pas car on vous a appris à ne même plus les remarquer. Même quand on vous les pose sous le nez, vous ne les voyez pas. Vous voulez des exemples ? D’accord en voici deux, tirés de l’actualité récente. 

Le premier provient d’un tract d’Alternative Libertaire sur lequel je suis tombé par hasard l’autre jour dans la rue. Le titre, « Battue, humiliée, violée, la peur va changer de camp », précède une invitation à manifester contre « les violences masculines ». L’argumentaire de cette manifestation (non mixte, bien entendu) : « Toutes les femmes ont le droit d’exister sans avoir peur, quel que soit leur couleur de peau, leur orientation sexuelle ou leurs vêtements. Face aux violences masculines, pas de concessions ! Solidarité entre toutes les femmes ». 

Rien ne vous choque là-dedans ? C’est possible. La banalisation de l’équation « violence = masculin » est telle que plus grand monde ne s’en offusque. L’idée d’une fracture opposant les hommes et les femmes en deux « camps » ne vous dérange pas non plus ? Moi si. Sans doute parce que je persiste à croire qu’un monde où les hommes et les femmes pourraient avoir des rapports pacifiés et respectueux est encore possible. Quant à cette menace « la peur va changer de camp », comment doit-on l’entendre ? Est-ce que, du simple fait d’être moi-même un homme, blanc et hétérosexuel, je dois commencer à avoir peur ? Et de quoi ? De qui ? Des femmes, solidaires entre elles, qui appartiennent forcément à un autre camp que le mien ?… Tous les féministes dignes de ce nom devraient s’élever contre cette idée d’une peur qui doit changer de camp. Non : la peur doit disparaître. C’est le seul moyen justement pour qu’il n’y ait plus de « camps » qui s’opposent. Prétendre transférer la peur dans l’autre camp, c’est désirer le maintien de la fracture entre hommes et femmes et la persistance de la violence. Violence condamnée quand elle provient des hommes et potentiellement légitime quand elle est féminine. Est-ce cela que veut le féminisme ?  

Second exemple tiré du « Cinquième plan de lutte contre toutes les violences faites aux femmes » où l’on peut lire cette magnifique petite phrase : « Un mari violent n’est pas un bon père ». Là encore, je suis sûr que pour beaucoup de lecteurs, conditionnés par le discours ambiant sur les violences conjugales, cette sentence sonne dorénavant comme une évidence. Et pourtant ces quelques mots, quand on prend le temps de les décortiquer un peu, en disent long sur la misandrie contemporaine. 

Les violences conjugales sont multiples, complexes, j’ai eu des dizaines et des dizaines de fois l’occasion de le constater en tant qu’assistant social. J’ai été confronté à quasiment tous les cas de figures : des maris effectivement violents au sens où les associations de type Solidarité femmes l’entendent habituellement : avec emprise durable, escalade de la violence, volonté de d’écraser l’autre, etc. Mais ces situations sont loin d’être majoritaires. Dans la plupart des cas, la violence est systémique et il est généralement très compliqué de déterminer qui est le plus violent avec l’autre et à qui profite cette violence (la plupart du temps à personne). Certes, les armes utilisées sont différentes : on a souvent tendance à les schématiser en prêtant aux femmes les violences psychologiques et aux hommes les violences physiques, ce qui qui est peut-être exact statistiquement, mais plus discutable dans la réalité des faits ,car le passage de l’une à l’autre de ces violences se fait souvent assez facilement dans les deux sexes. Dans la majorité des cas, parler de « mari violent » ne veut rien dire puisque c’est tout le système qui est violent. Et c’est à ce système violent que les enfants sont confrontés. Je suis parfaitement d’accord pour dire que ces enfants sont des victimes collatérales de ces « violences conjugales ». Mais pourquoi ne devrait-on retenir comme étant dangereuses que les violences commises par les hommes ? Qu’est-ce que cela signifie ? Que si un homme et une femme se distribuent des paires de gifles devant leurs enfants, seules celles données par l’homme seront considérées comme étant suffisamment graves pour questionner sa fonction parentale ? 

Car la femme, elle, bien sûr, ne peut pas être violente (n’oublions pas que la majorité des plaintes pour violences sur enfants adressées aux organismes de veille à l’enfance en danger mettent en cause des femmes) ? Est-ce qu’une femme violente peut être une bonne mère ? Le « Cinquième plan de lutte contre toutes les violences faites aux femmes » ne le précise pas. C’est dommage, mais c’est logique, car cette partie du plan n’a au fond qu’un seul objectif : délégitimer toujours plus l’homme en tant que père et fournir aux femmes les moyens de les écarter de leurs enfants. 

*
 
On peut fermer les yeux sur ces avertissements, faire comme s’ils n’étaient pas graves, mais à force de se multiplier, ils finiront, j’en suis convaincu, par générer des dégâts irréversibles. On commence déjà à en percevoir les premiers tremblements avec « l’affaire » Jacqueline Sauvage qui, sans que personne ne s’en offusque, tend à valider le fait que le meurtre d’un homme peut devenir légitime dans un cadre de violences conjugales. 

Et nous n’en sommes qu’au début…

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