lundi 25 août 2014

UN ECRIVAIN LOCAL...

Presse Océan, cet été, met un écrivain local à l'honneur tous les lundis. C'était mon tour le 21 août.
 
Merci à Bertrand Lanoé pour cet article.
 

samedi 23 août 2014

L'ATLANTIDE, FESTIVAL ENGLOUTI DES LITTERATURE...

Sur la page Lettres et Ecrits du site des éditions du Petit Véhicule, on peut lire un bref article que j'ai consacré, il y a quelques semaines, au festival du livre nantais : Atlantide.
J'y cogne assez dur, mais contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, je n'ai quasiment eu que des retours positifs, aussi bien des auteurs, éditeurs, visiteurs que de certains politiques pourtant proches de la municipalité actuelle.
Comme quoi...
C'est ICI pour une lecture directe.

mercredi 20 août 2014

LA CHASSE AU SORCIERES EST OUVERTE...

Scène de chasse aux sorcières
Mon livre sur les Hommes en souffrance a généré pas mal de retours positifs. Plus que prévus, même, moi qui m’attendais à ne recevoir qu'une volée de bois vert. Et j’en suis heureux. J’ai reçu aussi des avis plus critiques, certes, mais argumentés, et intelligents comme on a pu en lire à plusieurs reprises dans les divers commentaires postés sur ce blog. J’ai à chaque fois essayé de répondre honnêtement aux remarques qui m’étaient faites
 
Bien entendu, mon bouquin a aussi été visé par des condamnations plus clairement négatives. On peut en trouver des exemples ICI ou LA. Je vous invite à les lire attentivement car la violence des propos est assez édifiante.
 
Toutefois, et contrairement à ce que pensent sans doute ces virulents internautes, leurs remarques ne me laissent pas indifférent, loin de là. Comme je l’ai déjà expliqué ici à de multiples reprises, pour moi la question des rapports hommes/femmes doit avant tout être un sujet de débat, pas un sujet de combat, et il est toujours désagréable de voir sa pensée ainsi déformée.
 
Ce qui me frappe, avant tout, dans ces réactions épidermiques, c’est l’absence totale d’argumentation qui les caractérise. Comme je l’ai dit, en réponse au commentaire posté sur Terri(s)toires, je peux me tromper, je peux avoir tort, mais de ces erreurs on peut toujours discuter. Sauf que là, selon toute évidence, ce n’est pas l’objectif de ces personnes qui se contentent d’exprimer leurs émotions mais qui ensuite font tout pour éviter le dialogue. Plusieurs d’entre elles avouent d'ailleurs franchement ne pas avoir lu mon livre (ni même les extraits proposés). Ce qui ne les empêche pas d’émettre des jugements définitifs à mon égard (« pauvre mascu », « fatras de bêtises »...) voire de m’attribuer des opinions qui ne sont pas les miennes : « un pauvre mascu qui déplore que les vilaines bonne-femmes sachent ce qu'il faut dire quand elles sont victime de violence pour être aidées. Sans déconner ? Et ceci serait un horrible complot fémino-nazi naturellement, pas du tout le résultat de la libération de parole des femmes et l'impact de plusieurs années de campagnes de prévention contre les violences conjugale... Ce serait trop impensable que lafâme cet être vil et sournois ai réellement compris qu'elle avait des droits, c'est forcément des féministes qui lui ont monté la tête dans l'unique de faire souffrir lôme le pauvre. » (1) C’est sûr qu’il est plus facile de me reprocher ce que je n’ai pas dit, plutôt que de s’intéresser vraiment à ce que je défends...
 
Mon livre serait donc horrible, ferait vomir, voire même « saigner des yeux » (bigre !). Admettons... Mais une fois que cela est dit, où sont les pistes de débats possibles ? je suis toujours épaté par ce sentiment de certitude et de toute puissance qui anime nombre de défenseurs du féminisme. Comme si leurs convictions allaient tellement de soi qu’elles ne nécessitent plus d’explications. Bien sûr que mon livre est polémique, voire même pamphlétaire par certains aspects. Bien sûr qu’il a été écrit pour faire réagir, pour interloquer, interroger, faire réfléchir, échanger... Sans doute ai-je forcé un peu trop le trait de temps en temps. Mais comment dialoguer avec des personnes qui se situent d’office dans le registre de la condamnation ? Comment échanger avec des individus qui, sans me connaître, estiment qu’ils ont, en toute impunité, le droit de m’insulter, de me calomnier ?
 
C’est d’autant plus dommage qu’il y a parfois des remarques intéressantes dans les propos tenus. Notamment cette question : « C'est lassant de toujours ramener les luttes féministes aux souffrances masculines par des personnes qui s'en servent pour nous tirer dans les pattes ». Ou cette remarque : « je trouve grave qu'un travailleur social avec telle expérience se pose en dénonciateur d'une misandrie sommes toutes bien insignifiante si on la compare avec la misogynie ».
 
La première phrase pose ainsi le doigt sur un point qui me questionne depuis pas mal de temps. Comment éviter en effet de ne pas retomber toujours, sur ce sujet, dans une opposition stérile entre hommes et femmes, féministes et masculinistes, misogynie et misandrie ? Je suis d’accord avec cette internaute pour dire qu'Hommes en souffrance est imparfait sur ce point. Je ne rédigerais plus ce texte de la même manière aujourd’hui je crois. Il a été écrit en réaction à un constat que je faisais alors que les hommes en souffrance que je recevais dans mon bureau avait parfois du mal à se faire entendre. J'avais eu envie de parler d’eux. Forcément, à de nombreuses reprises, j’ai mis en avant nombre de domaines où il est assez clair que les hommes aussi sont victimes d’injustices, de sexismes ou de stéréotypes qui leurs sont préjudiciables. Forcément, en écrivant cela, j’ai opposé d’une certaine manière la cause des hommes à celle des femmes, laissant penser (admettons) que je ne me souciait pas autant des souffrances, injustices et violences subies par ces dernières, voire que je voulais les nier. Ce qui est bien entendu parfaitement faux. Je n’ai jamais eu l’intention de comparer ou d’opposer les réalités vécues par les hommes et celles vécues par les femmes. J’ai juste voulu rappeler que les deux existaient et qu’il serait embêtant d’en oublier la moitié en route. Il faut pouvoir sortir de cette opposition et promouvoir l’idée que l’on peut en même temps défendre la cause des hommes et celle des femmes. C'est en tout cas dans cette logique que je me situe.
 
Je souhaite également réagir à la remarque disant qu’il est « grave qu'un travailleur social avec telle expérience se pose en dénonciateur d'une misandrie sommes toutes bien insignifiante si on la compare avec la misogynie ». Ce n’est pas la première fois que l’on remet ainsi en cause, d’une certaine manière, ma posture professionnelle, comme si le fait de m’intéresser à la misandrie avait une quelconque influence sur mes capacités à accueillir et à aider toutes les personnes en difficultés, notamment les femmes. D’ailleurs j’aimerais bien que l’on m'explique en quoi le fait de s’intéresser à la misandrie serait « grave ». En tant qu’assistant social, je suis censé me préoccuper de toutes les difficultés, de toutes les souffrances et éventuellement de dresser des constats, des diagnostics sociaux et de faire des propositions sur les améliorations à apporter. Je constate, dans le domaine où je travaille que la condition spécifique des hommes est assez peu posée, alors que plein d’autres le sont : celles des femmes, des enfants, des roumains, des SDF, des bénéficiaires du RSA, des chômeurs longue durée, des personnes handicapées... Il n’y a donc rien de « grave » dans le fait de s'intéresser aux hommes et à leurs souffrances. Ce qui serait grave, ce serait de ne pas le faire justement, de constater des choses et de les taire. Cela ne retire rien à la réalité et au caractère inacceptable des souffrances féminines.
 
Ce qui est amusant, toutefois, c’est de constater que c’est la même internaute qui, peu de temps avant était lasse « de toujours ramener les luttes féministes aux souffrances masculines » qui trouve d’un seul coup normal de comparer la misandrie (qualifiée d’insignifiante sans autres formes de procès) et la misogynie. Il ne s’agit justement pas de comparer, mais de prendre acte des deux. La misogynie n’autorise ni n’excuse la misandrie, et réciproquement. Il faut les combattre conjointement, c’est ce que je m’efforce de faire. 
 
(1) J’ai conservé la formulation exacte de l’auteur.

INSTANTS NOMADES A NOIRMOUTIER...

Agréable matinée de signature, le samedi 17 août sur l'île de Noirmoutier, en compagnie de Sylvie Hussenot et Catherine Matausch, dans le très joli cadre de la librairie Trait d'Union (au nom particulièrement bien trouvé tant on sent que leur amour des livres est indissociablement lié à leur goût du partage).
 
Pas mal de ventes, mais surtout de belles rencontres, dans une ambiance amicale et familiale. Outre le fait que j'ai eu l'heur de pouvoir faire plus ample connaissance avec mes deux voisines de table, j'ai eu le plaisir de retrouver là-bas Denis Grozdanovitch. Ce dernier était venu faire une signature lui aussi juste avant nous. Nous avons pu échanger nos derniers livres et causer tranquillement du hasard, de Jules de Gaultier, des chats et des souris, de Powys... J'ai aussi pu discuter quelques instants avec Olivier Delettre, une des têtes pensantes des cahiers Cadou aux éditions du petit Véhicule, qui a eu la gentillesse de venir nous faire un petit coucou.
 
Quelques échos de cette signature (de son annonce plus exactement) dans Ouest France et sur le blog Noirmoutier, les humeurs de l'île.

mardi 19 août 2014

MANIFESTE DU PARTI INDIVIDUALISTE...

Les éditions du Petit Véhicule continuent d'alimenter leur nouveau blog.

A la page Lettres et Écrits, on peut dorénavant lire (ou relire) un vieux texte de moi, publié une première fois dans le n°5 du Grognard et repris dans l'Almanach su saumon poétique littéraire et fraternel 2014.

Ce texte, intitulé "Manifeste du Parti Individualiste" se trouve ICI.

dimanche 17 août 2014

THEORIE DU GENRE ET TRAVAIL SOCIAL (2/2)

Théorie du genre et travail social :
un mariage pas toujours heureux...
(partie 2 sur 2)

Et quand les normes se télescopent ?

Cela est très net au niveau du travail social où les personnes qui viennent nous voir ont de plus en plus de mal à s’y retrouver dans le monde qui les entoure. D’autant plus de mal que les travailleurs sociaux qui étaient jusque-là, comme nous l’avons vu plus haut, plutôt habitués à servir, si l’on veut, de sas de décompression entre les normes sociales et les particularités individuelles, se retrouvent eux-mêmes en situation délicate. Majoritairement hétérosexuels et de sexe féminin, plutôt traditionnels dans leurs manières de vivre et de penser la conjugalité, la parentalité, voire la sexualité, ils ont assez spontanément tendance à poser un regard sévère sur les familles quelque peu « atypiques », où les places et les rôles sont confus et où la sexualité se vit parfois de manière problématique et inadaptée.

Même si le public reçu par les travailleurs est multiple et varié, il n’empêche que les familles déstructurées et en recherche de repères ne manquent pas. Pas une semaine ne s’écoule sans que nous soyons amenés à accueillir des personnes qui ont connu des fractures de vie importantes, des placements durant l’enfance, des divorces, des recompositions familiales problématiques, des violences intra-familiales, des abus sexuels... Le principal problème de toutes ces familles-là réside justement dans le fait qu’elles ne savent déjà pas – ou plus – très bien ce qu’est une famille typique, alors, leur demander d’assimiler des modèles atypiques est non seulement inapproprié, mais même potentiellement déstructurant. Ainsi, certaines mères que nous recevons n’ont quasiment aucune idée de ce qu’est une attitude « maternante » ; certains père, de la même manière, n’ont aucune représentation de ce que veut dire être « père ». Venir leur expliquer aujourd’hui que, finalement, ce n’est pas grave parce que cela ne veut rien dire de précis, qu’un père peut être mère, qu’une mère peut être père ou que deux pères peuvent être père et mère ne leur sera d’aucune aide, bien au contraire. Cela ne peut rajouter que de la confusion à leur confusion.

D’autant que la société n’évolue jamais de manière linéaire, mais toujours par pans bien distincts, ce qui explique que les normes anciennes et nouvelles se télescopent  souvent. Par exemple, on voit bien que les discours que l’on renvoie aux femmes, depuis quelques temps, sur le fait qu’elles doivent s’émanciper, accéder à l’emploi, au pouvoir, à la représentation politique, même s’ils sont logiques et louables sur le fond, peuvent s’avérer être maltraitants dans les faits, car venant se heurter à des discours inverses, toujours en vigueur eux aussi. C’est ainsi que parmi les familles que nous accueillons dans les centres médico-sociaux, la volonté de certaines jeunes mamans de retrouver rapidement une place dans le monde du travail, parfois aux dépens de leur fonction « maternante » et du lien « mère/enfant » qu’elles négligent de tisser, peut-être jugée sévèrement. Alors qu’en même temps, certains dispositifs tels que le RSA vont plutôt transmettre l’injonction inverse : à savoir que les femmes doivent demeurer le moins longtemps possible en dehors du marché du travail et que le fait de rester à la maison pour s’occuper des enfants n’est plus une « excuse » recevable. L’idéal restant bien sûr de pouvoir concilier vie professionnelle et vie de famille, grand écart périlleux que même les femmes diplômées et bien insérées ont déjà énormément de mal à réaliser.

Idem pour les hommes auxquels on demande d’être toujours plus souples et réactifs sur le plan de l’emploi, toujours plus présents au sein de leurs familles, toujours plus impliqués dans les tâches ménagères tout en laissant toujours plus de place à leurs conjointes. Ambitions évidemment nobles et légitimes d’un point de vue général mais pas toujours simples à mettre en œuvre pour des personnes déjà en situation de rupture, aussi bien sur le plan socio-professionnel que familial. En sachant que, là encore, notamment sur le plan de l’hygiène et du ménage par exemple, dans un certain nombre de familles où nous intervenons, le problème n’est généralement pas tant de savoir comment on peut mieux répartir ces fameuses tâches ménagères, mais de faire en sorte qu’au moins un des deux conjoints se sente un minimum concerné par le sujet et comprenne qu’un peu de propreté ne nuit pas au bien être !


Le « populaire » serait-il devenu impopulaire !

Si la question du genre, comme nous venons de le constater, n’apparaît pas aussi facilement soluble dans le social qu’on aurait pu le croire au premier abord, c’est aussi parce que, plus insidieusement peut-être, en prenant pour cible majeure le « masculin » et, par ricochet, tout ce qui s’y rattache, elle condamne des façons d’être traditionnelles très ancrées dans la culture populaire. C’est ce second point que je vais développer maintenant.

On peut en effet procéder à une mise en parallèle assez parlante de ce que la société actuelle condamne de plus en plus fermement et de ce qui est constitutif, dans beaucoup d’esprits, d’une forme assez typique, voire « naturelle » de masculinité : goût prononcé pour la violence, la brutalité, la virulence, l’humour graveleux, la sexualité basique, attirance pour les ambiances de stades, les voitures, la bière, la chasse, la pêche... Les stéréotypes ne manquent pas dans ce domaine. Et là encore, la question du genre, loin d’apporter des éclaircissements dans les débats, vient au contraire les complexifier un peu plus. Car au lieu de dessiner des axes de vie clairs, aptes à améliorer le quotidien des usagers des services sociaux, elle s’applique presque uniquement à culpabiliser ces derniers d’être ce qu’ils sont. Ainsi, l’homme qui met en avant sa virilité, sa force, son courage, qui peut encore au moins rattacher sa confiance en soi à cette certitude d’être un « homme » doit faire une croix sur cette identification-là. De la même manière que la femme qui s’efforce de rechercher son équilibre de vie au sein de son foyer, auprès de ses enfants et de son mari, se trouve bientôt elle aussi pointée du doigt comme étant une victime passive et soumise de la domination masculine. Ces mises en questionnement des identités de ces hommes et de ces femmes-là sont sans doute légitimes, mais à ces personnes, qui ont déjà du mal à savoir qui elles sont et auxquelles on ne cesse de répéter ce qu’elles ne doivent pas être, quelles identités leur propose-t-on à la place ?

On voit bien que le discours sociétal est très ambigu, là encore, sur tout ce qui touche la culture populaire, cette culture qu’on aime bien retrouver dans les musées mais rarement dans la vraie vie. Certes, il est de bon ton de s’intéresser aux métiers d’autrefois, de louer le bon vieux temps, de consacrer des expositions ou des études sur les mouvements ouvriers, sur les grèves des mineurs, sur les mobilisation des salariés des chantiers navals. Quand il s’agit de s’attendrir sur des films tels que Bienvenue chez les Ch’tis ou Les Tuche, mettant en scène le brave et gentil bon peuple, un peu lourdaud, mais débordant de « bon sens », tout va bien. Mais quand il faut s’assimiler aux modèles de l’ouvrier, de l’agriculteur, voire même de celui de certains artisans du bâtiment, par exemple, il n’y a plus beaucoup de volontaires. Car ce que ces catégories professionnelles, presque exclusivement masculines, évoquent de plus en plus dans nos esprits, ce sont essentiellement des images d’hommes frustres, parfois bourrus, peu cultivés, au langage rudimentaire et aux idées courtes. Ils renvoient l’image de « gars courageux », certes, qui travaillent dur, qui rentrent chez eux le soir éreintés, mais qui ne s’occupent guère des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. Autrement dit, ce sont de parfaits exemples de ces « mâle dominants » que les féministes traquent aujourd’hui sans relâche un peu partout.

Sauf que ces « mâles dominants », constituent aussi une partie des hommes que nous recevons dans nos bureaux de travailleurs sociaux, ces piètres « mâles dominants » qui, même quand il n’ont rien fait de clairement répréhensible, se retrouvent bien souvent disqualifiés dans tous les domaines. Des hommes qui boivent trop, qui fument trop, qui ne mangent pas cinq fruits et légumes par jour, qui ne font pas de sport, qui aiment les aliment trop gras et trop salés, qui ne sont pas très à l’aise avec le savoir scolaire, qui parlent peu, qui expriment mal leurs émotions. Des hommes discrédités en tant que travailleurs, en tant que pères, en tant que maris... Bref, de vrais exclus qui, dans les années cinquante ou soixante, auraient eu un métier dont ils auraient été fiers, auraient probablement été syndiqués, auraient bu et fumé crânement parce qu’ils étaient des hommes et qu’ils n’en avaient pas honte. Et tous ces exclus-là, on fait comment aujourd’hui pour les « requalifier » ? On leur demande de développer leur côté féminin ? Bien sûr que du point de vue de l’hygiène de vie, de la santé ou de l’égalité des sexes, ces hommes-là sont des modèles discutables. Mais derrière ces modèles, il y a des êtres humains, ne l’oublions pas : de vrais humains, faits de chair et de sang, qui souffrent, qui doutent, qui se cherchent. Et notre devoir, en tant que travailleurs sociaux est bien de les accompagner, pas de les condamner.

Condamnés, d’ailleurs, ils le sont déjà dans presque tous les discours normatifs ambiants. Et plus on les condamne, plus ils vont chercher refuge dans les rangs de ceux qui défendent des idées, des normes ou des valeurs auxquelles ils parviennent encore un peu à s’identifier. Ce n’est pas pour rien que l’on a beaucoup entendu parler de Nicolas Sarkozy dans nos bureaux, il y a quelques années, et que l’on entend aujourd’hui beaucoup parler de Dieudonné, de Marine le Pen, ou de l’Islam. Pourquoi ? Parce que ces leaders ou ces religions laissent encore croire que l’on peut arrêter le temps et qu’il est légitime de rêver de reconstruire un monde « traditionnel » dans lequel tout le monde reprendrait naturellement une place.

Mais attention, il ne faut surtout pas conclure que tous ces gens qui se reconnaissent dans ces discours extrémistes, simplistes et réducteurs, sont forcément racistes, homophobes, misogynes, rétrogrades. Non, dans leur grande majorité ils réagissent à un monde qui les agresse ; ils développent des réflexes de survie, car ils sentent bien que malgré les beaux discours qu’on leur délivre à longueur de journée, il n’y a pas vraiment de place pour eux dans les nouvelles normes et dans les nouveaux cadres qu’on leur propose. Pire : ils perçoivent très bien que ces cadres, bien souvent, n’ont pas été construits pour eux, mais contre eux.

Cette dévalorisation de la figure du travailleur manuel et partant de là de la figure masculine qui en est le représentant principal, est loin d’avoir atteint son point culminant, je le crains. La figure de l’ouvrier n’est déjà plus qu’un vestige folklorique. Celle de l’agriculteur est en grand péril, elle aussi. Seuls les plus gros exploitants, ceux qui sont en mesure de se présenter comme étant des « chefs d’entreprises », peuvent encore espérer tirer leur épingle du jeu. Et encore, pour ce faire, ils doivent cesser de ressembler à des agriculteurs et montrer qu’ils savent eux aussi s’habiller à la mode, pratiquer un sport, aller en boîte de nuit, faire de l’hélicoptère ou du parachutisme, avoir un compte « Facebook » et un intérieur de maison conforme aux normes « Ikea »[1]. Bref, ils doivent ressembler à tout sauf à des agriculteurs. Pour être acceptés, ils doivent se soumette aux canons de cette uniformisation qu’appellent de leurs vœux les idéologues du genre qui s’acharnent à nous faire croire que pour être tous différents, il faudrait que nous soyons tous pareils.

Un nouveau défi pour le travail social ?

Toute pensée émancipatrice, aussi généreuse, humaniste et positive soit-elle, est toujours encline non seulement à uniformiser et à canaliser les manières d’être et de penser, mais aussi, du même coup, à poser de nouvelles frontières normatives entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. La pensée du genre n’échappe pas à cette règle, n’en déplaise à ses ardents zélateurs. C’est pour cette raison que les travailleurs sociaux, toujours soucieux de ne pas se laisser entraîner dans une position exagérément militante doivent faire preuve de prudence sur ce terrain-là.

Présenter la question du genre comme allant de soi est dangereux car, comme je l’ai expliqué ici, elle est porteuse, qu’on le veuille ou non, de nouvelles normes qui, même si elles sont parfaitement légitimes d’un point de vue moral, n’en viennent pas moins heurter de plein fouet des personnes ayant déjà du mal à appréhender les précédentes. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire une croix sur la théorie du genre, bien au contraire : cela signifie seulement que le travail social ne doit pas perdre sa place de médiateur entre les multiples pressions sociales et les parcours individuels.

Les travailleurs sociaux ne sont pas là pour dire aux personnes qu’ils reçoivent ce qu’ils devraient être : ils sont là mais pour les aider à devenir eux-mêmes, ce qui est très différent. Ils ont pour mission de tenir compte de la variété de leurs parcours de vie, d’entendre leurs fêlures intimes, de s’imprégner de leurs richesses individuelles : car chaque « usager » du service social est unique, et c’est cette unicité qui fait que, quels que soient les chaos qu’il a connus, les galères qu’il a traversées, il demeure précieux, respectable et important. D’où le challenge pour les travailleurs sociaux d’aujourd’hui : ne pas se tromper de combat. Ils ne sont pas là pour défendre le genre, mais pour participer à restaurer, comme ils l’ont toujours fait, les liens fragiles qui unissent ces individus uniques et les contraintes sociales dans lesquelles ils se meuvent.

Certes, ce challenge sera difficile à relever car plus l’idéologie dominante est forte, plus elle tend à vouloir s’imposer partout, immédiatement et sans conditions. La question du genre s’est très vite diffusée à tous les niveaux, devenant une priorité dans les « feuilles de routes » de presque toutes les institutions et administrations. Tellement vite qu’elle a oublié derrière elle toute une foule de personnes qui n’ont pas pu suivre le rythme intense de cette marche forcée. À cette heure où les professionnels du social subissent eux aussi la pression de l’idéologie dominante qui les invite à sortir de leur réserve professionnelle pour devenir à leur tour des militants, porte-paroles de la pensée du genre, il faut que les travailleurs sociaux aient le courage de prendre un peu de recul pour sauvegarder leur neutralité intellectuelle. Ce sera difficile, car la machine sociale n’apprécie guère la résistance, d’une manière générale. Mais les travailleurs sociaux ont l’habitude d’être mal compris et de se retrouver ainsi entre le marteau et l’enclume. Je sais qu’ils sauront relever ce nouveau défi.


[1]    L'émission de télé-réalité intitulée L'amour est dans le pré, mettant en scène des agriculteurs en quête d'amour a d'ailleurs beaucoup participé à mettre en évidence cette évolution.

jeudi 14 août 2014

THEORIE DU GENRE ET TRAVAIL SOCIAL (1/2)

Théorie du genre et travail social :
un mariage pas toujours heureux...
(partie 1 sur 2)


Résumé

Le travail social a toujours eu une fonction difficile : celle d’assurer une forme de médiation entre la réalité sociétale et les particularités individuelles. Cette fonction est naturellement requestionnée par la théorie du genre qui vient, ces derniers temps, redistribuer les cartes des normes et des valeurs sociales. et il convient de rester prudent, car derrière la « théorie du genre » se développe aussi une « idéologie du genre » qui risque de pousser les travailleurs sociaux à se soucier de moins en moins de ce que leurs clients sont ou aspirent à être, et à s’attacher de plus en plus à leur expliquer ce qu’ils devraient être. Autrement formulé : est-ce que, paradoxalement, la théorie émancipatrice du genre ne réintroduit-elle pas une forme de directivité moralisante dans le travail social ?

Le travail social, entre contrôle et émancipation... comme toujours !


« Ambiguïté » : si on me demandait de définir le travail social en un seul mot, c’est probablement celui-ci que je choisirais. Ambiguïté, car depuis toujours les travailleurs sociaux sont confrontés à une double injonction paradoxale les invitant d’un côté à aider les plus démunis, les exclus, les accidentés de la vie, les hommes et les femmes en perte de repères ; de l’autre à vérifier que tous ceux-ci ne s’écartent tout de même pas trop des normes morales et légales en vigueur. Ce constat n’a rien de neuf, j’en suis pleinement conscient, et toute une littérature existe déjà sur cet éternel mouvement de balancier entre émancipation et contrôle au sein du travail social. Mais le problème de cette ambiguïté, c’est qu’on peut bien la pointer du doigt autant que l’on veut, la dénoncer, la condamner, elle n’en demeure pas moins vivace et opérante. Cette ambivalence, chaque travailleur social, qu’il le veuille ou non, la ressuscite inévitablement à l’occasion de chaque intervention, chaque plan d’aide, chaque évaluation sociale. Certes, quand j’aide telle personne à faire valoir ses droits à une allocation, telle autre à bénéficier de soins, ou telle autre encore à recouvrer un positionnement parental plus équilibré, je leur rends des services individualisés, adaptés à leurs propres intérêts. Mais pas seulement, car en jouant les garde-fous – au sens propre du terme parfois – et en évitant que ces situations complexes ne se muent en contextes de détresses graves susceptibles d’entraîner des désordres sociaux lourds, je rends aussi – surtout ? – service à la société. Les médias et l’opinion publique ne s’y trompent d’ailleurs pas, toujours prompts à s’enquérir, quand une situation a mal tourné : « mais où était le service social ? »


Cette ambiguïté, inhérente à l’exercice quotidien du travail social, n’empêche généralement pas les travailleurs sociaux, positionnés en médiateurs entre les intérêts des individus et ceux de la société, de faire du bon travail. Mais cette ambiguïté devient beaucoup plus difficile à gérer lorsque, comme c’est le cas en ce début de vingt-et-unième siècle, les cadres idéologiques, moraux, philosophiques et politiques deviennent complexes, confus, voire contradictoires. On s’en rend bien compte, depuis quelques temps, à l’occasion des multiples débats tournant autour des rapports hommes/femmes.
Jusque-là, le travail social reposait globalement sur l’idée que la société était régie par des valeurs normatives précises (valeur travail, gestion en bon père de famille de ses comptes comme de sa vie quotidienne, sens de la famille, de l’effort...) qu’une certaine catégorie de notre public avait du mal à assimiler et à reproduire. D’où les concepts d’exclusion, de disqualification, de désaffiliation et leurs corollaires, les notions d’insertion, de réinsertion, de réadaptation... La fonction du travailleur social était alors double : à la fois atténuer les effets de la violence du social envers celles et ceux qui n’entraient pas parfaitement dans les moules établis ; et en même temps aider ces « exclus » à retrouver des modes d’être et de fonctionner un peu plus compatibles avec les paradigmes sociaux. Mais aujourd’hui, ce sont ces paradigmes qui sont réinterrogés avec tous les débats sur l’égalité des sexes, sur le droit à la différence, sur le mariage pour tous et, d’une manière plus globale, sur la question du genre.

 Le genre : théorie ou idéologie ?


Car qu’on le veuille ou non, cette question du genre vient forcément semer le trouble dans le champ du travail social et cela au moins à deux niveaux. Premièrement parce que cette question vient bousculer les normes supposées fondatrices, autour desquelles l’intervention sociale s’était jusque-là construite. Deuxièmement, parce que le « genre », tel qu’il est défendu aujourd’hui dans les discours politiques et militants est loin d’être neutre sur le plan idéologique et qu’il s’appuie sur une condamnation plus ou moins revendiquée du « masculin » et de tout ce qui s’y rattache. Deux points sur lesquels je vais revenir plus en détails dans le déroulé de cet article. Mais avant cela, je souhaite m’arrêter un instant sur la question du « genre ».
Il me semble important de bien distinguer, en effet, la « théorie du genre » qui, comme toutes les hypothèses intellectuelles et scientifiques est honorable, et l’« idéologie du genre » qui pour sa part, comme toutes les idéologies, doit au contraire être maniée avec la plus grande précaution.


La « théorie du genre » nous rappelle que le social est partout : impossible de parler d’un homme, d’une femme, d’un père, d’une mère, mais aussi d’un patron, d’un salarié, d’un handicapé, d’un retraité, d’un bénéficiaire du RSA ou d’un fonctionnaire, sans faire référence à des marqueurs sociaux forts. Ce n’est d’ailleurs pas, sur le plan sociologique, quelque chose de très nouveau. La seule nouveauté étant l’accent mis cette fois sur la dimension socialement construite des représentations sexuelles. Appréhendée ainsi, la théorie du genre est difficilement contestable et offre même un outil d’analyse et de réflexion pertinent et utile. Le problème, c’est que cette théorie a été en grande partie récupérée par une idéologie fortement influencée par la pensée féministe tendant – même si elle s’en défend – à introduire dans le débat de nouveaux codes moraux et normatifs.


Effectivement, en cessant d’être seulement un sujet d’étude et en devenant un thème politique, le « genre » a changé de forme et de finalité. Abandonnant sa neutralité scientifique, il s’est transformé en modèle normatif divisant la société en deux : ceux qui l’admettent et ceux qui le rejettent, autrement dit : ceux qui sont du côté de la vérité, de l’objectivité et du progrès contre ceux qui s’obstinent à demeurer dans l’erreur, dans le préjugé et dans la réaction. Avouer aujourd’hui que l’on a du mal à se détacher du modèle familial traditionnel – un papa, une maman, des enfants – est devenu malvenu ; se définir comme homme ou comme femme, comme père ou comme mère, est dorénavant presque suspect. Se montrer dubitatif sur le mariage homosexuel ou sur les possibilités multipliées permettant à toutes et à tous d’avoir des enfants hors du classique rapport sexuel entre un homme et une femme, c’est risquer, au mieux, d’être perçu comme un traditionaliste borné, au pire, d’être accusé d’homophobie et de misogynie.
Sauf que dans la réalité, les choses sont toujours moins tranchées et moins manichéennes que cela. Toutes celles et tous ceux que l’on a pu voir défiler dans les rues à l’occasion des manifestations anti-mariage pour tous par exemple, ne sont pas, loin de là, d’affreux réactionnaires hermétiques au changement. Ce sont pour beaucoup des hommes et des femmes qui ont grandi dans un système qui leur a toujours été présenté comme étant bon, logique et adapté à une « vérité naturelle » des choses, qui se sont adaptés à ce système, qui l’ont intégré et qui ont du mal à comprendre pourquoi aujourd’hui, assez brutalement d’ailleurs, on s’efforce de les convaincre que ce qui était droit hier est aujourd’hui courbe, que ce qui était vrai est maintenant faux, que ce qui était bon est devenu mauvais.


(à suivre...)

lundi 11 août 2014

HOMMES EN SOUFFRANCE SUR TERRI(S)TOIRES : 4/4...

Et de quatre... la publication d'extraits de mes Hommes en souffrance sur le site de terri(s)toires est maintenant terminé.
 
Pour lire le dernier volet, c'est ICI.
 
Et pour relire les quatre, c'est LA.
 
Un grand merci à l'équipe de Terri(s)toires, et plus particulièrement à Corentin Vital pour le chaleureux accueil.
 

INSTANTS NOMADES...

Pour faire écho à notre signature prévue samedi 16 août prochain à la librairie Trait d'Union (Noirmoutier), voici un nouveau duo (photo de Catherine Matausch, texte de moi) non retenu dans la version finale de notre livre Instants Nomades (éditions du Petit Véhicule)
 
 
Le bonnet d'âne
C'est un peu
La Légion d'Honneur
De celles
Et ceux
Qui jamais ne sauront
Marcher au pas

mercredi 6 août 2014

SIGNATURE A NOIRMOUTIER...

Catherine Matausch (photographies) et Stéphane Beau (textes) pour le livre Instants Nomades ; et Sylvie Hussenot, pour son livre La Traversée de la hanche seront en dédicaces le samedi 16 août 2014 à Noirmoutier - de 10h00 à 13h00, à la librairie Trait D'union.