mercredi 23 avril 2014

QUELQUES RÉPONSES...

Un long et pertinent commentaire, posté en réaction à mon article sur Le Bon côté de la barrière m'a amené à préciser certains points de ma pensée concernant les Hommes en souffrance. Ma réponse étant trop longue pour entrer dans le cadre d'un commentaire (limité à quelques 4000 signes) je la publie ci-dessous.


Pas facile de répondre en bloc à votre commentaire qui pose pas mal de questions, mais je vais essayer de le faire le plus clairement possible. Et si j'oublie des choses, je compte sur vous pour me le signaler. Et un grand merci à vous pour l'intérêt que vous portez à mon travail et au respect dont vous faites preuve dans votre commentaire.

« j'ai trouvé que par moment votre discours était plus stigmatisant envers la gente féminine qu'envers une certaine conception du féminisme. »

Ce serait plus simple pour moi, pour vous répondre, si vous me disiez quels moments vous pointez du doigt, car je ne pense pas avoir été stigmatisant vis-à-vis des femmes justement. C'est vrai que le ton du bouquin est volontairement un peu vif, un peu polémique, car on est plutôt dans un esprit pamphlétaire. Ce qui fait que je ne prend pas forcément toujours de gants pour dire les choses. Mais je ne pense pas avoir manqué de respect aux femmes en général. Après, individuellement, les femmes comme les hommes ont des travers qui peuvent être signalés, vertement ou de manière plus humoristique. Quand je note que, dans tel cas particulier, telle femme s'est comportée de manière discutable, ce n'est pas la femme que je pointe, mais la personne. J'agis exactement de même avec les hommes.

« Plusieurs passages de votre livre m'ont fait penser aux discours "masculinistes" et aux différents mouvements canadiens qui luttent pour la réhabilitation de l'homme à sa "vrai place" dans la société (et qui sont encore plus sectaire et dogmatique que les pires féministes). »

Là encore, j'aimerais bien que vous me citiez les passages incriminés car je serais bien incapable de vous dire ce que peut être la « vraie place » des hommes (en existe-t-il une, d'ailleurs ?) ! J'ai du mal à comprendre comment vous avez pu lire cela dans mon livre. Quant à parler de réhabilitation, sincèrement, je ne vois pas trop ce que vous soulignez. Il ne me semble pas qu'il y ait, dans mon bouquin, un seul passage qui laisse entendre que c'était mieux avant, quand les hommes avaient tous les droits et que les femmes restaient gentiment à la maison à s'occuper des gamins (pour la simple et bonne raison que je ne le pense pas). A aucun moment non plus, il me semble, je ne dis ce que devrait être l'homme (ni la femme d'ailleurs), pas plus que je ne cherche à leur attribuer de rôles ou de fonctions spécifiques. Je rappelle tout au plus que les hommes (comme les femmes) ne sont pas des concepts, mais des êtres faits de chair et de sang, qui ont aussi des sentiments, des sensations... Si dire cela c'est vouloir rechercher une forme de réhabilitation...

« Il me semble que sur ce sujet vous avez bel et bien mis au moins un pied (si ce n'est les deux) de l'autre coté de la barrière. »

Sur ce point là je pense pouvoir vous répondre clairement car c'est effectivement un sujet que j'ai retourné dans tous les sens. Non, je n'ai choisi aucun côté de la barrière. Au pire (ou au mieux je n'en sais rien) j'ai posé un pied de chaque côté. En effet, contrairement à ce que vous laissez entendre (alors que je le dis explicitement dans mon livre) je ne rejette aucunement les présupposés fondamentaux du féminisme : l'égalité entre hommes et femmes, la condamnation de la violence, du sexisme, des stéréotypes. Je suis pour un rapport apaisé entre les sexes, dans le respect de toutes et de tous. J'ai donc très objectivement un pied au moins du côté du féminisme (le vrai, pas la caricature que l'on nous vend actuellement). Mais comment se fait-il que vous ne le remarquiez pas ? Et quand je dis ça je ne vous accuse pas. Je note juste qu'étrangement, ce n'est pas cela que vous retenez. Vous ne voulez voir que l'autre pied, celui qui rappelle juste que toutes ces valeurs, égalité, respect, non violence, par simple esprit de justice et de logique intellectuelle, doivent aussi être valables pour les hommes. Est-ce que cela fait de moi un « masculiniste » ? Est-ce que cela justifie que l'on dise que j'ai les deux pieds du mauvais de la barrière ? Je ne le pense pas. Mais je crois que votre réaction est par contre très symptomatique des préjugés anti-hommes qui parasitent aujourd'hui les débats, préjugés qui font que le simple fait de refuser de ne parler des hommes qu'en termes négatifs devient suspect. Il va d'ailleurs falloir que je poste un de ces jours sur ce blog un texte sur ce que je pense du masculinisme,  pour préciser mes sentiments vis-à-vis de ce « mouvement ».

« On reste dans un système majoritairement de domination masculine (même si de nos jours les situations inverses existent aussi). »

Le concept de « domination masculine » ne me parle pas vraiment, désolé. Attention, quand je dis ça, je ne dis pas que ça n'existe pas ou que je tente de le nier. Je note plutôt que l'usage que les féministes en font ne me parle pas. Je crois en effet, en ce qui me concerne, que le concept de domination masculine doit être utilisé comme un outil de compréhension, pas comme une arme idéologique. Comment dire cela simplement. C'est comme un marteau si vous voulez. On peut s'en servir comme outil (pour enfoncer des clous et construire quelque chose) ou comme une arme (pour enfoncer le crâne de ceux qui ne nous plaisent pas ou qui ne pensent pas comme nous). Aujourd'hui, le concept de domination masculine est utilisé comme une arme. C'est-à-dire qu'il pose d'office le rapport homme/femme sur le plan de l'opposition et du combat. Alors que ce devrait être un outil au service du débat. Et je suis convaincu que l'opposition des sexes ne se résoudra que par le débat, pas par le combat. D'où ma réticence à parler de domination masculine. Certes, cette domination masculine existe, mais l'erreur c'est de vouloir s'en servir comme principe explicatif de tout ce qui dysfonctionne dans le monde. La guerre, le capitalisme, la violence, la pollution, la crise, tout découlerait plus ou moins directement de la domination masculine, ou de son corollaire, le patriarcat. C'est absurde. De la même manière qu'on a essayé de nous faire croire autrefois que le mal absolu c'était la domination du Capital et la solution la révolution prolétarienne, on essaye de nous faire croire aujourd'hui que le mal absolu c'est la domination masculine et que la solution c'est la révolution féministe. Mais dans un cas comme dans l'autre la réalité est plus complexe et c'est le refus de la prise en compte de cette complexité qui cause généralement les plus graves dégâts. Aujourd'hui, plus personne n'oserait dire que l'on peut appréhender la totalité de la réalité sociale uniquement à partir de la théorie marxiste par exemple. Ce qui n'empêche pas cette théorie de rester quelque chose de fort qui garde son utilité pour comprendre le monde. Je suis persuadé qu'il en sera de même avec le concept de domination masculine d'ici quelques années. Mais peut-être que je me trompe. J'exprime juste mon sentiment. Je n'ai pas la prétention de prétendre que je détiens la vérité sur ce point.

« Mais pour en revenir au bon et au mauvais coté de la barrière, le tout et de savoir ce que vous attendez de ce livre, car deux interprétations sont possibles. Soit le but est de dire "il ni n'y a pas que les femmes qui sont victimes et la grande souffrance des femmes ne doit pas faire passer sous silence la souffrance non moins grande de certains hommes", soit le but est de dire "On prend trop souvent les femmes pour des victimes alors qu'elles sont souvent les bourreaux". »

Alors là, j'ai presque envie de vous accuser de faire un peu preuve de mauvaise foi quand même, car je crois que la réponse est évidente. Option numéro un bien entendu, puisque vous me poussez à le préciser explicitement. D'ailleurs il me semble que je le dis, dans je ne sais plus quel chapitre, quasiment dans les mêmes termes que vous ! Alors pourquoi douter de la réponse ? Pourquoi même vouloir laisser planer un doute sur ce point ? Si je n'avais pas senti dans tout le reste de votre commentaire un réel respect à mon égard, j'aurais même pu supposer qu'il y avait quelque malveillance dans cette question. A votre décharge toutefois, je peux entendre que le sous-titre du livre peut prêter à confusion. Sur ce point là, une petite précision s'impose : je ne voulais pas de ce sous-titre qui a été choisi et maintenu par l'éditeur contre mon avis. Je ne l'approuve pas tel qu'il est rédigé. J'avais demandé à ce qu'il soit changé en « les femmes ne sont pas toujours les victimes » mais cela n'a pas été retenu. La référence à l'innocence ne me parle pas, pas plus que la notion de culpabilité d'ailleurs. Je ne suis pas un juge. Je ne suis pas là pour juger les individus. Je suis juste là, en tant pour les accepter tels qu'ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs souffrances et leurs espoirs, qu'ils soient hommes ou femmes.

« J'espère que ce n'est pas la deuxième de ces phrases qui vous habite lorsque vous recevez une femme en détresse en tant qu'AS ?!? D'ailleurs le seul fait que je me pose cette question est peut être un signe que votre positionnement (en tout cas dans ce livre) est ambigu. »

Je ne pense sincèrement pas que ma position soit ambiguë, pas plus dans ce livre que dans la manière dont j'exerce mon métier. Ou si elle l'est, j'aimerais là encore que vous soyez plus précis sur ce point car ce n'est pas une accusation anodine. Je crois au contraire que mon positionnement est très clair mais qu'il s'exprime dans un contexte tellement confus qu'il peut parfois devenir difficilement audible. Par contre, ce qui est probable, c'est qu'il vient bousculer quelques-unes de vos certitudes sur le sujet. Car c'est quand même intéressant de voir que, du simple fait que je m'intéresse aux souffrances masculines, je pourrais être suspecté de ne plus pouvoir, en tant qu'assistant social, entendre les souffrances féminines. Qu'est-ce qui vous permet de suspecter cela ? Moi, c'est le fait que vous posiez cette question qui me pose question... Je crois d'autant moins être ambigu que mes propos dans ce livre sont en parfaite cohérence avec les convictions que j'ai toujours défendues dans tous mes autres écrits et dans ma vie quotidienne, à savoir la défense de tous les individus, l'idée que chaque humain est unique et qu'il doit être respecté comme tel, le refus d'exclure qui que ce soit, la méfiance à l'égard des dogmes et des principes moutonniers... Posture qui me range habituellement du côté des libertaires de gauches, et qui, curieusement ferait ici de moi, d'un seul coup, parce que j'égratigne le dogme féministe, un petit réactionnaire de droite... Curieux comme décalage, non ? En réalité je pense que l’ambiguïté que vous dénoncez se situe plus dans votre lecture que dans mes propos. 

« D'ailleurs puisque vous l'évoquez sur cette page, je serais curieux de connaître votre positionnement sur cette histoire de "théorie du genre" ainsi que sur la construction social du genre détaillée entre autre par Simone de Beauvoir. »

Une réponse complète demanderait de trop longs développements. Nous pourrons y revenir si vous le souhaitez. Disons en résumé que la théorie du genre, pour moi, comme son nom l'indique, est avant tout une théorie. Une théorie intelligente, qui pose de vraies questions sur la manière dont les identités sexuelles se forment. Par contre, ce n'est qu'une théorie et on pourrait reprendre ici mon exemple du marteau : il ne faut pas confondre théorie et idéologie, outil et arme, réflexion et justification. La théorie du genre est donc parfaitement légitime, mais je reste dubitatif sur la manière dont certains et certaines justifient par exemple son enseignement dans le cadre scolaire. Qu'on enseigne une théorie à l'école, c'est parfaitement normal : enseigner la théorie du genre, la théorie marxiste, la théorie libérale... c'est très bien. Mais il y a une nuance entre « enseigner » et « mettre en pratique ». Et on voit bien aujourd'hui que cette nuance, pourtant essentielle, n'est pas pensée. Vous qui êtes prof, mettons que vous soyez prof d'économie ou de philosophie. Si on vous demande d'enseigner la théorie marxiste, je suis sûr que vous ferez immédiatement la différence entre expliquer le marxisme à vos élèves (ses concepts, ses origines, son histoire, ses leaders, ses limites...) et appliquer ou promouvoir le marxisme dans votre classe. Aujourd'hui, en ce qui concerne la théorie du genre, les consignes qui sont transmises aux enseignants ne font pas cette différence entre explication et application. Je ne sais pas si c'est grave, mais je trouve que c'est préoccupant. En tout cas, moi, c'est le genre de question qui me préoccupe.

« Il ne faut pas voir dans mon commentaire une attaque gratuite ou corporatiste mais une volonté de mieux vous connaître/cerner vu que l'on se pense tous les deux du côté des "gentils" mais que sur ce thème particulier nos avis divergent fortement ! »

J'espère que mes réponses vous permettront déjà de me cerner un peu mieux. Pour ce qui est d'être gentil, je ne suis pas persuadé que nos avis divergent si fortement que vous le dites. « Libre penseur », « amoureux des débats et des êtres humains ». Je me reconnais moi aussi tout à fait dans ces définitions que vous donnez de vous même. Ce qui nous sépare peut-être c'est que moi j'ai tenté de prendre de la distance avec ce besoin de paraître « gentil » qui semble encore vous animer. Je m'efforce surtout d'être d'être juste, d'être honnête avec moi même et de suivre la logique de mes raisonnements en évitant de me demander à tout bout de champ si c'est un raisonnement de « gentil » ou de « méchant ». En cela, je suis plutôt nietzschéen, oui, par ma volonté de réfléchir « par delà le bien et le mal » et d'être plus soucieux de véracité (ouverture au questionnement) que de vérité (fermeture au questionnement). La question de mon éventuelle gentillesse ne concerne de toute manière que mes proches qui, il me semble, ne se plaignent pas trop de moi sur ce plan là...

LE FÉMINISME CONTRE LA CULTURE...

La très médiatique « théorie du genre » est généralement présentée dans les médias ou dans les discours de ceux qui s'en réclament, comme étant une forme de revanche de la « culture » sur la « nature ». Et pour nombre de féministes, en effet, une des impostures majeures des défenseurs du patriarcat ou des thuriféraires de la domination masculine serait de toujours vouloir ramener les différences entre hommes et femmes à des différences naturelles, alors qu’elles ne seraient que culturelles. L’idée de fond étant qu'aucune nature, pas plus divine que biologique, n’a jamais confié de rôles et de places spécifiques aux hommes ou aux femmes. Donc, que toutes les différences - ainsi que les inégalités qui s'y rattachent - ne peuvent être attribuées qu'à des évolutions sociales globalement défavorables aux femmes.

Les cartes semblent ainsi être clairement distribuées : celles renvoyant à la nature entre les mains des masculinistes, des réactionnaires et autres nostalgiques des inégalités sexuelles originelles ; celles liées à la culture dans les mains des féministes, des modernistes, des humanistes et autres gentils progressistes. Sauf que lorsqu’on s’arrête un peu plus en détail sur les discours féministes, on constate que cette répartition est loin d’être aussi claire.

Car les féministes, à l'inverse de ce que leurs porte-paroles prétendent souvent, ne s’opposent pas véritablement à la nature, bien au contraire. Certes, ils rejettent une lecture spécifique de la nature : celle mettant en avant les différences biologiques entre les sexes, les évolutions spécifiques des hommes et des femmes, les modèles homoparentaux... Mais ce n’est que pour mieux nous proposer une autre lecture, plus adaptée aux besoins de leur cause : celle d'un monde dans lequel les hommes et les femmes sont naturellement semblables, dotés de cerveaux et d’organes suffisamment proches pour qu’on ne les différencie pas et où même la procréation repose sur un genre d’hermaphrodisme originel que l'on avait un peu oublié, et qui a dû attendre l’évolution de la science et de la technologie pour pouvoir se développer réellement (grâce à la procréation médicalement assistée).

De la même manière, en ce qui concerne la culture, la position des féministes est tout aussi ambigüe, et je suis étonné de voir à quel point ils sont rares ceux qui pointent cela du doigt. Car que retiennent ces féministes, finalement, quand ils brandissent l’argument de la théorie du genre : que la culture, prise au sens large de processus social, s’est trompée sur toute la ligne. Elle a créé les inégalités, la domination masculine, le patriarcat, le capitalisme, la violence, l’exploitation des femmes... Autrement dit, on essaye plus ou moins de nous expliquer que l'humain était bon à l’origine, que les sexes vivaient en paix et que c’est la société qui a tout dégradé. Ce qui est le plus amusant, c’est qu’on est là en présence d’un discours on ne peut plus rousseauiste, néoromantique, marqué par un rejet de la culture et par des désirs exacerbés de retour à la nature. C’est-à-dire à l’exact opposé de ce que les féministes revendiquent. Mais cela ne semble pas les déranger outre mesure.

La perception de la notion de culture, chez les féministes, apparaît donc comme étant très particulière et quelque peu inquiétante. Pour eux en effet, la culture ce n’est pas ce que la société a produit, c’est ce qu’elle devrait produire. Un peu comme l’on fait, en d’autres temps, d’autres adeptes de la « révolution culturelle » ils opposent une culture traditionnelle (celle qui existe) à une société idéale (celle qu’ils proposent, voire veulent imposer). Sauf qu’au passage, ces nobles et généreux humanistes, balayent certes d’un revers de main le patriarcat et tous ses critiquables dérivés, mais du même coup tout ce qui fonde la culture au sens défini par l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Car la culture, ce n’est pas quelque chose que l’on peut choisir comme ça, au gré de nos humeur, de valider ou de refuser. Ce n’est pas non plus un état qui se décrète arbitrairement. On peut essayer de faire bouger les choses, de réformer la société, de faire évoluer les mentalités, les goûts, les habitudes. Mais on ne peut pas condamner une culture, lui reprocher d’être ce qu’elle est et encore moins d’accuser une partie seulement de l’humanité (les mâles) d’avoir soutenu et reproduit les mêmes erreurs depuis des millénaires.

Toute culture est le fruit d’une longue évolution basée sur une succession de faits, sur une accumulation de rebondissements historiques, d’inventions, d’idées, de développements artistiques, scientifiques. Et remettre en cause cette évolution au nom d’un âge d’or mythique où l'homme et la femme n'auraient fait qu'un, une espèce de temps édénique et idyllique auquel il faudrait revenir, vouloir recréer la société à l'image de sa foi ou de ses croyances, cela porte un nom : le créationnisme.

Comme quoi les curés ne sont pas toujours là où on s'attend à les trouver...

mardi 22 avril 2014

LE RIRE DU DROMADAIRE, MARIE-LAURE BOURDEL...

Il y a des talents qui prennent leur temps avant de s'épanouir. Marie-Laure Bourdel en est un bel exemple, qui vient de publier, à un stade de la vie où l'on commence habituellement à faire les premiers inventaires du chemin parcouru, une très surprenante plaquette de poèmes en proses.

Le Rire du dromadaire ne paye pas de mine : trente-deux pages, une petite vingtaine de textes. Le livre en main, on s'inquiète, on soupèse, on feuillette ; on se dit qu'on sera arrivé au point final avant d'avoir commencé à entrer dans l'atmosphère. Il n'en est rien pourtant, et à l'unisson avec Madame Lapine félicitant Monsieur Lapin, nous ne pouvons que nous exclamer, une fois la dernière page tournée : « fichtre ! C'était court, mais c'était bon ! ».

Car le recueil de Marie-Laure Bourdel est bon. Très bon même, n'ayons pas peur de le dire. Son ton est d'une justesse assez étonnante pour une débutante. Sa voix est assurée, limpide, ses phrases tombent impeccablement, son souffle est maîtrisé. Ses mots sont simples mais toujours parfaitement agencés pour recréer un monde d'images, d'odeurs et de couleurs quasi palpable. Jamais elle n'en fait trop, tout est dans la retenue et cela rend ses phrases encore plus puissantes, encore plus poignantes. Car l'auteur n'essaye pas de nous en mettre plein la vue. Elle chante, simplement, un peu comme un nomade égrènerait ses versets, dans le désert, pour partager sa peine avec le vent. Et ce chant, qui s'infiltre peu à peu en nous, nous retourne l'âme par ce mélange de violence extrême et de douceur quasi enfantine qui le caractérise.

C'est une des grandes forces de Marie-Laure Bourdel que de savoir exprimer la nudité brute des sentiments humains sans jamais surjouer, sans accumuler les images inutiles ni les effets de styles trop faciles. Rares sont les poètes, même parmi les plus confirmés, qui parviennent à créer autant d'émotion avec une telle économie de moyens. Son écriture m'a ainsi parfois fait songer à celle d'Anne-Lou Steininger dans La Maladie d'être mouche, qui reste pour moi un de mes plus fort souvenir de lecteur.

Mais il ne faut pas oublier non plus l'humour, qui pointe le bout de son nez, parfois, pour faire retomber la pression quand la tension devient trop forte. Comme dans ce court texte intitulé Évolution (ou télégramme à mon grand-père) : "Si tu savais Alexis ce qui m'est arrivé depuis ton départ. Je suis comme une étoile tombée du ciel qui se serait transformée en ver de terre (et oui, pas même en ver luisant)."

Un très agréable petit livre donc, qui mérite d'être lu et une nouvelle plume qu'il sera bon de suivre...

L'ouvrage peut être commandé ICI.

lundi 21 avril 2014

NOTE DE LECTURE : UN HIVER A PARIS, F.-X. JOSSET...

UN HIVER A PARIS
François-Xavier Josset
éditions Ireadbooks, 2013

En littérature, il y a toujours eu deux écoles : celle des auteurs qui s'acharnent à produire du neuf, de l'original, de l'inédit, du moderne (et qui ne font souvent rien d'autre que de coller bêtement aux dernières tendances à la mode) ; et celle des écrivains qui ne se soucient pas de savoir si la route sur laquelle ils s'engagent a déjà été piétinée par des milliers des godillots, car ils savent bien que ce n'est pas le chemin qui compte, mais la manière dont on l'aborde. Il est évident que François-Xavier Josset appartient à cette seconde catégorie car on ne sent chez lui aucune volonté de révolutionner le cadre romanesque, qu'il utilise de manière plutôt classique aussi bien sur le plan stylistique que sur celui de la construction. Par contre, à l'instar d'un bon joueur de blues, il sait que trois accords suffisent amplement pour raconter par le détail tous les tourments d'une âme. Peu importe le prix, la marque ou la couleur de la guitare quand on porte son cœur au bout de ses doigts...

Son premier roman, Un hiver à Paris, nous expose les incertitudes d'un jeune provincial qui vient de quitter le nid familial et de larguer sa petite amie pour aller découvrir la vie active dans la capitale. Mais le rêve tourne vite au désenchantement. L'ennui est là, qui s'installe aussitôt, ainsi que l'impression d'étrangeté qui glisse un filtre gris et froid entre lui et le monde. La solitude devient pesante, l'amertume s'amplifie.

Le premier tiers du livre est plutôt convenu et on se dit que cette petite variation sur le spleen post-adolescent ne va peut-être pas nous emmener bien loin, mais on se laisse prendre au jeu car le héros est attachant et parce que l'auteur sait saupoudrer ses propos de touches humoristiques et de belles impressions. Les pages où il décrit les parisiennes et les parisiens sont parfaites de vérité mordante. Concernant les premières, par exemple : « Les femmes qui descendent l'avenue [des Champs Élysées], groupées ou simplement accrochées à leur téléphone, ont toutes le même sourire aux lèvres lorsqu'elles arborent fièrement leurs sacs fraîchement garnis de tissus de créateurs. Elles semblent jouir à chaque fois que leurs talons résonnent sur ce sol particulier, sur ce sol où les bottes doivent claquer : les allemands en rêvaient et désormais elles abusent elles aussi de ce luxe à leur portée ».

Puis la machine s'emballe, s'accélère. Les petites digressions un peu éculées sur le sens de la vie, les amours incertaines, les amis qui s'éloignent, cèdent la place à des ruminations de plus en plus sombres, désespérées et violentes. La figure du héros s'étoffe. Son mal-être prend de l'ampleur, et de la même manière que le marcheur sent en général quelques minutes avant l'arrivée de la première goutte, au frémissements du vent et à l'odeur de l'air, que la pluie va tomber, le lecteur comprend alors que le premier acte est terminé et que les choses vont se gâter. L'écriture de François-Xavier Josset se durcit, se resserre. Ses réflexions s'affinent aussi et s'approfondissent. Les interrogations deviennent plus graves, plus adultes et abordent des contrées beaucoup plus tragiques, voire philosophiques. A certains moments, lorsqu'il s'interroge sur le libre arbitre, sur l'acte gratuit d'une violence sans alibi, pas plus terrestre que divin, on songe même au Crime et Châtiment de Dostoïevski, aux Caves du Vatican de Gide, ou à l'Etranger de Camus. Toutes proportions gardées, bien sûr, mais quand même, ce n'est déjà pas mal pour un début !

Je ne vais bien sûr pas vous raconter ici comment le livre s'achève. A vous de le découvrir. Mais ce que je peux vous dire, c'est que j'ai été sincèrement bluffé par ce premier roman écrit dans une langue simple mais impeccablement utilisée, par un auteur doté d'un sens de la psychologie humaine assez impressionnant pour son jeune âge. L'auteur m'a confié, lors du salon du livre où je l'ai rencontré, que s'il avait vraiment eu envie de publier ce roman, il ne savait pas trop s'il en écrirait un jour un autre. Je peux lui répondre : il le fera. Un garçon doté d'un tel regard sur la vie et d'un tel sens de l'écriture ne pourra pas en rester-là. J'attends donc le prochain opus !

Un dernier clin d’œil pour saluer les toutes nouvelles éditions nantaises Ireadbooks qui n'ont pour le moment que deux titres à leur catalogue, mais qui semblent bien parties pour se faire rapidement un nom dans le monde des lettres.

Pour commander ce livre, c'est ICI.

vendredi 18 avril 2014

LA PAROLE A ZO D'AXA...

Un court texte de Zo d’Axa, célèbre « En Dehors »… Texte intitulé "Sans but", in De Mazas à Jérusalem ou le grand trimard.

* * *
Comment, se dit-on, quel est leur but ?

Et  le  questionneur bienveillant  réprime  un  haussement d'épaules en constatant qu'il y a de jeunes hommes réfractaires aux usages, aux lois, aux exigences de l'actuelle société et qui cependant n'apportent pas l'affirmation d'un programme.

- Quel est leur espoir ?

Si du moins ces négateurs sans credo avaient l'excuse du fanatisme ; mais non ; la foi ne veut plus être aveugle. On discute, on tâtonne, on cherche. Piètre tactique ! Ces tirailleurs de la bataille sociale, ces sans-drapeau ont l'aberration de ne pas proclamer qu'ils tiennent la formule des panacées, la seule ! Mangin avait plus d'esprit...

- Et leur intérêt, je vous demande ?

N'en parlons pas : ils ne briguent ni mandats, ni places, ni délégations d'aucune sorte. Ce ne sont pas des candidats. Alors quoi ? Laissez-moi rire ! Pour eux on a le dédain qu'il sied, un dédain où se mêle de la commisération.

j'aurai ma part de cette mésestime.

Nous sommes quelques-uns ainsi sentant fort bien qu'à peine nous entrevoyons les prochaines vérités.
Plus rien ne nous attache au passé, mais l'avenir ne se précise pas encore.
Et forcément nous allons mal compris comme des étrangers, et c'est ici et c'est là, c'est partout que nous sommes étrangers.

Pourquoi ?

Parce que nous ne voulons pas réciter de nouveaux catéchismes, ni surtout faire semblant de croire à l'infaillibilité des doctrines.

Il nous faudrait une complaisance vile pour paraître admettre sans réserve un ensemble de théories. Cette complaisance nous ne l'avons point. Il n'y a pas eu de Révélation : nous gardons notre enthousiasme vierge pour une Ferveur. Viendra-t-elle ?

Aussi bien, si le terme ultime nous échappe, nous ne boudons pas à la besogne ; notre époque est de transition et l'homme affranchi a son rôle.

La société autoritaire nous est odieuse, nous préparons l’expérience d'une société libertaire.

Incertains de ce qu'elle donnera, nous souhaitons quand même cette tentative - ce changement.

Au lieu de stagner dans ce monde vieilli où l'air est lourd, où les ruines s'éboulent comme pour ensevelir, nous nous hâtons aux démolitions dernières.


C'est hâter l'heure d'une Renaissance.

jeudi 17 avril 2014

L'INDIVIDU QUI VIENT...

« Nous vivons une époque individualiste ! », tel est le jugement spontané qui tourne aujourd’hui en boucle dans les discours de la doxa contemporaine.
Rien n’est plus faux !
Que notre époque soit à l’égoïsme, c’est un fait ; mais à l’individualisme, certainement pas. Pour une bonne et simple raison : l’individu n’a encore jamais existé.

Dany-Robert Dufour, premières lignes de L’individu qui vient... après le libéralisme, Denoël, 2011.

mercredi 16 avril 2014

LES PERDANTS : DERNIER EXERCICE D'EQUILIBRISME...

Marcher sur les barrières, jouer les danseurs de corde, se hisser par delà la mêlée, tout cela est bien joli, sur le papier, mais dans la vraie vie, concrètement, ça donne quoi ? Tout soupeser, ne jamais trancher, ne jamais pencher définitivement dans un camp ou dans l'autre parce qu'aucune vérité n'est jamais absolue, c'est intellectuellement très noble, mais est-ce humainement viable ?

C'est une question que je me pose régulièrement, bien entendu, et que je me repose forcément depuis plusieurs semaines, à la lecture du blog de Bertrand Redonnet et des fougueux débats qu'il a allumés autour de la crise ukrainienne. A de multiples reprises, j'ai eu envie d'y aller de mon petit commentaire, et à chaque fois je me suis heurté à mon incapacité à m'arrêter sur un jugement définitif. Dénoncer Poutine et les manœuvres des russes pour s'accaparer de la Crimée, voire de quelques provinces supplémentaires ? Oui, bien sûr. Accuser les États-Unis d'être omniprésents dans cette affaire et d'y jouer avec des dés qui, au fond, ne sont guère moins pipés que ceux de leurs adversaires ? Pourquoi pas. S'indigner du fait que l'on veuille faire des rebelles de Kiev des héros de la démocratie en s'attachant à gommer les revendications parfois très douteuses de certains de ces dits rebelles ? Évidemment. S'agacer de la niaiserie de la diplomatie européenne qui bien que bombant le torse et roulant des mécaniques, reste aussi emmerdée et impuissante que dans les années trente lorsque la menace nazie commençait à prendre de l'ampleur ? D'accord. Mais après ? Une fois que tout cela sera dit ? Quand la lourde machine sera lancée, que le jeu des ultimatums, des alliances, des escalades d'avertissements et de sommations commencera à se mettre en branle, quelle valeur tous ces mots auront-ils ? Certes, nous pourrons éventuellement nous vanter d'avoir été plus malins que les autres et d'avoir percé à jour l'absurdité de tout cela, d'avoir mis nos contemporains (la poignée de lecteurs qui nous lit autrement dit...) en garde. Mais quand nous serons brassés dans la grande lessiveuse, est-ce que ce sera suffisant comme consolation ?

Je suis actuellement en train de lire le dernier numéro de la revue Agone, consacré à l'Ordinaire de la guerre. Le volume s'ouvre sur une querelle d'historiens, spécialistes de la première guerre mondiale, querelle portant sur la notion de consentement : peut-on dire que tous les soldats qui se sont battus en 14-18, qui y sont morts et/ou qui y ont tué, étaient « consentants ». La relative faiblesse du nombre de mutins et de déserteurs doit-elle nous laisser supposer que tous ceux qui ne le furent pas trouvèrent un sens aux combats qu'ils menèrent ? Quel choix avaient-ils ? Se révolter et finir presque à coup sûr avec douze balles dans la peau ? S'engager dans la guerre et espérer en ressortir sans trop de dégâts ? Sauf que dans la vraie vie, ce choix n'existe pas. Dans la vraie vie, on suit le mouvement. On prend la vague et on essaye de ne pas se noyer. Vous croyez que le type qui se fait embarquer par une rivière en crue a le temps de s'interroger sur le bien fondé de ses choix ? Couler ? Flotter ? Se raccrocher à une branche ? Non, il improvise et s'efforce juste de ne pas suffoquer.

Les choix, de toute manière, on les fera pour nous, sur le moment ou après coup. Car, comme nous le rappelle Ernst Jünger, dans Le Traité du rebelle, le non-engagement n'existe pas. On n'échappe jamais complètement aux barrières et on est toujours plus ou moins fermement sommé de choisir un camp. Et si on ne le fait pas, l'histoire s'en charge pour nous. Plus embêtant : la volonté de non engagement, qui pourrait se traduire comme le « choix de ne pas choisir » est presque toujours réinterprétée comme venant finalement faire le lit des pires horreurs, puisqu'elle ne s'y oppose pas catégoriquement. Cela s'est vu aussi bien en 1914 qu'en 1939. Et cela se reproduit à chaque fois que l'on enferme la pensée dans une opposition binaire et manichéenne, c'est-à-dire quotidiennement.

Certes, tous les choix auxquels nous sommes confrontés au fil des jours ne sont pas aussi cruciaux que ceux qu'ont connus les poilus ou les contemporains d'Hitler, mais quand même : adopter la posture du danseur de corde, de celui qui marche sur les barrières ou de celui qui s'élève au dessus des mêlées reste très compliqué. C'est un « non choix » qui nous engage presque autant, sinon plus, que d'opter pour tel ou tel camp ; car quelle que soit l'évolution de la situation, nous serons au final comptés parmi ceux qui se sont rangés du mauvais côté. Cela est très net au moment des élections où ce sont bien souvent ceux qui se sont abstenus de trancher, justement qui se retrouvent accusés la plupart du temps, par les commentateurs, d'avoir favorisé la victoire de tel parti (le Front National par exemple) ou d'avoir accéléré la chute de tel autre.

Dans un monde ou tout doit quasiment toujours pouvoir être résumé en une opposition binaire le danseur de corde, l'équilibriste de l'esprit, est un handicapé. Son besoin de tout soupeser, d'utiliser les oscillation de son balancier pour éviter de sombrer dans le manichéisme, n'est pas perçu comme une forme d'intelligence mais comme une inadaptation. Sa propension au doute n'est pas reconnue comme une preuve de raison mais comme un signe de faiblesse et d'impuissance. L'équilibriste de l'esprit est un perdant, un éternel perdant. Tant pis pour lui. Tant pis pour le monde aussi, peut-être...

Tiens, en parlant de « perdants », je vous rappelle que Philippe Ayraud a fait paraître, il y a quelques mois de cela, aux éditions Durand Peyroles, un très chouette recueil de nouvelles dont c'est précisément le titre : Les Perdants. Si vous avez trouvé quelque intérêt à me suivre dans ces réflexions, ces dernières semaines, je ne peux que vous inviter à le lire. Vous verrez que si la forme de son propos est forcément différente de la mienne, puisqu'on est là dans le fictionnel, le fond n'est pas si éloigné de ce que j'ai essayé d'exposer ici.

jeudi 10 avril 2014

PAR DELÀ LA MÊLÉE...

Ma réflexion sur les barrières se poursuit. J'en profite au passage pour remercier Bertrand Redonnet qui fait suivre mes cogitations sur son blog, l'Exil des mots, où les commentaires vont bon train. Vous pouvez retrouver tout cela ICI.

Mon approche de la question féministe ne doit donc pas être séparée de la manière dont je ressens intimement la notion de barrière. Mon problème en effet, aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, a toujours été, dans tous les domaines, de refuser d'être assigné à résidence d'un côté ou de l'autre des barrières que l'on m'opposait. Sans en avoir pleinement conscience, la plupart du temps. Et si je parle ici de problème, ce n'est pas par hasard, car c'est une position qui est assez inconfortable. C'est ainsi que j'ai toujours traîné, derrière moi, l'image d'un râleur, d'un réfractaire, d'un objecteur, d'un coupeur de cheveux en quatre, bref, d'un emmerdeur, car les humains, au fond, n'aiment pas qu'on interroge les fondements de leurs idées et les moteurs de leurs actes.

Mais c'est comme ça, c'est plus fort que moi, lorsque je me heurte à une barrière, il faut toujours que j'aille jeter un œil de l'autre côté pour voir ce qu'on y trouve. Et forcément, à chaque fois le constat est le même : il y a du bon et du mauvais des deux côtés. Cette posture, dont on pourrait a priori croire qu'elle est plutôt de nature à apaiser les choses, à gommer les conflits en ouvrant une porte de dialogue entre les deux camps, est au contraire très mal perçue. Car la plupart du temps, les deux parties n'ont pas envie de communiquer. C'est d'ailleurs justement pour cela qu'elles ont érigé une barrière entre elles, et toute tentative de conciliation n'est pas perçue comme un appel à la libération, mais comme une agression.

Mon livre sur les Hommes en souffrance, par exemple, même si le ton est volontairement polémique, a vraiment été pensé et écrit comme étant un livre sensé dépasser la barrière de la guerre des sexes. Je voulais vraiment qu'il invite les lecteurs à grimper sur cette barrière pour contempler l'ensemble du problème, objectivement et de manière non partisane. Je sais que certains l'ont lu ainsi et cela me fait plaisir. Mais je constate aussi que ces lecteurs-là ne sont pas majoritaires et que pas mal d'autres semblent n'avoir pas pu faire autrement que de ramener arbitrairement ma pensée d'un côté ou de l'autre de la barrière. C'est ainsi que pour les féministes les plus radicales mon livre est un livre masculiniste (donc abject et condamnable), alors qu'à l'opposé, chez les défenseurs les plus rugueux de la cause des hommes, je sens bien qu'on peine à accueillir chaleureusement un texte qui ne fait pas ouvertement l'apologie des pères perchés ou des femmes au foyer.

C'est pour ça qu'une fois de plus, comme le note Bertrand Redonnet, je me retrouve à l'écart, en dehors. Positions qui ne relèvent pas de choix délibérés, mais découlent des circonstances. Bertrand sait bien mon attachement aux vieux journaux anarchistes. Notamment l'En Dehors, revue à laquelle il fait explicitement référence. Il sait probablement qu'il en existait une autre, publiée par E. Armand durant la première guerre mondiale, qui s'appelait Par delà la mêlée.

Par delà la mêlée... N'est-ce pas là, par définition, que se situe le danseur de corde ?

N'est-ce pas là aussi, dans cette mêlée, que le danseur de corde retombe quand il trébuche ?

ABOLI BIBELOT...

- Et que feriez-vous donc, dit Diotime irritée, si vous aviez un jour le gouvernement du monde ?

- Sans doute ne me resterait-il plus qu'à abolir la réalité !

Robert Musil, L'Homme sans qualités

mardi 8 avril 2014

SALON DU LIVRE DE BLAIN...

Je serai, le dimanche 20 avril, à la deuxième édition du salon du livre du Château de Blain (44)
Si vous passez dans le coin...