vendredi 30 janvier 2015

JE VOUS APPORTE DES MOTS EN FRAUDE...

Un petit mot pour signaler la publication, par les Éditions du Petit Véhicule, du nouveau recueil de poèmes de Philippe Ayraud, Je vous apporte des mots en fraude.

Je vous invite à lire la belle préface de Luc Vidal qui dit tout ce qu'il y a à savoir sur ce délicat petit livre au sein duquel on retrouve, avec plaisir, l'élégance discrète et généreuse de Philippe.

Pour commander ce livre, c'est ICI.

PRÉFACE

« Des mots qui n’auront pas la chance

De pouvoir briser le silence

Sans un direct pour faire l’audience »
Extrait de « Je vous apporte des mots en fraude »

Philippe Ayraud est le poète des maraudes. Car il sait que ses poèmes-chansons sont des navires qui longent les quais des rêves avant l’embarquement vers les champs de bataille, d’où naîtra la clarté d’un certain esprit de justice et de fraternité réelle. « J’aime bien m’enfuir dans le vent du large. » C’est avec sa plume oiseau de l’écriture qu’il dit non et dénonce l’injuste ajustement du monde. Trop lucide pour être dupe de cette comédie humaine soumise au diktat du capital, «au grand bordel démocratique », à la surveillance par caméra et code de carte bancaire interposés à la concupiscence de Big Brother. Qu’opposer à cela sinon la folie, la beauté, la bonté et le cri des mots qui ouvrent le vrai cœur de soi et de l’autre. Il offre la colère de sa voix, ses mots-tempête aux oreilles des laisser pour compte de véritables enfances. Ils ont pour prénoms Celna, Mouna, Leila, Dagan, Hicham, Mohammed, Anri, Bafodé, Karim, Salim, Abdel et Kemal et d’autres. Et chacun d’entre nous se prénomme ainsi. Le cri sublime des libertaires est un cri de haute poésie quand Philippe chante à pleins poumons sa protest song, quand il peint en noir ses rêves cosmopolites de lucidité, « de ce noir couleur de la vie » à la manière d’un Jack London. « Tes poings rêvent de grand large ». Ses mots ne sont jamais en grève par nature et par obligation. Ses maîtres, je veux dire ses compagnons de route lui font l’accolade intime. Tels Camus avec sa révolte étoilée, Blaise Cendrars avec l’or de ses mots, Jean Ferrat avec le Potemkine arrivé à bon port, enfin, Léo Ferré avec les chants de la fureur, Leonard Cohen avec le secret du chant profond, avec Bob Dylan dans le vent d’une chambre d’amour. L’écriture de Philippe tient de la complainte. Un poète comme Robert Desnos en usa merveilleusement comme des chants de révolte (No Pasaran) auxquels Philippe s’identifie sans effort. Cela lui est naturel. Ses mots de contrebande volontaire plongent leur racine dans la Grande Histoire, la vie quotidienne et la solitude irremplaçable du poète. Chacun de ses textes en offre une subtile alliance de révolte, de rêve et d’utopie bienfaisante. Je veux parler de la solitude des bords de mer, de la solitude de l’hiver ou d’une ville de province que son cœur sait accrocher aux feux de la nuit. Et puis cet avant dernier poème qui ferme presque le livre : « il est des gens si beaux » que je trouve très doux, comme une ritournelle. La vérité est une denrée de fraude qui se mérite et se mesure dans les blessures du cœur.

Luc Vidal 

mardi 27 janvier 2015

LE GROGNARD EN ITALIE...

Agréable surprise, hier, de découvrir cet article, tiré d'une petite revue italienne parue en 2011, faire gentiment référence à notre feu Grognard...

(Si quelqu'un a envie de se lancer dans une traduction de cet article, il est le bienvenu !)



dimanche 25 janvier 2015

PROLOPHOBIE, SUITE...

Cette idée de « prolophobie » exposée par Zemmour dans son Suicide français (cf. ma note précédente) constitue peut-être un des points les plus intéressants de son livre, à mes yeux. Mais comme tous les regards critiques se sont portés de façon moutonnière sur ses propos sur l'immigration ou sur la dévirilisation de l’Occident, ce point n'a guère été analysé il me semble. C'est dommage, car Zemmour a mis là le doigt sur quelque chose d'important.

Prenant l'exemple de Dupond Lajoie, le film d'Yves Boisset, d’Hexagone, chanson de Renaud, des Beaufs de Cabu ou du « Gérarrrrd » de Coluche, Zemmour explique : « Pour la première fois dans les années 1970, les jeunes révoltés ne s'en prennent pas seulement aux classes supérieures – aristocratie, bourgeoisie – mais aussi aux classes populaires ». Un peu plus loin, il poursuit : « La "classe ouvrière" devient dans l'imaginaire un ramassis de beaufs franchouillards, alcooliques, racistes, machos. La lie de l'humanité. »

Aujourd'hui, plus personne n'est fier d'être ouvrier, d'être du « peuple », d'être un petit, d'être un prolo. Bien au contraire, tout ceci est honteux. Il faut masquer son origine, péter plus haut que son cul, faire comme si on était des bobos comme les autres. Mais à quel prix ? Quand on cesse d'être fier de ce qu'on est, on devient honteux, aigri.

Quand j'étais gamin, l'immigré qui arrivait en France pouvait sans trop de peine, s'il bossait bien, s'intégrer dans la grande famille ouvrière. Il pouvait en reprendre les modes, les codes, s'identifier à elle. Il pouvait voter communiste, se syndiquer, aller au bistrot avec les copains. Il cessait d'être arabe ou polonais ou africain. Il était un travailleur, comme les autres. Et même quand il se retrouvait au chômage, il gardait son identité d'homme du peuple.

Mais maintenant, tout ceci est terminé. L'homme du peuple n'est plus un modèle, c'est un repoussoir, un épouvantail. Il est chargé de toutes les tares. Rendez-vous compte : c’est un homme, il est blanc, et il est franchouillard. Autrement dit, par son machisme naturel il est plutôt l’ennemi des femmes, par son racisme latent il est instinctivement hostile à tout métissage, et ses vils goûts de gros con aimant le foot, les bistrots, le PMU la chasse ou la pêche, le rendent définitivement hermétique aux charmes des cultures étrangères.

Pourquoi voudriez-vous que le fils d'immigré, aujourd'hui, à qui on a expliqué depuis son enfance que les français qu’il côtoie au quotidien sont des merdes vulgaires, des bons à rien, sans culture, sans talent, sans valeur, ait envie de se revendiquer français ? Qu’il soit heureux d’appartenir à ce peuple ? Bien sûr qu'il doit aller chercher son identité ailleurs. Et il la trouve dans l'islamisme radical, dans la délinquance, dans le communautarisme. La France ? Il s'en fout. Mais pourquoi en serait-il autrement ? Les français de souche eux même s'en foutent de la France. On leur a appris à en avoir honte. D'ailleurs, regardez dans les banlieues, il y a bien longtemps que ce ne sont plus les étrangers qui tentent de ressembler aux autochtones, mais les français qui font tout pour ressembler aux populations blacks et maghrébines. Ecoutez parler les petits blancs de ces quartiers. Ils ont un accent, des intonations : on dirait qu'ils débarquent tout juste du Maroc ou d'Algérie. Ils rêvent de devenir musulmans et leurs sœurs n'ont rien contre l'idée de revêtir la burqa... Pas terrible me direz-vous. Mais quel autre modèle identitaire leur a-t-on offert ? Aucun.

Alors on peut pleurer, écouter la gauche se lamenter et en appeler au sursaut républicain. Mais si cette gauche n'avait pas abandonné le peuple, si elle n'avait pas laissé choir le prolo, abandonné en route l'ouvrier, foulé au pied la culture populaire qui le caractérisait, peut-être n'en serions-nous pas là.


Ils peuvent bien nous en vendre à tour de bras du sursaut républicain, nos socialistes de pacotille, ils peuvent bien former autant qu'ils voudront les professeurs aux notions de laïcité, de respect d’autrui, de fraternité, d’ouverture, cela ne changera rien.

Le problème est ailleurs.

mercredi 21 janvier 2015

PROLOPHOBIE ET HOMOPHOBIE...



Pioché dans Le Suicide français, cette phrase d’Eric Zemmour, qui n’est pas sans faire écho à un sentiment que j’exposais dans un article intitulé « Théorie du genre et travail social », posté sur ce site, en août 2014, en deux partie (1 & 2)

« Le mépris de classe et la "prolophobie" affleurent sans cesse dans le combat des bien-pensants contre la prétendue "homophobie". »

Je reviendrai sans doute plus en détail sur le livre de Zemmour prochainement, car c'est un livre qui interpelle (comme on disait à une époque), et qui ne peut en aucun cas être loué ou rejeté en bloc. Mais qui devrait inciter au débat et non générer des condamnations de principe comme cela a été le cas la plupart du temps (ce qui ne l'a pas empêché de se hisser au rang de best-seller...).

dimanche 18 janvier 2015

HOUELLEBECQ VS HUYSMANS...

Globalement, j’ai l’impression que les critiques n’ont pas vraiment pris au sérieux la référence à Joris-Karl Huysmans dans Soumission, le dernier roman de Houellebecq. Certains n’y ont vu qu’un ornement de fond plutôt contingent, d’autres un nouvel exemple de cette propension qu’a l’auteur à piller Wikipédia. La plupart mettant l’accent sur la dimension vaguement dystopique du récit et l’utilisation provocatrice de la question islamique. Je reste pour ma part persuadé que l’on se trompe en inversant ainsi les choses.

Soumission, en effet, c’est un peu le En Route de Houellebecq, c’est-à-dire un livre charnière. Pour Huysmans, les données du problème avaient clairement été posées par Barbey d’Aurevilly qui, après A Rebours, avait prédit au père de Des Esseintes qu’il lui faudrait bientôt choisir entre « la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix ». Pour François, le héros de Houellebecq, le dilemme est quasiment le même, sauf que pour la seconde option le croissant islamique a remplacé la croix du Christ.

Pourquoi l’islam ? Parce qu’aux yeux du personnage de Houellebecq, c’est sans doute la seule religion qui est à l’heure actuelle en mesure de lui proposer un avenir serein, détaché du poids de la triste réalité quotidienne. Auparavant, il a bien essayé d’aller s’enfermer à Ligugé, comme l’avait fait avant lui Huysmans (et Durtal, son double littéraire). Mais l’étincelle n’a pas été au rendez-vous. Le christianisme n’est pas fait pour lui. Rien d’étonnant à cela, d’ailleurs, car honnêtement, il suffit d’ouvrir les yeux : plus personne ne songe à devenir chrétien aujourd’hui. Les églises se vident, les curés se font rares dans nos campagnes et doivent bien souvent être « importés ». Seul l’islam reste capable de provoquer des vagues de conversions, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. On en pense ce que l’on veut, mais c’est ainsi. Et sur ce plan, Houellebecq est logique : bien sûr qu’un quidam qui, en 2015, ressent le besoin de se plonger dans la foi, de se noyer dans la croyance, songe forcément, à un moment ou à un autre, à l’islam.

Joris-Karl Huysmans
Seulement, Houellebecq n’est pas Huysmans. Il manque au premier la puissance stylistique et la curiosité intellectuelle qui fondent toute la puissance évocatrice du second. Certes, Houellebecq tente à quelques occasions de pasticher son illustre prédécesseur, notamment dans un passage où il décrit minutieusement une vierge noire, mais l’effet, trop téléphoné, tombe à plat. De plus, au-delà des questions purement formelles, on ne peut que reconnaître qu’on ne retrouve pas cette idée de soumission chez Huysmans qui, même s’il se convertit au catholicisme n’en garde pas moins sa liberté de pensée. C’est pour lui l’aboutissement d’un parcours personnel, élitiste presque, qui lui permet de prendre ses distances avec les trivialités du monde moderne. Il y a une dimension d’élévation chez Huysmans qu’on recherche en vain chez Houellebecq qui, lui, nous dépeint un héros sans envies, usé et n’aspirant qu’à une chose : se laisser porter par le courant. Huysmans s’il s’était converti à l’islam nous aurait fait redécouvrir des poètes arabes du 5ème ou 6ème siècle, il nous aurait tout dit sur la symbolique du Coran, sur l’architecture des mosquées…

Certes chez Huysmans comme chez Houellebecq on retrouve cette interrogation sur la bassesse des besoins primaires de l’homme : manger, boire, baiser…, mais pour Huysmans, ces besoins ne sont pas des finalités, juste des fatalités, autrement dit, des obstacles à dépasser pour pouvoir jouir plus intellectuellement, plus esthétiquement de la vie et du monde. Pour Houellebecq, le projet est plus ambigu. A la fin de Soumission, François cède. Il se convertit à l’islam, non pas pour des raisons mystiques, intellectuelles ou esthétiques, mais uniquement parce qu’il pourra manger boire et baiser tranquillement, grâce aux bons et loyaux services de ses trois épouses. Les plaisirs du corps au prix du sacrifice de la pensée, de l’intelligence, de la dignité et de la liberté. Alors que Huysmans nous tire vers le haut, vers la rareté, la beauté, la grandeur, Houellebecq nous invite à regarder vers le bas, vers la facilité, la vulgarité, la laideur… Sacrée (c’est le cas de le dire) différence, non ?

jeudi 15 janvier 2015

A L'ENTERREMENT DE L’ATHÉISME...

Emile Combes
« La France ce n’est pas Michel Houellebecq » déclarait Manuel Valls, quelques heures après la tuerie de Charlie Hebdo. La phrase était malvenue, déjà, dans des circonstances où Houellebecq venait de perdre un ami proche dans la personne de Bernard Maris ; elle était en outre idiote car l’auteur des Particules élémentaires est sans aucun doute plus proche de l’esprit Charlie que notre réfrigérant premier ministre ; elle était inquiétante enfin, dans la bouche d’un homme qui ne cesse de nous répéter, depuis quelques jours, que tous les discours d’exclusion sont à combattre, que chacun en France mérite le respect… sauf Houellebecq. Sans parler de l’inculture dont ces propos témoignent. Car accuser Houellebecq de ne pas être la France alors qu’il vient justement de publier un livre, Soumission, qui rend hommage à Huysmans, Bloy, Lorrain, Laforgue, Rimbaud et à toutes les plus belles plumes de la littérature française du 19e siècle, ne relève même plus seulement de l’idiotie, mais aussi de la plus affligeante connerie. Peut-être que Valls estime au fond que tous ces auteurs-là ne représentent pas non plus la France… Qui sait ?

On a le droit de ne pas apprécier plus que cela la prose de Houellebecq. Je n’en suis d’ailleurs moi-même pas un très fervent amateur et j’ai lu Soumission essentiellement parce qu’il y était question de Huysmans, un de mes auteurs de chevet. La partie « politique fiction », exposant la montée en puissance d’un parti musulman modéré m’apparaissait saugrenue et peu intéressante. Et pourtant, au regard des événements de ces derniers jours, il est difficile de ne pas admettre que Houellebecq a été plutôt visionnaire.

« Aujourd'hui, l'athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte » disait-il le 6 janvier, précisant « il me paraît difficile de nier un puissant retour du religieux ». Comment lui donner tort, alors que depuis une semaine il n’est quasiment plus possible d’allumer une télé ou une radio sans tomber sur un imam, un recteur, ou quelque autre musulman qui nous explique à quel point sa religion est belle, sans voir sur un rabbin ou un quelconque représentant de la communauté juive nous rappeler que le respect de la foi est le plus important des respects, sans entendre le pape ou quelques-uns de ses amis nous sermonner en nous disant qu’il n’est quand même pas très correct de se moquer des religions.

Idem du côté des journalistes et des hommes politiques qui nous répètent en boucle qu’un des plus nobles socles de la République, c’est le respect des cultes. Certes, mais quand la République n’est plus que cela, que fait-on ? Quand la République se fait clairement dépasser, dévorer par le fait religieux, que devient-on ? Bien sûr, on évoque la laïcité dans presque tous les discours, comme si cette dernière n’avait jamais eu d’autre fonction, d’autres fondements, que de permettre le libre exercice des cultes. On est bien loin d'Emile Combes pourtant…

Aujourd’hui, on a presque impression que le simple fait d’être athée est une faute de goût. D’ailleurs, on ne dit plus « athée », on dit « islamophobe », « antisémite », « anti-chrétien », voire, d’une manière plus générale, « provocateur »… L’athéisme n’aurait ainsi quasiment plus rien à voir avec l’esprit républicain. Ces derniers jours, nos dirigeants ne se sont pourtant pas privés de citer Voltaire, les valeurs de la Révolution française ou les philosophes des Lumières, bref, tous ceux qui ont le plus fermement combattu l’obscurantisme des croyances religieuses. Mais pourquoi les évoque-t-on ? Pour défendre le droit… de croire. A qui on veut, bien sûr, car nous sommes dans un pays libre : on a le droit d’être Juif, Chrétien, Musulman, Protestant, Bouddhiste, peu importe, l’essentiel étant de croire…


Laïcité ? morte ; athéisme ? mort ; République ? morte… Et si Houellebecq avait raison ? Dans Soumission il met en scène, en 2022, des élections présidentielles opposant, au second tour, un parti musulman et le Front National de Marine Le Pen. Absurde, ridicule, provocation gratuite, hurlent ses détracteurs. J’en aurais peut-être fait autant il y a une dizaine de jours. Mais en ce 16 janvier, alors que le principal débat, en France, semble être de savoir dans quel camp on se range : islamophile ou islamophobe, je me dis que si Houellebecq s’est trompé, ce n’est pas dans le diagnostic, mais seulement dans les dates : 2022 pouvant sans aucun problème être remplacé par 2015…

lundi 12 janvier 2015

LES LOIS SCELERATES

Les Lois scélérates, un livre à lire ou à relire en ces temps troublés.

D'autant plus quand on sait que ceux qui sont supposés prendre soin de notre futur ont bien souvent la mémoire courte...

La tentation de renforcer l'arsenal répressif va en effet très vite faire l'unanimité.  Plus de policiers, plus de caméras de surveillances,  plus de contrôles, plus de lois, plus de mesures d'exception. Pourquoi pas... Le désir de protection est assez naturel.

Mais peut-on raisonnablement espérer résoudre des problèmes idéologiques avec des réponses techniques ? Je ne le crois pas.

En attendant de voir à quelle sauce nous allons être mangés, un petit saut dans le temps ne peut être qu'instructif.

Pour lire ce livre, c'est ICI.

dimanche 11 janvier 2015

LENDEMAIN DE MANIF...

Attention, document exceptionnel ! J'ai retrouvé la bande son de la manifestation d'hier !

ILS SONT CHARLIE...

 Nicolas Désiré Frisque
Je laisse aujourd'hui la parole à deux extrémistes de la gentillesse, deux terroristes de la dérision.

Philippe Ayraud qui exprime, en quelques strophes, le malaise qui est aussi le mien depuis quelques jours...


Et puisque l'on rend hommage aux grands illustrateurs qui ont perdu la vie dans l'attentat de Charlie Hebdo, je reprends du même coup un dessin de Nicolas Désiré Frisque, un jeune dessinateur nantais, lui aussi plein de talent...


*

JE SUIS CHARLIE

Je suis Charlie
Comme tout bon citoyen
Je condamne notez bien
La barbarie

Je suis Charlie
Certes mais quand même ça m’emmerde
Qu’un bébé rom on l’enterre
Dans mon pays

Je suis Charlie
Même si notre Marine
Nationale me séduit
En vert de gris

Je suis Charlie
Même si l’assistanat
Y en a jusque là
Lolo l’a dit

Je suis Charlie
Je vote à droite ou à gauche
Prêt à clouer au poteau
Les anarchistes

Je suis Charlie
Avec ma minute de silence
Je pense quand même ce que je pense
Pas vu pas pris

Je suis Charlie
Les pauvres ils se seront battus
Contre eux-mêmes sans même l’avoir su
Belle ironie…

samedi 10 janvier 2015

BERNARD MARIS ET LA GUERRE...

En février 2014, après avoir lu L'Homme dans la guerre, le livre de Bernard Maris consacré à Genevoix et Jünger, j'avais noté les quelques impressions que je reprends ci-dessous. Au regard de la récente actualité, je trouve qu'elles prennent une dimension troublante.

Je suis tombé par hasard, il y a quelques jours, sur un livre de Bernard Maris : L’Homme dans la guerre – Maurice Genevoix face à Ernst Jünger. Petit livre agréable à lire, surtout quand on affectionne au moins l’un des deux auteurs concernés par le sujet. Ce qui est mon cas vis-à-vis de Jünger que je lis et relis depuis de longues années.

Même si ce livre n’apporte pas d’éclairages majeurs sur la question de la guerre en général ou sur celle 14-18 en particulier, il est malgré tout venu alimenter un sujet de réflexion qui me trotte depuis quelques jours dans le crâne. Celui de savoir ce qui peut pousser de jeunes européens, dotés d’une certaine culture, de biens matériels honorables et d’une famille souvent aimante à partir en Syrie ou au Pakistan pour devenir des guerriers de l’Islam. J’avais en tête que, de tous temps, de jeunes hommes, pas toujours adultes, choisissaient de partir à l’aventure, en s’engageant dans des armées officielles (la Légion Étrangère, comme ce fut le cas pour Jünger, justement) ou moins formalisées (guerre d’Espagne, milices diverses, armées révolutionnaires…)

Rien de neuf sous le soleil, donc. Et aucune raison d’essayer de nous faire croire, comme nous l’expliquent Valls et une vaste partie des médias, qu’il s’agit là d’une nouveauté préoccupante. Que ce soit préoccupant, admettons, mais neuf, en tout cas, certainement pas !

Au détour de ma lecture de L’Homme dans la guerre, je tombe sur deux extraits qui viennent conforter mon sentiment.

«  L’ennui, source de la guerre ? "Plonger au fond du gouffre, Enfer ou ciel qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau !" Oui, Baudelaire aimé de Jünger a découvert l’origine de la guerre, qui fait en appeler à la mort, dans l’ennui. »

Et quelques pages plus loin :

« Lorsque la guerre surgit, et son avènement reste une énigme et pour Freud et pour quiconque, elle balaye les couches de culture aussi facilement que de la poussière, et "nous contraint à être des héros incapables de croire à leur propre mort" [freud] ».


Juste avant, j’avais lu le dernier recueil de nouvelles de sylvain tesson, S’abandonner à vivre (Gallimard). Un des récits, intitulé « Le Sniper » narre le face à face dramatique, dans les montagnes afghanes, entre un jeune officier Français et un combattant d’Al-Qaïda, également Français et originaire de la même banlieue que le précédent. On s’interroge en général sur les motivations du second à s'engager dans la lutte armée, rarement sur celles du premier, pourquoi ? Ces motivations sont-elles vraiment si différentes ?